‹ La guerre sud-africaineChapitre 72 sur 75 · D'ORDRE MORAL, POLITIQUE ET ORGANIQUE · texte numérisé non relu

D'ORDRE MORAL, POLITIQUE ET ORGANIQUE

Conduite sur un théâtre et avec des moyens tout différents de ceux qu'on verrait dans l'Europe centrale, la guerre du Sud-Afrique, ne peut, évidemment, éclairer d'une bien vive lumière les mystères des guerres à venir. Entre ces chocs de grandes nations, devant lesquels l'imagination recule, et la résistance héroïque d'une poignée de paysans, la différence est plus grande encore qu'entre les guerres de Vendée et celles du premier Empire. L'emploi, même, de nos armements perfectionnés s'y est fait sur une trop petite échelle et avec trop d'inexpérience ; la constatation des résultats est encore trop peu documentée, pour qu'on puisse en inférer des conclusions, fermes, de tactique élémentaire. Force sera de nous tenir sur le terrain des généralités ; mais, dans ce champ, il y a encore pas mal à glaner, maintes déductions s'imposent, à la fois d'ordre moral, politique et militaire. Ce sont ces déductions que nous allons essayer de tirer.

Venant après la guerre hispano-américaine, après la guerre des Philippines, la guerre du Sud-Afrique apparaît comme une dernière et brutale réplique aux utopies d'arbitrages et de paix universelle.

Sous rinfluence débilitante de trente années de trêve, sous le poids toujours croissant des préparatifs guerriers, par une conséquence naturelle du système de service obligatoire et universel, qui donnerait, aux luttes de peuple à peuple, un caractère d'effroyable intensité, certaine réaction tend à se produire, en Europe, qui conduirait au désarmement général. Une école s'est formée, qui fait appel, à la fois, aux sentiments les plus généreux et aux instincts de jouissances matérielles, aux scrupules de la conscience et au frisson de la chair, où les internationalistes, les sans-patrie coudoient les dilettanti intellectuels et les disciples de Bernardin de Saint-Pierre, où les théories du positivisme font écho à la parole de Celui qui a dit : « Paix, sur la terre, aux hommes de bonne volonté. » Aux uns, cette école dénonce la guerre comme un legs du passé barbare ; elle en dépeint les horreurs, en négligeant, volontairement, ses sublimes sacrifices. Aux autres, elle parle la langue plus pratique de l'économie politique, du bien-être menacé. A d'autres, enfin, elle insinue que le militarisme est le dernier obstacle à leurs revendications sociales.

Éminemment suggestibles , jouets, depuis un siècle, d'une sorte de franc-maçonnerie cosmopolite, nous comptons, en France, bon nombre d'adeptes de ces théories dangereuses. Elles ont trouvé le terrain merveilleusement préparé. Notre pays a manqué ses destinées, sinon failli à ses devoirs, après le congrès de Berlin; il en prend, vaguement et peu à peu, conscience : le malaise moral qui en résulte et qui s'est traduit, successivement, par les crises du Boulangisme et du Dreyfusisme, nous prédispose aux pires capitulations.

Les esprits impatients et découragés se jettent aux ex-

trémes : quinze ans, donc, après les élections protestataires de l'Alsace, il se trouve des Français pour modifier la formule de Gambetta et conseiller de « n'y penser jamais ». On nous invite, nous autres, vaincus et spoliés, à donner l'exemple du pardon magnanime. On porte aux nues la nation qui saura, la première, rompre avec les pratiques brutales du moyen âcje, qui dira son fait à la force, exallée par Bismarck, en s'émasculant volontairement et attendant, dans une posture passive, Tavènement de l'imprescriptible justice.

Pour les gens de bonne foi — et il en est — qui ont prêté l'oreille à ces perfides insinuations, les événements du Sud-Afrique, comme ceux de Cuba et de Porto-Rico, seront un salutaire avertissement.

Au lendemain du solennel congrès de la Haye, les appétits anglo-saxons se sont déchaînés avec une triomphante impudeur. De la procédure d'arbitrage, du code, patiemment et dogmatiquement élaboré par les pontifes de cet auguste Tribunal, ils n'ont cure, et ils le signifient, sans ménagements, à l'Europe résignée, à cette Europe qui permet tout aux puissants, qui, naguère encore, demeurait sourde aux légitimes revendications de la Grèce, aux clameurs des iVrméniens agonisants.

Et ce n'est pas, cette fois, une peuplade de sauvages, une nation abâtardie de l'Extrême-Orient, un de ces frères noirs ou jaunes sur lesquels la philanthropie britannique s'exerce à sa façon. C'est un peuple selon l'Évangile, une race de puritains, les plus nobles représentants du calvinisme, que la protestante Albion veut détrousser et asservir, qu'elle anéantit, qu'elle extermine, tout comme la catliolique Irlande, parce qu'ils ont eu l'audace de résister. Et personne ne bouge, personne ne proteste ; nul peuple

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ne s'offre, comme arbitre, pour empêcher la consommation de la plus criante iniquité commise depuis des siècles ; nulle consécration ne suit les sentences du tribunal d'arbitres, si pompeusement institué!... Bien plus, des théoriciens ancjlomanes se rencontrent, et chez nousmêmes ('), qui légitiment ces monstruosités, en invoquant la loi de Darwin, l'élimination fatale des races inférieures. La Force continue à primer le Droit, suivant la cynique formule de Bismarck; ki Force crée le Droit, suivant les théories darwiniennes; ou, si l'on veut un axiome moins brutal : Le Droit n'est rien, sans la Force.

