‹ La Guerre sainte, ou, Les passions du cœurChapitre 12 sur 43 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

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L'ambilioD.

Un des principaux effets de l'orgueil , c'est l'ambition , cette passion qui porte l'homme à vouloir s'élever au-dessus de ses semblables et les assujétir à ses lois. Mille motifs doivent vous porter, mon cher Théophile , à vous prémunir contre ce vice. Lisez et vous en serez convaincu.

§ I. Les guerres el les troubles suites de Vambition.

L'ambition est la première source des guerres qui bouleversent le monde et des troubles qui déchirent le cœur de l'homme. Quelles fureurs cette funeste passion n'a-t-elle pas allumées sur la terre ! de quels torrents de sang n'a-t-elle pas inondé l'univers! Et l'histoire des peuples et des empires , des princes et de»

conquérants , l'histoire de tous les siècles et de toutes les nations, qu'cst-elle que l'histoire des calamités dont l'orgueil avait , depuis le commencement, affligé les hommes? Le monde entier n'est qu'un théâtre lugubre où celte passion hautaine et insensée donne chaque jour les scènes les plus sanglantes.

Mais ce qui se passe au dehors n'est que l'image des troubles que le jeune homme ambitieux éprouve au dedans de lui-même. I' veut l'emporter sur ses égaux et rêve des projets d'élévation. Il est dévoré de la passion dt s'acquérir des louanges , et comme les désirs de l'orgueil sont insatiables , l'homme qui s'y livre ne peut jouir de la paix. Détestez donc un sentiment qui deviendrait recueil fatal de votre repos et de votre bonheur.

Oui, mon cher ami, fuyez l'ambition, ce désir insatiable de vous élever au-dessus et sur les ruines même des autres , ce ver qui pique le cœur et ne le laisse jamais tranquille ; car l'ambitieux ne jouit de rien : ni de sa gloire , il la trouve obscure ; ni de ses places, il veut monter plus haut ; ni de sa prospérité , il sèche et dépérit au milieu de son abondance ; nide son repos , il est malheureux à mesure qu'il est oblige d'elle plus tranquille.

§ II. Avilissement de l'ambition.

L'ambition , en rendant l'homme malheureux , l'avilit encore et le dégrade. Que de bassesses pour l'avenir î Bassesse d'adulation : on encense et on adore l'idole qu'on méprise. Bassesse de lâcheté : il faut savoir essuyer des dégoûts, dévorer des rebuts, et les recevoir presque comme des grâces. Bassesse de dissimulation : on cherche à paraître non tel qu'or est, mais tel qu'on nous souhaite. Bassesse même d'hypocrisie : il faut emprunter quelquefois les apparences de la piété, jouer l'homme de bien pour parvenir. Y a-t-il de traits plus marqués d'un cœur lâche et rampant , d'une âme vile et méprisable !

L'ambition est le mobile des plus éclatantes actions comme la cause des plus grands crimes. Mais ne vous y trompez pas , mon fils , la plus belle action que puisse produire l'ambition perd la moitié de son mérite. Aussi quelle différence ei.tre la gloire qui provient de la sagesse et celle qu'enfante l'ambition! la picmière est aussi durable que les sentiments qui l'ont inspirée , tandis que , semblable aux songes qui viennent troubler le sommeil , la seconde n'a vouvent qu'une existence factice et passagère.

t% INSTRUCTIONS

§ III. Exhortation.

Détestez donc encore une fois, mon cher ami , et l'ambition et l'orgueil ; fuyez les louanges et prenez garde de vous en donner à vousmême. Si l'on vous loue, n'en concevez pas de la vanité. Car comme l'orgueil est une sot tise , on pourrait en conclure que vous n'avez pas mérité l'éloge.

Gardez-vous bien aus^î de spéculer par orgueil sur les suites de la modestie ; car une humilité affectée a tous les inconvénients delà vanité, et, de plus, le venin odieux d'une lâche hypocrisie. Détestez cette imposture de vanité qui cherche la gloire dans les humiliations mêmes, et qui ne parait s'avilir aux yeux des hommes qu'afin d'être élevée ; cherchez à imiter l'humilité de Jésus, votre Dieu et votre modèle.

Exemples.

WJMTION DE NABCCnODONOSOR.

Nabuchodonosor, roi de Babylone , après aroij vaincu les Juifs , les Syriens , les Moabites , et fait la conquête de l'Egypte et d'une r>artic de la Fcrs«-

» . npliqui à embellir sa capitale , et à y faire cons », une de superbes bâtiments. Enorgueilli de ses tnerès et de ses richesses, il jetait fièrement les yeux du haut de son palais sur toute la ville.

- N'est-ce pas là , disait-il , cette grande et magni- • ù'que ville que j'ai bâtie dans la grandeur de ma . puissance et dans l'éclat de ma gloire, pour en « faire le siège de mon empire? >•

Il n'avait pas achevé ce discours qu une voix du ciel se fit entendre, et lui dit : « Votre royaume va

- passer en d'autres mains. Vous allez être rc-

- tranché de la société des hommes : vous recher- . cherez celle des animaux des forêts; vous vous

- nourrirez d'herbes et de foin comme les bêles de

- charge : vous passerez ainsi sept années, jusqu'à

- ce que vous reconnaissiez que le Seigneur, Dieu

- luut-puissant, exerce un empire absolu sur les

- royaumes de la terre , et qu'il les donne à qui il

- lui plaît. ■•

Cette prédiction s'accomplit à l'instant : il tomba malade, et crut être un bœuf. On le laissa aller parai les bêtes dans les bois. 11 y demeura sept ans , à la fin desquels , ayant fait pénitence de se» péchés , il remonta sur le trône. Il mourut un an tprè», dans de qrands sentiments de religion. C Ecriture-Sainte.)

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