SERMON DONNE À RIGAUD
À L'OCCASION DU VINGT-CINQUIÈME PÈLERINAGE CONDUIT PAR LES CLERCS DE ST-VIATEUR, À NOTRE-DAME DE LOURDES,
VALLEYFIELD
Sermon donné 4 Rigaud
— PAR — MONSEIGNEUR J.-M. EMARD
À L'OCCASION pu VINGT-CINQUIÈME PÈLERINAGE CONDUIT PAR LES OLERCS DE ST-VIATEUR, À NOTRE-DAME DE LOURDES
Mes CHEns FRènes,
Les circonstances dans lesquelles s'accomplit ce pèlerinage sont bien propres à laisser dans vos âmes une profonde et durable impression.
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La piété amène en cet endroit béni, où naguère la dévotion érigeait en l'honneur de Marie Immaculée un sanctuaire destiné à reproduire sur ces rives quelque chose de ce qui se passe depuis plus d'un demi siècle sur les bords du Gave, Nous avons ici Lourdes comme en France ; la Sainte Vierge s'est plue à recevoii ici comme là-bas les hommages d'amour, et à écout2r les prières des fidèles nombreux qui accourent de toute part pour célébrer ses grandeurs, chanter 3es gloires et invoquer sa toute puissante bonté.
Ce pèlerinage est le vingt-cinquième de ceux que Chaque année les Clercs de Saint-Viateur organisent avec un zèle toujours croissant. et toujours se répètent les mêmes manifestations de foi et de filiale confiance.
Il est à noter encore que votre pieuse excursion coïncide avec le vingt-cinquième Congrès Eucharistique International, que l'on vient de célébrer avec une pompe incomparable dans la ville même de Lourdes, autour de la grotte de Massabielle, Nous avons aujourd'hui comme un écho, lointain sans doute, mais fidèle encore, des chants de triomphe qui retentissaient il y a quelques jours à peine à l'endroit sanctifié et consacré par les apparitions et par les bienfaits sans nombre de la Mère de Dieu, et surtout par les prodiges qu'elle obtient sans cesse du cœur adorable de son divin Fils.
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A Lourdes Marie accueille ses enfants qui accourent de tous les points de l'univers : chaque pays, chaque peuple y vient à son tour. C'est, comme à Rome, l'affirmation éclatante de la fraternité des âmes : l'union des cœurs s'y raffermit dans le cœur eucharistique de Jésus, présenté en quelque sorte par le cœur très pur de sa Très Sainte Mère.
Ici le même spectacle s'offre aux regards dans de plus humbles proportions, avec les mêmes réalités : c'est toujours, dans les foules qui se pressent, le méme Dieu que l'on adure, la même Vierge que l'on prie, la même communion que l'on reçoit et qui, dans les intentions pleines d'amour de Jésus doit être le ciment surnaturel des âmes, toutes rachetées par lui, et toutes appelées par lui au même bonheur,
Au Congrès de Lourdes on a vu, animées des mêmes sentiments, dans une commune et profonde affection, toutes les nations groupées autour d'un même autel, l'autel de celui qui est venu en ce monde établir et donner la paix, la paix avec Dieu, la paix en soi-méme, la paix entre les hommes devenus ses frères par son sacrifice et par sa mort. Ce fut pour l'Eglise sur la terre une joie bien vive, et sans doute dans le ciel la réalisation en ce qui concerne l'humanité, de la pensée la plus chère au cœur d'vin.
Hélas! mes chers frères, les desseins de la miséricorde divine sont trop souvent déj'ués par les menées de la malice humaine.
On entendait encore les refrains des cantiques d'amour et les acclamations enthousiastes saluant dans toutes les langues le Dieu eucharistique et sa Mère Immaculée, quand les premiers bruits d'une guerre effroyable, soudainement déchaînée, vinrent noyer ces pieux échos. Le démon de l'ambition et de la haine a semblé vouloir donner au Verbe le démenti. La fraternité et l'amour ont cessé de régner ; une dispersion hâtive a rejeté au loin dans toutes les directions, par delà toutes les frontières, pour devenir ennemis, ceux qui tout-à-l'heure se donnaient à l'autel Je baiser de paix et s'asseyaient joyeusement au même divin banquet. La guerre! Oh! quelle chose abominable entre toutes, et vraiment vomie de l'enfer. Elle est la conséquence du péché, elle ne saurait donc être p°r elle-mé. me qu'un fléau. Celle-ci ne fait que commencer, et déjà tous les peuples sont aux prises, toute l'Europe est en feu. Chaque jour nous apporte ses nouvelles de plus en plus terrifiantes. Des combats s'engagent sur tous les points. Le sang coule partout, on se bat sur terre, sur mer, et gràce au génie de la destruction jusque dans les airs. Des Milliers de vies sont Sacrifiées. On n'entend parler que de navires Coulés, de vaisseaux aériens détruits et jetés bas, de champs dévastés, de
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villages rasés, de villes assiégées, bombardées, leurs habitants massacrés.