Mais, en l'espèce, c'est moins encore l'inique emploi de la Force, qu'il faut considérer, que la cause déterminante dé cet abus. Si les événements des Antilles, des Philippines, du Transvaal, n'inaugurent pas, précisément, l'ère des pacifiques, ils marquent cependant, dans les guerres à venir, le point de départ d'un ordre de choses tout nouveau.

On ne se battra plus par esprit de prosélytisme, comme aux temps de la Révolution, pour un principe de nationalités, comme dans la campagne d'Italie, pour un point d'honneur, comme dans la campagne de Crimée, pour restaurer l'équilibre européen ou acquérir la prédominance purement politique, comme dans la guerre de 1870. Le triomphe d'une idée ou même d'une ambition dynastique ne suffit plus, dans nos temps de prose, à légitimer les sacrifices énormes qu'entraîneront les conflits de nation à nation. Les guerres de magnificence ont pris fin et, à ces guerres, vont succéder les guerres économiques.

On se disputera, désormais, des débouchés industriels,

(i) Lire le dernier ouvrage de M. Dsmolu(s.

des terrains miniers, au lieu de se disputer un lambeau de frontières. On s'imposera des traités de commerce, en manière de traités de paix. On luttera pour Tor, au lieu de lutter pour l'honneur du drapeau. A Cuba, aux Philippines, dans le Rand, c'est déjà l'appât des richesses qui a soulevé les peuples, ce sont les convoitises des agioteurs qui leur ont donné le branle, en créant cette forme nouvelle de chauvinisme qu'on appelle le jingoïsme. Voilà le progrès.

Malheur donc aux faibles, dans l'avenir, et trois fois malheur s'ils détiennent, par héritage, ou à force de labeurs, quelques biens enviables !

Malheur à la nation qui allégera son fardeau militaire pour arriver, bonne première, dans la course à la Fortune ! Elle aura péché deux fois et méritera double châtiment.

Elle aura péché, d'abord, par la méconnaissance de cette loi historique, que les périodes de fastes militaires sont toujours les périodes de développement économique. Toutes les activités, la natalité même, sont surexcitées par la victoire ; celui-là seul travaille bien, qui a conscience de sa force, et les triomphes industriels de l'Allemagne sont les corollaires logiques de Sadowa et de Gravelotte.

S'enrichirait-on, d'ailleurs, dans l'humilité politique, aurait-on bénéfice apparent à faire l'économie de cette prime d'assurances qu'on appelle les dépenses militaires, qu'on deviendrait, par là même, une proie plus convoitée et plus facile. Une fois riche, on tentera le voisin. Les commodités qu'on aura cru se ménager dans la lutte économique ne tarderont pas à offusquer ce dernier. Et, comme il sera resté armé jusqu'aux dents, il vous imposera des clauses commerciales onéreuses, s'il ne vous dépèce pas à la première velléité de résistance. C'est là le

GUERRE SUD-AFRICAINE. 3l

deuxième point que perdent de vue les chimériques ou trop réalistes champions de la paix « quand même », dans notre belle France, si largement dotée par le ciel : terre privilégiée, elle sera toujours l'objet des convoitises des nations pauvres et prolifiques qui l'enserrent et, si elle devait, quelque jour, avoir le sort de la Pologne, il se trouverait des tliéoriciens pour absoudre son partage, en nous reprochant durement de n'avoir plus assez de bras pour cultiver et défendre notre jardin.

Se mettre à même de défendre son bien, telle est donc la stricte obligation de tout peuple qui veut vivre : mais une grande nation peut-elle limiter ses visées à ce programme restreint et passif; lui est-il loisible de se renfermer derrière ses frontières en s'isolant dans le temps et dans l'espace, comme la Chine derrière sa muraille ; aurat-elle fait tout le nécessaire en prenant ses précautions contre les cas de mort violente, et n'est-elle pas guettée par la consomption, par cette mort lente, cette décadence, qui suit fatalement l'arrêt et le repliement sur soimême?

Sa grandeur a ses racines dans le passé, par de glorieuses traditions à soutenir; elle suppose, dans le présent, un rayonnement extérieur, une activité économique et politique, une force d'expansion qui, pour n'être ni conquérante ni brutale, ne doit pas moins se faire respecter, s'imposer au besoin. Passé et présent créent ainsi à un grand peuple maintes obligations, d'essence plus positive et plus active que le souci étroit de sa seule conservation. Pour être tout à fait grand, il ne faut pas qu'il mette sa force au-dessus du droit; mais, disons le bien haut après Fachoda et Paardebe^g, il faut qu'il soit assez fort pour assurer le triomphe de toutes les justes causes,

en dehors même de la sienne propre. Tel était, jadis le rôle de la France, protectrice des faibles, libératrice de la Grèce, de la Belgique, de l'Italie. Gesta Dei, per Francos ! *

Ces temps héroïques sont peut-être passés, et notre mission est désormais plus modeste. Gardons-nous, cependant, de nous jeter d'un extrême à l'autre et, parce que notre héfjémonie bienfaisante a pris fin, n'allons pas conclure à l'inertie égoïste et boudeuse, encore moins à la honteuse servilité. A l'heure décisive où nous sommes, une défaillance momentanée aurait d'incalculables conséquences. Jamais, en effet, l'horizon politique n'a paru plus chargé qu'au début de ce siècle. Les vieux moules sont brisés et le monde, en fusion, en cherche de nouveaux. Par delà les mers et au cœur de l'Europe, de grands événements se préparent ; n'allons pas y assister en spectateurs indifférents, ou c'en est fait de nous, nous perdrons définitivement, dans le groupement des nations, une place qui peut être fort honorable encore.

