Chapitre XX
tUIÈME r\S^Il)N Cil CCCCV
La paresse.
Apres le poison ardent de la colère , vient le poison froid de la paresse , dont la nature est un dégoût volontaire de Dieu et de toutes les bonnes œuvres qui regardent son service. C'est là un venin subtil que le démon l'ait glisser dans l'aine pour éteindre en elle le feu vivifiant de l'amo.ir de Dieu. Celte dernière passion, moneber Tbéopbile, n'est pas moins pernicieuse que les autres. Il faut donc aussi la combattre avec le même courage et la même constance.
§ I. Nature de (a paresse.
On s'imagine dans le monde que la paresse n'est qu'une cessation ou une fuite du travail corporel, et l'on se trompe sans aucun doute; Ce dégoût volontaire des occupations temporelles est une faute, mais la plus criminelle est
celle de ces hommes avides qui travaillent nvec ardeur pour acquérir les biens de la terre et qui ne font rien pour Dieu, pour leur salut éternel. C'est à eux qu'on psut adresser ce reproche de l'Evangile : Pourquoi restez - v^is tout le jour sans rien faire ?
Ainsi, la paresse la plus vicieuse et la plus coupable n'est pas celle de ces paresseux qui n'agissent qu'avec lenteur ; car ils sont les plus excusables, s'ils s'efforcent de vaincre leur engourdissement : mais la paresse la plus inexcusable et la plus criminelle est celle de ces paresseux spirituels qui ne s'appliquent ni à connaître ni à servir Dieu, et qui ne daignent pas se donner la peine de l'apprendre , par le dégoût mortel qu'ils ont des choses saintes.
Sont encore coupables de ce vice , ces paresseux fainéants qui passent toute leur vie en jeux , en plaisirs , en divertissements , ou qui ne font d'actions vertueuses que par des considérations humaines,- ces paresseux négligent» qui ne font les œuvres de Dieu , les devoirs de religion et de leur état que le moins et le plus mal qu'ils peuvent, comme si le monde était leur Dieu et que Dieu fût leur ennemi , ne le servant que par contrainte et avec aversion.
il est bien juste , mon cher ami , que tous
SUR LES PASSIONS DU COLUR. i i S
ces pécheurs infidèles et ingrats soient traités connue ils ont servi, et qu'ils trouvent dans leur paresse la perte de leur temps cl de leurs mérites, la perte de leur honneur et de leur vie, la perte de leur amc et de leur salut éternel. Jetez , dit le Sauveur, jetez ce serviteur paresseux et inutile , dans les ténèbres extérieures. Voilà le sort qui leur est réservé dans l'éternité et auqicl vous devez vous attendre tous -même si vous vous laissez dominer par le vice do la paresse.
§ II. Suites funestes de la paresse.
11 n'y a point de péchés, point ât désordres auxquels la paresse ne conduise ; ce qui a lait dire à l'Esprit-Saint qu'elle est la mère de tous les vices. .. C'est que la paresse est une froideur mortelle qui glace le cœur des chrétiens etiui 5te l'activité de la vertu ; c'est un assoupissement spirituel qui l'empêche de résister à ses inclinations vicieuses et de faire de bonnes œuvres ; c'est une lâche crainte d'avoir de la peine à servir Dieu , et une infidélité impie qui ne veut pas qu'on rende à la majesté divine ni l'amour ni le service qui lui sont dus. C'est elle qui est la cause qu'il n'y a rien dont on se jasse plus tôt que de rien faire.
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Ainsi, cette détestable paresse avec ses dangereuses stupidités est comme la sirène des pécheurs, qui les endort dans les plus grands dangers et les fait tomber dans l'abîme de tous les vices. Elle est d'une humeur croupissante, . qui, comme les eaux dormantes, n'engeudre que des ordures et de vils reptiles.
Les vices qui naissent plus directement de 1 la paresse sont d'abord l'oisiveté et la perte ; du temps; un paresseux passe les joiu'3, les mois, les années, ou à ne rien faire, ou dans ) des amusements frivoles,- il ne remplit, ni ses devoirs de religion , ni les devoirs de son état. ] Ainsi , un jeune homme ne profite point de j l'éducation qu'on lui donne ; il ne fait rien de I ce qu'on lui prescrit , ou le fait mal , sans attention , sans application ; de là , son esprit n'est point cultivé, sa mémoire n'est point exercée ; il sort de la maison d'éducation presque aussi ignorant qu'il y était entré. Qu'arrive-t-d? on lui donne un emploi, souvent | très important et qui exige des lumières et des connaissances étendues, mais il est incapable d'en remplir h*» mnetions ; il s'en acquitte mal, son ignorance perce , son incapacité est reconnue, ii tombe dans un souverain mépris. Que de regrets alors , mon cher Théophile ,
d'avoir perdu le temps de la jeunesse! niais regrets inutiles! il eût trop lard ; eelte perle est irréparable.