Un immense voile s'étend épais sur une partie notable du monde, couvrant des misères sans nom ; que de larmes, que d'angoisses ; que de foyers, heureux naguère, maintenant plongés dans la tristesse et le deuil. Pauvres mères, malheureuses épouses, petits orphelins, que votre douleur est navrante! Aucune consolation humaine ne saurait l'atteindre dans ce déluge de maux qui submerge tant de familles. Et les Perspectives sont plus terribles encore de malheurs encore plus grands: la famine, la peste, la ruine des territoires envahis, et pardessus tout l'amas des crimes que la guerre traîne avec elle et qui crient vengeance au ciel.
Que l'on parle d'honneur, de gloire, de victoires ou de conquêtes, tous ces grands mots sont autant de Synonymes de l'orgueil et de l'ambition trop souvent ser. vis par la haine et la cruauté. Ils ne peuvent dérober à nos yeux le spectacle hideux et lamentable des désastres matériels et des ruines morales que la guerre même la plus juste, laisse inévitablement après elle. Les victimes sont partout, et c'est partout qu'il faut voir dans }2s victimes, nos frères en Jésus-Christ que nous avons le devoir d'aimer en Dieu, et dont nous devons toujours souhaiter le bonheur et demander Je
salut.
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Oh ! je sais bien ce que réclame notre qualité de citoyens vivant sous un même drapeau national, légitimement constitués sous une autorité à laquelle Dieu lui-même commande notre soumission, avec tout le Concours dépendant de notre état social.
Je sais de même qu'il nous incombe de souhaiter, } d'appeler de nos vœux ardents le succès complet et dé- | finitif des armées de notre commune patrie. Aucun \
de nous n’a le droit de se désintéresser de ce qui met en jeu l'existence intégrale d'un empire sous lequel la divine Providence, en des attentions maternelles, a voulu abriter nos destinées religieuses et nos libertés civiques ; aussi est-ce avec un légitime enthousiasme que nous voyons une fois de plus les nôtres offrir, d'une façon toute spontanée et d'autant plus généreuse, leurs bras et leur vie et tout l'appui en leur pouvoir au soutien et à la défense de l'empire britannique, luttant côte à côte avec notre ancienne et toujours chère mère-patrie, la France.
C'est une fois de plus enrégistrer pour l'histoire l’affirmation solennelle, incontestable, amplement démontrée par l'évidence des faits, de la loyauté constante, de la bravoure, du caractère chevaleresque de notre peuple.
Et personne n’en est étonné.
L'Eglise honore et bénit le patriotisme, elle honore et bénit le soldat qui verse son sang pour la patrie, elle honore donc et elle bénit cette phalange de canadiens qui se lèvent de tous les points de la Puissance et particulièrement de cette province pour voler au secours de l'Angleterre, entraînée malgré elle dans une guerre épouvantable.
Et si, ce qu'à Dieu ne plaise, la guerre en se déroulant devait étendre jusqu'à nous ses renaces et ses terreurs. la terre Canadienne verrait & péter sur les rives de notre fleuve, sous les murs de nos villes, les actions héroïques de nos pères dont le souvenir semble planer avec majesté sur une descendance qui garde si fidèlement l'héritage de leur valeur intrépide, et de leur inébranlable loyauté. :
C'est donc de toute notre âme que nous demande-
rons tous ensemble, en cette circonstance solennelle qui s'y prête si bien, au Dieu des armées, de soutenir le courage de nos défenseurs, de réduire à l'impuissance leurs ennemis et les nôtres, et de faire triompher la justice en leur accordant la victoire.