Arrière donc ceux qui, dans cette phase critique, malgré de redoutables contingences, conseillent à la France de donner l'exemple du désarmement. La campagne qu'ils mènent contre nos institutions militaires rappelle, par bien des points, celle qui, en 1867, fit avorter les réforme? du maréchal Niel et prépara ainsi, inconsciemment, les désastres de 1870. De ces gens-là, de leur parti on peut dire, comme de l'extrême parti adverse,, qu'ils n'ont rien appris, rien oublié. Ce sont les mêm3s utopies, les mêmes préventions, les mêmes sophismes, sinon les mêmes hommes, que nous voyons, reparaître à la tribune.

L'ouverture de la succession d'Autriche est, peut-être, aussi rapprochée de nous que celle de la succession d'Es-

pagne Tétait de rîncîdent du Luxembourg (*), et c'est le moment qu'on choisit pour porter encore une fois la main sur une organisation datant de dix années à peine. Toute modification aux lois de 1889-91, prudemment et patiemment conduite, devrait être un accroissement, et c'est un bouleversement complet, une diminution de nos forces militaires, un soulagement de nos charges, que Ton réclame !

La discussion détaillée de ces projets de service de deux ans, d'une année même, que le Parlement semble accueillir avec complaisance, ne serait pas, ici, à sa place; mais il se rencontre quelques points, sur lesquels l'expérience de la guerre du Transvaal est bonne à consulter. Nous nous y arrêterons de préférence.

Bornons-nous à affirmer que le système de service de dix mois, étayé d'un cadre professionnel, est à la fois dangereux pour l'armée, chimérique et corrupteur pour la nation.

Ce système est chimérique parce que, pour fournir à l'effectif de paix les 585. 000 sous-officiers et soldats qu'il comptait en 1898 et qui sont indispensables aux unités existantes, nous aurions à réaliser, annuellement, le chiffre invraisemblable de 85. 000 engagements de cinq ans.

Ce système est dangereux pour l'armée, parce que, en admettant même sa réalisation et par suite la constitution

(1) Lire, à ce sujet, l'œuvre magistrale de M. A. Ciieradame : L'Euroj>e et la question d'Autriche au seuil du XX* siècle (PloQ et Nourrit. 1901). — L'auteur, avec une admirable perspicacité, dénonce le lent travail de suggestion et de menées diplomatiques, par lequel TEmpercur d'Allemagne prépare, depuis son avènement, l'annexion de la Cislcilhanie. Il montre quelles idées fausses on a réussi à accréditer chez nous sur cette question et notamment sur la prépondérance de la race germanique dans la région convoitée. Avant de toucher à nos institutions militaires, tous les membreN de notre Parlement devraient avoir lu ce livre.

d'un noyau permanent aussi solide que le noyau actuel, il entraînerait, dans la masse des réserves, une diminution considérable, sinon la suppression totale de toute qualité militaire. Des soldats de dix mois, mobilisés après cinq ou six ans de séjour dans leurs foyers, seront, à proprement parler, de médiocres miliciens.

Ce système est corrupteur pour la nation, parce qu'il émousse tellement la conception des obligations militaires, qu'il finirait par les faire complètement perdre de vue.

C'est un retour en arrière par delà le service obligatoire, par delà la conscription, aux institutions de l'ancien régime : grenadiers blancs et miliciens de Frédéric ; enrôlés et milices provinciales de Louis XV. C'est encore, si l'on veut, l'adoption, par la France, des institutions que l'Angleterre s'obstine à conserver et dont la guerre du Transvaal a mis tous les défauts en relief.

Entre les 260,000 Tommys, renforcés de miliciens servant SL\ mois, et les 200.000 professionnels dont se contente M. de Montebello, pour encadrer des classes tenues dix mois sous les drapeaux, il n'y a pas grande différence.

Vainement on objecterait l'amalgame, préalablement effectué chez nous ; il le fut a posleriori ddnis la guerre du Sad-Afrique. Le phénomène qui se produisit alors s'observe toutes les fois qu'on mélange des matériaux de solidité différente et qu'on les soumet à des épreuves et à des chocs répétés : les plus denses se perdent dans la masse. Sous l'action du feu et des maladies, à la suite des prélèvements opérés pour constituer l'infanterie montée et de nombreux corps francs, les bataillons de l'armée réguUère fondirent avec rapidité ; leur effectif d'anciens soldats tomba, dès janvier 1900, à vingt ou trente hommes par compagnie. Pour combler les vides, on eut recours à

des résenistes, peu nombreux, puis à des miliciens à peine exercés, à des volontaires sans instruction, enfin à de véritables enfants (Jads)^ n'ayant jamais tiré un coup de fusil.

La lettre suivante d'un officier anglais, citée par la lieuue du Cercle militaire Q^, projette une vive lumière sur ce phénomène de déperdition :

D'abord on enleva à notre batailloa tous les hommes qui avaient été dressés comme fantassins montés, comme signaleurs, etc. Puis notre bataillon fut renforcé d'une compagnie de Voiunieers et de 200 à 3oo réservistes de la milice, et beaucoup, parmi ces derniers, n'avaient pas la moindre instruction de tir. Ma compagnie comprend 5o 0/0 de réservistes et 25 0/0 de réservistes de la milice. Avant-hier j'avais perdu 16 réservistes de la milice et hier 7 ; d'autres en feront autant, à la première occasion favorable. J'ai maintenant ^o hommes de cette sorte et je n'ai pas sufiisamment d'hommes de l'active et de la réserve de l'active pour garnir le premier rang de ma compagnie. Bien que j'aie des hommes vigoureux et pleins de bonne volonté, ils ne sont pas, cependant, capables de se mesurer avec les rusés Boers, surtout aux avant-postes.

