PREMIERE PARTIE QUI A VOULU LA GUERRE
Cette étude fut publiée dans la Revue des deux Mondes du 15 décembi-e 1914, sous le titre ; Le conflit européen d'après les documents diplomatiques. Elle a été retouchée, pour y introduire des documents tirés du Livre Rouge austro-hongrois, qui n'avait pas encore paru, à la fin de 1914. Les recueils de documents diplomatiques qui ont servi pour cette étude sont les suivants :
a) Le Livre hlanc allemand, dans la traduction anglaise publiée par le gouvernement impérial, sous le titre : The German White Book. The only authorised translation, Liebheit et Thiessen, Berlin.
/>) Les trois White papers publiés par le gouvernement anglais: c'est-à dire le ^//.sceZ/aneousN" 6(1914) [Ed. 7467]; le Miscellaneous N- 8 (1914) [Ed. 7445], le Micellaneous N" 10 (1914) [Ed. 7596]. Le gouvernement anglais les a recueillis dans une brochure, Great Britain and fhe European crisis, en les faisant précéder par une exposition historique des événements qui ont abouti à la guerre européenne. C'est cette brochure qui est citée dans l'étude, avec le signe Great Br.
c) Le Livre Orange, publié par le gouvernement russe, sous le titre : Recueil de documents diplomatiques. Négociations ayant précédé la guerre, Petrograd, imprimerie de l'Etat.
d) Le Livre /an/îe, publié par le gouvernement français sous le titre Documents diplomatiques. La guerre européenne, Paris, Imprimerie nationale.
e) Le Livre Rouge publié par le gouvernement austro-hongrois. On a utilisé la traduction italienne faite par les soins du gouvernement.
Qui a voulu la Guerre?
Le 23 juillet 1914, l'Autriche-Hongrie remettait à la Serbie la note qui a provoqué la guerre. Cette note produisit l'impression la plus profonde dans toute l'Europe. Elle sembla très grave non seulement par les demandes qu'elle contenait, mais aussi par le délai extrêmement court qu'elle concédait à la Serbie pour y répondre. L'intention de remporter par surprise un grand succès diplomatique sur la Serbie et sur la Russie parut d'autant plus évidente que legouvernement autrichien avait cherché à faire croire aux Puissances de la Triple Entente que la note serait conciliante et modérée. Mais si la surprise ne réussissait pas, si la Russie refusait d'abandonner la Serbie à son sort, l'Europe ne serait-elle pas exposée au danger d'une guerre générale? Le 24 juillet, Sir Edward Grey le dit très clairement à l'ambassadeur d'Au-
triche, qui était venu lui remettre le document. Tout en reconnaissant que, dans la question de l'assassinat de l'archiduc, l' Autriche-Hongrie avait droit à la sympathie des autres pays, Sir Edward Grey déclara quil n'avait pas encore vu un Etat indépendant adressera un autre Etat indépendant undocuiaeniof so formidable a character. Ua-ionts. que l'Angleterre pourrait se désintéresser du conflit, tant qu'il resterait limité à l'Autriche et à la Serbie ; mais que, si la Russie venait, elle aussi, à y être impliquée, l'Angleterre chercherait à se mettre en communication avec les autres Puissances, pour voir ce qu'on pourrait faire '. Le même jour, avant de voir l'ambassadeur d'Allemagne, Sir Edward Grey exposa ce point de vue à l'ambassadeur de France et précisa avec lui ses projets d'action. Il s'agissait de proposer à la France, à l'Allemagne et à l'Italie de se joindre à l'Angleterre pour agir ensemble et en même temps à Vienne et à Saint-Pétersbourg, — la capitale de la Russie s'appelait encore de ce nom, à cette époque, — dans un sens favorable à la paix. M. Cambon approuva ; mais il fît la remarque qu'il était impossible d'agir à Saint-Pétersbourg avant que la Russie eût manifesté une opinion ou accompli une action quelconque. Or le délai accordé par l'Autriche était si court qu'il devenait presque impossible d'arranger les choses