. Mais, mes frères, ce devoir accompli d'un patriotisme qui trouve encore son plus ferme appui dans notre sainte religion, il en reste un autre d'un caractère beaucoup plus noble et plus élevé et par lequel, avec notre âme catholique, nous nous tiendrons plus étroitement unis à l'Eglise notre mère, à Dieu notre père commun.
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Mes frères, nous sommes chrétiens, Jésus Christ est notre Sauveur ; il a sur terre aboli le droit à la haine, Æ€n allumant le brasier divin de la charité universelle, A son autel eucharistique fondé sur l'amour, tous peu. vent approcher au même titre. Nous ne pouvons contredire sa doctrine et faire échec à ses commandements. Aimer Dieu pardessus toute chose, aimer son prochain comme soi-même, et voir en tout hornme son prochain, c'est la substance de sa loi. La guerre ne saurait dispenser de ce précepte. Les ennemis euxmêmes, puisqu'il faut les appeler de ce nom brutal, ont un titre divin à notre amour chrétien.
Il faut donc supplier Dieu, l’auteur de la paix, de la rétablir G&«: 3 un monde où elle est aujourd'hui si profondémen: troublée. Dans sa sainte liturgie, l'Eglise fait de cette paix l'objet de ses ardentes prières. C'est en union avec elle que -nous devons demander que les temps redeviennent tranquilles sou: la protection divine. Que la guerre soit de brève durée et ait bientôt cessé ses ravages. Que les souffrances qu'elle entraîne soient diminuées sous l'empire et Par l'exercice de la charité chrétienne. Que le Dieu tout puissant Oppose dans sa justice et sa bonté, une digue aux désordres aussi bien qu'aux atro. cités, causés trop souvent par l’affolement des combats, ou l'entraînement des victoires. Que le sang innocent ne soit point versé. Que les victimes n’aug-
mentent pas inutilement Je nombre des exis.
tences cruellement ravies à l'affection des familles. En un mot, que les luttes fraticides s'éteignent bientôt sous l'action de l'amour fraternel rétabli dans ses droits sur les bases de la justice, et que la paix du Christ règne de nouveau entre les princes et les peuples chrétiens !
C'est là, nous n'en pouvons douter la volonté de Dieu, c'est le vœu de la sainte Eglise ; c'est le senti. ment de ses Pasteurs, ce doit être le vôtre, pieux fidèles groupés en cet instant solennel! autour du tabernacle eucharistique dans Je sanctuaire de Marie.
Mais parce que la guerre est une Conséquence et un châtiment du péché, si nous voulons faire violence au ciel et obtenir que nos prières soient exaucées, il nous faut faire amende honorable au Cœur Sacré de Jésus pour tant de crimes qui se commettent par le monde dans la violation journalière et universelle des commandements divins.
Nous devons plus spécialement faire pénitence pour nous-mêmes et dans les actes du repentir inclure celui d'une résolution énergique de réagir contre les entraînements et les folies du siècle.
Rendons à Dieu le respect de son nom, la sainteté de son jour ; gardons la soumission filiale aux supérieurs légitimes et à l'autorité Palernelle, observons les-
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règles d'une stricte justice non seulement dans les relations privées, mais encore dans les : dministrations publiques, reprenons les traditions et les usages de la. piété domestique et rendons à notre foi de catholique la pleine et courageuse affirmation de ses droits.
En un mot soyons vraiment chrétiens, fidèles obser. vateurs des commandements divins, des préceptes de l'Eglise et des dictées de notre conscience. C'est assurément par là que tous nous devons accomplir l'œuvre de pénitence et de prière, pour obtenir du Dieu trois fois saint la protection de nos foyers et le rétablissement de la paix.
Mes frères, tout nous aide aujourd'hui pour soutenir notre prière et aviver notre confiance. Jésus, le prince de la paix, vient de s'immoler Pour nous sur l’autel, renouvelant le sacrifice offert jadis sur la croix du Calvaire pour rendre la paix à’ l'humanité. Ce sanctuaire c'est celui de Lourdes, dont il est une si frappante image. A Lourdes, Marie groupe toutes les nations dans l'amour et dans la paix, les nationalités y disparaissent, les langues s'y confondent, les cœurs s'y abiment tous ensemble. dans un r:ême amour, c’est vraiment la paix, la paix des âmes, la paix des peuples, la paix de Dieu qui surpasse et excelle tous sentiments. C'est bien cette paix que j'implore avec vous, en appelant sur vous, sur vos familles, et sur notre patrie, les bénédictions du Ciel: Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.