Ainsi, peu à peu, l'armée régulière s'afiaiblit et fait ])lace à de véritables formations de fortune, où les soldats à instruction rudimentaire et même sans aucune instruction, noient dans leur nombre le petit groupe des professionnels survivants. Et, répétons-le, ce fait se reproduira dans toute campagne soutenue par une armée composée d'un noyau de soldats de métier, qu'enveloppe une masse nébuleuse d'hommes à peine débourrés. Les services spéciaux, le feu, les hôpitaux écrémeront bientôt les éléments solides ; et les éléments médiocres, puis franchement mauvais, viendront à la surface. C'est là une conséquence lo-

(i) lieuue du Cercle militaire, n9 4 de 1901.

(jique, inévitable, et par suite une condamnation formelle du système.

Quant aux partisans du service de deux ans, hypnotisés par une imitation servile des institutions allemandes, leur premier tort est d'ignorer ces institutions, ou d'en mal apprécier les dessous.

Le ministre de la guerre, en Allemagne, s'est bien gardé de se lier les mains par une loi formelle, restreignant à deux ans la durée du service. En principe, le service est toujours de trois années ; mais on fait un essai de renvoi anticipé, qui ne s'applique qu'aux armes à pied. Cet essai a déjà provoqué maintes critiques et on lui a, récemment, donné comme correctif, le rengagement, pour une troisième année, de 26.960 simples soldats d'infanterie. Dans la réalité, sur un effectif de paix de 623.133 sous-officiers et soldats, cette armée, à laquelle nos politiciens appliquent l'étiquette du service de deux ans, compte 1 45.868 hommes, soit près du quart, qui demeurent plus de deux ans sous les drapeaux ('). Nous n'en avons pas davantage, avec notre loi de 1889.

Admettons un instant que, dans l'application du service de deux ans, nous usions intelligemment des correctifs employés outre-Rhin, que nous réussissions à rengager nos 4o.oao sous-officiers, à constituer nos troupes à cheval en soldats rengageant pour une troisième année, (|ue nous ayons recours à ces mêmes rengagements pour combler le déficit résultant de la suppression d'une classe. Avec des classes de 210.000 hommes, tout en

(i) 8o.556 sous-ofQciers, i.aoo vice-fcldwebels, 8.i5a rengages non sousofticiers, 35.960 soldats rengagés pour une troisième année, 3o.ooo environ cavaliers et artilleurs à cheval dans leur 3« et 4* année de ser>'ice.

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abrogeant complètement les dispenses, celles même des soutiens indispensables de famille, il faudrait, si Ton veut réaliser notre effectif de paix de 585.ooo hommes, obtenir 71.000 rengagements pour une troisième année.

Le résultat est passablement hypothétique ; mais, en le tenant pour acquis, nous constatons que, si Ton soulage 60.000 hommes environ (*) d'une troisième année de service, on impose, par contre, une deuxième année aux 70.000 dispensés du régime présent. Les lésés souffriront et crieront plus que les avantagés. Les charges militaires pèseront, en réalité, d'un poids infiniment plus lourd et seront plus vexatoires que celles de la loi de 1889, contre lesquelles on a provoqué une agitation factice.

Et c'est là notre critique essentielle : discutable, d'ailleurs, au point de vue militaire, le ser\'ice de deux ans, radicalement appliqué, est inaccessible au point de vue social.

On ne peut le proposer de bonne foi.

Ou bien, au lendemain de sa promulgation, on fera valoir des situations de famille touchantes, des cas d'exception inéluctables, on rétablira timidement certaines dispenses, et, peu à peu, par la brèche élargie, d'autres suivront, au grand détriment de nos effectifs.

Ou bien on tiendra ferme et, après quelques années, sous la pression de l'opinion publique, sous l'intensité des haines soulevées par ces obligations draconiennes, tout le svstème croulera.

Dans les deux h}*pothèses, le résultat est le même : on

(i) La classe qui est dans sa troisième année de service compte actuellement i3o.ooo hommes environ. De ceux-là, 71.000 devraient rengager pour une troisième année. Ils serviraient volontairement, il est vrai, mais ils n'en serviraient pas moins.

s'est acculé bénévolement à une impasse, on s'est coupé toute retraite, et Ton est fatalement conduit à renoncer à l'organisation actuelle, sage compromis entre les armées permanentes et les levées nationales.

Telle est, à vrai dire, la pensée de derrière la tête de nos réformateurs et, pour s'en convaincre, il suffit de lire l'ouvrage remarquable, à bien des titres, de M. le capitaine Moch.

M. Moch (') a joué le rôle d'enfant terrible du parti. Il nous en révèle les secrètes visées.

Ce que veulent les moins exaltés, c'est nous amener insensiblement au régime des milices suisses. Pour le plus grand nombre, ce régime même serait trop compliqué, et la véritable formule est celle de la levée en masse. La tradition des volontaires de 1793, celle des guérillas espagnoles, maintes légendes qui se forment sur les hauts faits de la Défense Nationale en 1870, voilà les billevesées dont on se repaît, et on les résume en rééditant l'aphorisme fameux, que Jules Ferry a dû amèrement regretter : « Il suffit de frapper du pied le sol natal pour en faire sortir des défenseurs. »

Dans cet ordre d'idées, une fausse appréciation des événements du Traasvaal offrirait, à nos adversaires, des arguments spécieux. Il est bon de prendre les devants et de présenter les faits sous leur vrai jour, dût-il, pour

(i) V Armée d*une démocratie (édition de la Revue Blanche, Paris, 1900). Celte étude, très documentée et des plus suggestives, présente tout un plan d'organisation des forces de la France, d'après le système suisse. Avec un budget annuel de /\oô millions, nous aurions, en temps de guerre, Tio corps d'armée analogues aux corps fédéraux. L'auteur, écrivain militaire de réelle valeur, dissimule de dangereux sophismes sous une forme attrayante et les rend presque respectables par la somme de travail dépensée. Le principe, une fois adopté, de la défensive pure et de l'annihilation extérieure, il est certain qu'on ne saurait faire mieux.