Le second vice qui naît de la paresse est la pusillanimité. Le paresseux n'a pas la force d'entreprendre les choses les plus faciles, il est arrêté par le moindre obstacle ; tout lui paraît impossible, parce qu'il ne peut faire aucun effort. Malheur, dit l'Ecriture, à ceux qui manquent de cœur. La paresse produit encore l'inconstance ; s'il arrive que le paresseux conçoive quelques désirs de se corriger , ces desire sont faibles et ils ne durent pas longtemps; il se lasse bientôt et il retombe dans sa première indolence. « Les désirs tuent le pares- « seux , dit l'Esprit-Saint ; il veut et il ne « veut pas, il veut aujourd'hui une chose et « demain une autre ; aujourd'hui il veut le « bien et demain il change d'avis. »
De là , cette tiédeur qui l'accompagne partout, c'est-à-dire une dissipation d'esprit 'jt une langueur de cœur qui ne lui laissent aucun goût pour ses devoirs ; de là enfin , celle insensibilité qui le rend sourd aux remontrances et aux exhortations de ceux qui veulent le réveiller de son assoupissement. Rien ne le touche, rien ne le remue, ni les reproches
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(111*00 loi fait , ni les bons exemples qu'il .1 sous les yeux. C Dieu ! que de péchés dans une aine lâche et indolente ! . . .
Il est donc vrai de dire, mon cher ami , que la paresse est comme la moisson du démon. Car le paresseux , comme l'arbre stérile , sera coupé et jeté au feu pour n'avoir pas produit de bons fruits , et brûlé éternellement pour en avoir produit de mauvais. D'où il faut conclure que les paresseux sont de tous les hommes les plus lâches et les plus inutiles , les plus blâmables et les plus incommodes, les plus méprisables et les plus méprisés , les plus indi gnesdu ciel . et les plus dignes des châtiments éternels de l'enfer. Et cependant la terre entière est couverte de ces sortes de pécheurs, dont la plupart vivent , si je puis m/exprimer ainsi , «comme s'ils n'avaient qu'un corps de beurre , qu'ils craignent de fondreàlachaieur du travail, et des hem de verre, qu'ils ont peur de casser dès le premier effort.
§ III. Exhortation au paresseux.
Fuyez, mon cher Théophile, fuyez un vice si dangereux. Ecoutez les paroles que Dieu vous adresse lui-même dans le livre des /Vu-
SUR lis jvsmons DU CCEUB. in
voies : « Aile/, è la fourmi , d paresseux ! con- « sidérez sa conduite , et apprenez d'elle à être « sage: car quoiqu'elle n'ait ni el.el>i la « conduise, m maître qui l'instruise, elle a « soin de faire sa provision pendant l'été et « d'amasser, pendant la moisson , de quoi se « nourrir. Jusques à quand dormirez-vous' « quand vous ré veillerez ons de votre som- « med ? Si vous ne sortez de voire assoupis - « sèment, l'indigence viendra fondre sur vous « et elle vous accablera. »
Retenez bien celte leçon , mon fds , et ne l'oubliez jamais ; demandez à Dieu la vertu contraire à la paresse , c'est-à-dire une sain ; activité qui vous fasse aimer vos devoirs, et qni vous rende prompt à les remplir , en 'vue de lui plaire et pour votre salut. Que les difficultés du travail ne vous rebutent point ; ayez bon courage et Dieu rendra doux et facile" ce qui vous parait pénible et dur. C'est lui qui impose l'obligation de travailler; il nous aide à pratiquer ce qu'il nous commande. Croyezmoi, l'ennui qui accompagne toujours l'oisiveté est mille fois plus insupportable que le travail le plus fatigant. D'ailleurs si le travail vous fait peur , comme dit saint Augustin , que la récompense vous anime. Tâchez donc de mé-
riter d'entendre à l'heure de votre mort de îa bouche de notre Dieu , ces consolantes paroles : Courage , serviteur bon et fidèle : parce que vous avez été fidèle en de petites choses , je vous établirai sur des choses infiniment grandes ; entrez dam la joie du Seigneur votre Dieu.
Exemples.