LETTRE-PRÉFACE
Paris, le i3 juin 19 19.
Cher Collègue et Ami,
Votre livre est le bienvenu. Il résume, avec une simplicité, une bonne foi, un naturel et une objectivité remarquables, une histoire aussi instructive que tragique et admirable, dont il importe que le monde garde pieusement le souvenir.
Cette histoire comptera parmi les plus belles que nous offre la vie de l'humanité. C'est celle d'un peuple qui, avec ou sans perspective de succès, groupé autour d'un chef incapable de faiblir, remplit loyalement son devoir envers lui-même, envers les peuples frères, envers la civilisation et l'humanité et qui supporte, impassible, toutes les épreuves, toutes les anxiétés, tous les sacrifices, sans perdre un instant sa foi dans le triomphe final du droit et de la liberté. Inaccessible au désespoir, sous l'étreinte de l'oppresseur il maintient sa force et sa fierté ; et l'heure d'agir étant revenue, il est à son poste et contribue brillamment à la victoire.
A lire cette histoire, nous nous sentons plus fiers que jamais de notre parenté avec les Latins du Da-
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niibc. Nous sommes Iieureux de voir resserrés encore, par l'admiralion et l'épreuve commune, des Jicns qui nous étaient si chers, et que nous nous plaisions à entretenir par instinct, par goût, par sympathie naturelle. Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement des joies élevées, ce sont de grands enseignements que nous apporte la conduite de la Roumanie.
Le principe des nationalités, proclamé au xviii" siècle, est appelé désormais à régir le monde. Ce principe est une extension de la maxime par laquelle débute la Déclaration des Droits de l'Homme en 1791 : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droit. » Il signifie qu'il existe non seulement des personnes individuelles, mais des personnes collectives, qui sont les nations proprement dites; et qu'à ces personnes, comme aux personnes individuelles, doivent être garanties la liberté et l'égalité à l'égard des autres personnes. La question que soulève le principe des nationalités est celle de savoir si tel groupe d'hommes est vraiment une nation, une conscience et une personne morale. En ce qui concerne la Roumanie, la preuve est faite définitivement. La Roumanie, telle qu'elle vient de se manifester, est, certes, une vraie nation et doit vivre sur le pied d'égahté avec les autres nations revêtues, comme elle, d'un caractère moral et personnel.
Un second enseignement que nous donne cette histoire, c'est le caractère foncièrement oppressif et envahissant du peuple allemand, partout où ce peuple est ou se croit le plus fort. Les Allemands changeront-