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un obsenateur superGcieK paraître moins favorable aux héroïques Boers.

Quelle ne fut pas la joie provoquée, dans certain parti, par la nouvelle de leurs premiers succès ! Quels transports dans certaine presse ! Et il s'agissait bien moins du triomphe de leur juste cause, que de la défaite de soldats de métier, par des bandes de paysans. Déjà le procès des armées permanentes était fait, et la cause jugée : pour défendre son pays, tout citoyen, muni d'un fusil, valait autant et mieux qu'un troupier; un civisme ardent tenait lieu d'esprit militaire.

Vainement, alors, on aurait argué de la supériorité du nombre, que les Fédérés s'étaient ménagée dans les rencontres initiales. Vainement encore, et surtout, on aurait objecté que le Boer n'est pas un Européen, que son éducation'première en fait, individuellement', un marcheur et .un tireur de premier ordre, qu'il est familiarisé avec les dangers et les privations, qu^ainsi préparé au physique, il l'est encore, au moral, par une foi ardente dont nous sommes généralement dépounus. Ce soldat improvisé avait vaincu ; tout républicain saurait en faire autant pour la patrie en danger, et le glas du militarisme avait bien déGnitivement sonné.

Il fallut, peu après, en déchanter. Les événements se chargèrent de démontrer que ces qualités même de l'individu, qui faisaient, des Boers, des combattants exceptionnels, ne suffisent pas à la guerre, qu'il leur manquait la discipline pour être des soldats et qu'à toute réunion de soldats, il faut encore la cohésion pour constituer une troupe, à toute réunion de troupes, l'organisation, pour constituer une armée.

Les Républicains ne surent pas exploiter l'initiative

stratégique qu'ils avaient prise si à propos; ils ne tirèrent pas du désarroi dé leur adversaire tout le bénéfice qu'ils pouvaient en attendre. Alors qu'en octobre et novembre, ayant l'avantage du nombre, ils auraient pu pousser leurs succès jusqu'à Durban dans le Natal, jeter peut-être les Anglais à la mer, les acculer tout au moins au littoral dans la province du Cap ; ils s'arrêtèrent à mi-chemin, ici par inertie tactique, là par suite d'une préparation insuffisante^ et de temps perdu dans leur concentration ; des deux côtés, parce qu'ils ne formaient pas une armée maniable et dûment commandée.

Leurs victoires même de décembre, si glorieuses puisqu'ils luttaient, cette fois, avec rinfériorité numérique, demeurèrent absolument stériles, parce qu'ils se contentèrent de parer sans riposter, parce qu'ils ne surent jamais prendre l'offensive, passer à la contre-attaque, poursuivre un ennemi battu.

Cette incapacité d'offensive, nous avons indiqué, au cours de notre récit, qu'elle était constitutionnelle, aussi bien chez l'individu que dans l'ensemble. C'est la tare fatale de toutes les formations improvisées, de toutes les milices.

Le soldat-citoyen, en tout pays, sera toujours enclin à user exclusivement de l'arme à feu. Il se bat pour tuer, mais ne veut pas être tué. — De là, soit dit en passant, l'importance excessive que le gros public attache aux questions d'armement, aux engins merveilleux. — Le Boer, malgré sa bravoure, que nous autres, civilisés, égalerions difficilement, ne recherchait point le corps à corps. Tassaut, l'attaque à découvert. Il préférait se tenir embusqué dans ses tranchées, creusées puis agrandies par un travail surhumain, et de là visant posément, utiUsant toutes les

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propriétés d'un excellent fusil et toute son expérience de tireur, il réussissait à repousser les attaques, mal préparées et mal conduites, de ses adversaires. Ceux-ci tournaient-ils les talons, il se déclarait satisfait.

Des tranchées ainsi réparties, avec de grands intervalles, sur un front étendu; dans ces tranchées, des tirailleurs égaillés à deux ou trois mètres les uns des autres ; nul soutien, nulle réserve, nulle organisation en profondeur sinon, parfois, une avant-ligne : voilà le dispositif de combat des Fédérés. La défensive linéaire passive, morcelée à rinfmi au point d'être presque individuelle, voilà la tactique que nous avons constatée partout, sauf à Spion-Kop.

Cette tactique, qui ne peut viser qu'un résultat négatif, qui contient l'ennemi mais ne l'écrase point, leur était presque imposée. Pour obtenir les résultats positifs de l'offensive, il faut se mouvoir, et le mouvement exige déjà la cohésion, l'homogénéité des petites unités; il faut, de plus, combiner ses mouvements, et les combinaisons supposent un agencement des petites unités dans de plus grosses, une hiérarchie du commandement, une organisation, en un mot. Rien de tout cela, dans les levées républicaines de la première heure. Elles n'ont qu'une unité tactique, le commando, et le commando est luimême d'effectif essentiellement variable, suivant l'importance politique du chef qu'il s'est donné.

Ici, nous touchons à un défaut plus grave encore que le manque d'organisation, défaut également latent dans toutes les milices et qui se manifeste aux heures sombres des revers : l'absence de discipline. Sous ce terme, discipline, comme le dit excellemment M. le lieutenantcolonel Frocard, nous n'entendons pas seulement les

formes extérieures qui en sont le symbole et qui, certainement, aident à sa conservation ; nous voulons parler du sentiment qui décide l'homme à abdiquer, quand il fautj l'individualisme entre les mains d'un seul, qualifié pour donner des ordres.

Des commandos d'un nombre quelconque d'hommes, écrit au Journal des Débats un compagnon de Villebois-Mareuil ('), sont rassemblés, chacun aux mains d'un field-cornet, qui n'obéît pas aux généraux et, du reste, ne se fait pas obéir de ses hommes, pour la raison très simple que ce sont ses hommes qui, à l'élection, l'ont nommé ûeld-cornet du district et que c'est lui, avec ses collègues, qui a nommé en partie les généraux.

Cela va bien, tant qu'électeurs et élus sont en communion d'idées, mais lorsque l'élu* songe à faire exécuter son plan, qui n'est pas celui des administrés, il côtoie le précipice de la mise à pied et du remplacement par un membre de la majorité.

Je ne sais quels sont, en politique, les résultats obtenus par ce système ; mais, appliqué à une armée, il en donne de bien fâcheux : le chef élu, brave lui-m^me, n'ose pas engager ses hommes, craignant d'engager en même temps sa popularité ; et cette considération est pour beaucoup, je crois, dans l'absence de toute offensive, du côté des Boers, pendant la campagne.

C'est ainsi que, dès le début, d'après la Revue du Cercle militaire, l'investissement et la capture de Simons échoua, par suite d'une véritable défection d'un commando orangiste, dont le chef refusa de marcher.

Plus tard, sous l'action énervante des longs blocus, dans le piétinement sur place devant Ladysmith ou Kimberley, ces liens organiques, déjà si faibles, se relâchèrent encore. Chacun tirait à soi, pourvoyait comme il l'entendait à sa subsistance, servait à sa guise et se constituait juge de l'opportunité de sa présence au poste as-

(i) Revue du Cercle militaire, n9 G de lyoï.

Signé. Le défaut de solde et de distributions régulières engendrait le pillage, et nombre de waggons, chargés des produits de cette coupable industrie, contribuaient encore à alourdir l'armée ; sur la Modder, ils furent peutêtre la cause déterminante de sa perte. Les femmes, les enfants encombraient les laagers, ou venaient y chercher les chefs de famille, en invoquant les nécessités de quelques travaux urgents : semailles ou moissons. Sous un prétexte ou un autre, i5 p. loo de l'efTectif manquaient toujours sur \e front.

Viennent les désastres, et le découragement aura une prise terrible sur cet agrégat d*hommes non enrégimentés. Avant la bataille de Pieter's, où les Boers furent d'ailleurs sublimes, il se produisit une panique. La nouvelle de Paardeberg suffit à décider quelques commandos orangistes à plier bagage, sans attendre d'ordres, et à abandonner le siège de Ladysmith, pour se porter vers la haute Modder. Et, quand la levée du blocus fut officiellement résolue, maintes scènes de désordre troublèrent la retraite. « A la première alerte, chacun pensait à son waggon et se mettait en route sans souci des voisins. » De même sur le théâtre de l'ouest, à la fin de mai igoo, après Toccupation de Johannesburg par les Anglais, la retraite de Botha et Delarey faillit être coupée : leurs soldats ne formaient plus qu'une cohue sans consistance. Ils ne songeaient plus qu'à faire, individuellement, ce qu'ils croyaient le meilleur : pour les moins ébranlés, c'était de tirailler en enfants perdus ; pour la masse, de gagner au pied.

Ainsi adviendra-t-il, répétons-le, de toute armée qui affronte la guerre d'opérations réglées, sans avoir, en temps de paix, un noyau compact, pour assurer la coh^

sîon et la solidité de reffectif mobilisé. Et les chances de désordre seront d'autant plus nombreuses, la contagion des paniques sera d'autant plus irrésistible, que les masses, mises enjeu, seront plus considérables.

Ces défaillances des Républicains dessillèrent les yeux de leurs chefs et de leurs hommes d'État. Mettant à profit l'exaspération causée par l'annexion brutale du Transvaal et par les sévérités de lord Roberts, ils groupèrent autour d'eux les éléments irréductibles de leurs peuples, i5 ou 20.000 outlaws, désormais sans foyers, sans famille, résolus à lutter jusqu'à entier épuisement.

A cette élite, ils donnèrent une véritable organisation militaire, par un décret du 4 septembre 1900. Chaque commando, d'effectif limité, fut divisé en compagnies de 100 hommes, commandées par des field-cornets, subdivisées, elles-mêmes, en sections de i5 hommes sous les ordres d'un caporal. L'élection dîs officiers fut enlevée aux soldats. Les généraux et les commandants furent nommés par le commandant en chef, les field-coruets par les commandants, les caporaux par les field-cornets ; toutes ces nominations devant être ratifiées par les officiers supérieurs en grade et confirmées par le Président.

Le décret de réorganisation renforçait sévèrement la discipline, stipulait des appels et enfin établissait une solde. Des conseils de guerre étaient institués, pour juger des fautes contre la discipline.

Comme on le voit, ces bandes de « maraudeurs », que l'Angleterre affecte de désigner au mépris général et que lord Kitchener voudrait mettre hors la loi, sont plus près des qualités d'une troupe régulière, qae n'en étaient, à l'origine, les armées de Joubert et dd Cronje, que n'en sont même, à l'heure présente, les armées, de lord Kit-

496 I-A GUERRE SUD-AFRICUXE.

chener. Le temps et la guerre ont agi, en sens inverse, sur les deux partis opposés. A l'un, ils ont donné la discipline, la solidité qui lui faisaient défaut ; chez l'autre, ils ont peu à peu dilué les bons éléments dans une masse amorphe. Si les Boers, pour soutenir la lutte, agissent exclusivement en partisaus, c'est parce que leur nombre, et non plus leur expérience, ne leur permet pas d'affronter la bataille rangée. C'est là une observation qui a sa valeur, pour les gens tentés de mettre les hauts faits de de Wet et de Botha à l'actif du régime des milices.

La guerre du Sud-Afrique, au demeurant, fait ressortir d'une façon éclatante, chez les Boers comme chez les Anglais, dans des conditions radicalement opposées, la nécessité, méconnue, de la préparation du temps de paix, la nécessité du service obligatoire. Elle est, à la fois, la condamnation des formations improvisées et des armées exclusivement composées de soldats du métier. Si les Boers, au lieu de simples revues d'appel, destinées à fêter l'anniversaire de Majuba, avaient eu des périodes de manœuvres ; s'ils a^'aient constitué un noyau permanent pour senir d'école à leurs cadres, ils auraient tiré un tout autre parti de leur situation initiale. Si les .Viiglais, par le ser>'ice obligatoire, avaient assuré une résene de recrutement à leurs corps permanents, ils ne seraient pas réduits aux expédients de l'époque actuelle, a cet amalgame de vieilles troupes épuisées et de recrues sans instniction et sans ressort.

Le senice obligatoire qui, pour les insulaires de la (irancle-Bretagne, ne serait qu'un auxiliaire utile de l'armée coloniale, s'impose désormais à tous les peuples continentaux comme la garantie même de leur existence.

Il comportera, évidemment, des modes différents d'ap-

plication et notamment une durée variable, suivant la situation politique et la topographie du pays qui l'adopte.

Aux petites nations, telles que l'Helvétie et la Bel-^ flique, qui n'ont qu'à défendre leur neutralité, on peut proposer le système des milices suisses, c'est-à-dire la durée du service et la force du noyau permanent réduites au minimum indispensable pour l'instru tiou. Dans ce système, les corps permanents ne sont que des écoles et ne jouent pas le rôle de ciment de l'édifice militaire, d'ossature solide pour l'armée mobilisée. Les ressources du recrutement sont trop faibles, en effet, pour que l'on puisse donner aux effectifs de paix une valeur appréciable. La masse de la nation en armes n'est pas si con^ sîdérable , qu'elle exige une charpente spéciale ; son mode d'action, enfin, limité à la défensive statique, demande moins la cohésion, la souplesse manœuvrière, que l'adaptation au sol, l'adhérence aux obstacles naturels.

Pour un grand peuple, à rayonnement extérieur, pour un pays comme la France, largement ouvert, où abondent les moyens de subsistance et de communications, l'adoption du système suisse serait désastreuse. Elle annulerait notre influence mondiale, et ne nous garantirait même pas l'intégrité de notre territoire. Elle nous interdirait l'offensive, qui est la condition primordiale et comme le prolongement de toute politique active ; qui est aussi, le plus souvent, le meilleur procédé de défense. Elle nous placerait même dans de détestables conditions pour la défensive, qui ne saurait être exclusivement passive.

C'est, en effet, trois millions de soldats, plus ou moins débourrés, cinquante corps d'élite et de landwehr, que

GUERRE SUC-AFRICAINE. 3a

igS LA GUERRE SUD-AFRICAINE.

M. le capitaine Moch nous montre sous les armes, lorsqu'il importe les milices en France.

Comment concevoir tout ce monde sortant de terre, en quelque sorte, par un mode d'éclosion instantanée? Ici, la masse même devient une gêne, et le nombre un obstacle. Pour soutenir un appareil militaire de ce poids, il faut évidemment une armature puissante et, si nous le mettons en présence d'un appareil adverse, où nos voisins auront prudemment maintenu l'équilibre exact entre l'élément permanent et ses compléments, si nous opposons l'argile au béton armé, le résultat n'est pas douteux. Au degré inférieur, nos unités élémentaires, sans noyau, seront dépourvues de cohésion ; dans l'ensemble, une agglomération de semblables unités sera dépour\'ue de mobilité. Ces armées de milices, condamnées à l'occupation de positions, nullement maniables, n'obtiendront jamais que des résultats négatifs et laisseront, en cas de revers, une large prise à la panique. Médiocre instrument de défense nationale, en cas de guerre contre l'étranger, elles se prêtent, par contre, en temps de paix, à toutes les suggestions des haines sociales, elles peuvent devenir un instrument dangereux de guerre civile.

1° La guerre pèsera longtemps encore sur la race d'Adam.

2** Toute nation qui veut vivre doit se préparer à la guerre par une forte organisation du temps de paix(').

(i) 1 Ni U grandeur des Étals, ni rimprovisalion, ni renthoiisiasaïf , ni le fiinatisme ne peuvent remplacer les préparatifs soigneusement faits pendant la paix. » ((n>nêral vox Gossler, séance du Keichstag du is jaoTi<r

Voilà deux points acquis au débat, et confirmés par Texpérience du Sud-Afrique.

La conscience de ces deux vérités est, pour un peuple, le commencement de la sagesse; mais elle n'est point toute la sagesse. Elle favorise la préparation matérielle à la guerre, mais n'en assure pas la préparation morale. On s'acquitte mal d'une lâche envisagée avec dégoût, et ceuxlà soutiendront mal la guerre qui, tout en reconnaissant son caractère fatal, auront appris, dès l'enfance, à n'y voir qu'un fléau, un legs répugnant des temps barbares (').

« Les peuples qu'envahit l'horreur de la guerre, disait le général von Gossler, dans un discours au Reichstag, sont des peuples sur leur déclin, condamnés à disparaître de la carte. » — Et tous les exemples de l'histoire ratifient ce jugement du Ministre de la guerre allemand.

Mais la guerre même, et les institutions militaires qui ont la guerre pour objet sont-elles, à bon droit, frappées d'anathèmc et dénoncées à l'animadversion des hommes? La guerre doit-elle être rationnellement envisagée comme un fléau inévitable, à l'égal de la peste et des tremblements de terre ; ou bien est-il plus juste d'y voir une sorte de crise d'où les peuples sortent retrempés, une manière de saignée bienfaisante ?

Sans reprendre à notre compte, et en l'honneur de Bellone, les dithyrambes farouches dont de Moltke émaillait sa correspondance conjugale, sans adopter les vues de

(i) On peut juger, dès lors, de l'action néfaste exercée par certaines publications dites humanitaires et pédagogiques, telles (fue la revue intitulée Journal des instituteurs et des institutri es. Ce manuel, d'apparences officielles, mis aux mains de nos maîtres d'école, tend à en faire des apôtres de la paix fl quand même ». Ils devront s'atlachcr à inspirer à leurs élèves la haine et le mépris de la guerre ; tout leur enseignement visera à en flétrir les atrocités, à dénoncer l'absurdité des sacriûces énormes qu'exige la paix armée.

son mysticisme guerrier, et encore moins les calculs, plus pratiques, d'une nation dont on a pu dire que la guerre était sa première industrie, nous inclinons à penser que la guerre est un des moyens indirects, un dos chemins ardus par lesquels Thumanité s'achemine vers le progrès. A tout le moins, nous nous ferions fort de démontrer que, dans ses préparatifs comme dans son développement, la guerre est infiniment moins nuisible qu'on ne l'imagine.

Et d'abord, ces charges militaires du temps de paix, dont on fait un si pompeux étalage, ne sont pas une perte sèche. Elles suscitent et alimentent certaines industries. Elles jouent peut-être un rôle utile de régulateur, dans la tendance à la surproduction qui découle de la rivalité économique des nations. Dans cette concurrence même, elles n'empêchent pas les peuples qui ont les reins solides de fournir allègrement leur tâche industrielle et commerciale. Les Allemands en font la preuve et leurs avantages sur les Anglais, exempts du ser\ice obligatoire, démontrent que ce service ne condamne pas, nécessairement, à rinfériorité économique.

Mérite-t-il, d'autre part, les accusations de démoralisation portées, depuis peu, contre lui? Est-ce bien une année de plus ou de moins passée à la caserne, qui suffit à expliquer la désertion des campagnes, et nfe doit-on pas en chercher les causes profondes dans la vulgarisation lies commodités matérielles, dans les facilités de communications, dans toutes ces séductions des villes qui, sans la moindre intenention du service militaire, s'exercent si puissamment sur le laboureur? Et, quand on a fréquenté les dortoirs des collèges ou les ateUers de l'usine, peut-on, sans sourire, entendre parler de la promiscuité malfais;inte des chambrées?,.. 11 nous souvient^ et pas encore

CONCLUSIONS. 5oi

de bien loin, qu'on attendait, au contraire, du contact obligatoire de toutes les classes sous le drapeau, sinon le relèvement des classes inférieures, du moins une sorte de pénétration bienfaisante, une saine fraternité de gens qui, astreints à une même loi, auront appris à se mieux connaître.

Le caractère utopique de cette conception ne nous parait pas absolument démontré; mais, en admettant même qu'il faille en rabattre des avantages moraux du service militaire, ses bienfaits physiques ressortent indéniables. Sous cette saine discipline qui saisit le jeune homme dans une phase critique de la vie, par ces exercices savamment réglementés, durant ces trois années d'entraînement progressif, le paysan s'assouplit et se redresse, le citadin s'endurcit et s'étoffe; tous se font des muscles et du sang.

Abstraction faite de ses fins guerrières, le service obli- (jatoire devrait donc être conservé au seul titre de g}Tnnastique nationale. — Si Ton considère, par surcroît, que cette préparation de la guerre est le plus sûr garant qu'on puisse se ménager contre elle; si Ton accorde au vieil adage « Si vis pacern, para bellum » tout le crédit auquel il a encore droit, ceux qui tiennent la guerre pour un fléau ne devraient pas hésiter à acquitter celte prime d'assurances.

Faut^il, enfin, en venir à la guerre même ? Elle est certes une rude épreuve imposée aux hommes; mais, comme toutes les épreuves, elle joue son rôle éducateur, elle agira à la façon d'une cure héroïque, pour corriger les effets déprimants d'un excessif bien-être. Elle a ses laideurs, mais aussi ses grands côtés et les écrivains qui n'en discernent et n'en dépeignent que les atroces réalités

a02 LA GUERRE St'D-AFRICUXE.

ne font pas seulement œu^Te dissolvante pour leurs concitoyens, ils témoignent, en même temps, d'une regrettable étroitesse de vue ; leur réalisme est fort loin de la réalité. C'est la guerre qui donne aux peuples conscience de leurs droits, qui crée et fortifie Tidée de patrie, qui grandit et élève Thomme au-dessus des obstacles matériels, de la souffrance et de la mort. Elle fait partout appel à ses plus nobles facultés, elle trempe les caractères, développe les énergies, exalte les volontés; enfin et surtout elle exige le sacrifice constant, total, absolu de l'individu à la coUectinté. Le soldat se donne corps et âme au drapeau, s>7nbole de la patrie ; il accepte les souffrances, il domine le frisson de la chair, et cette abnégation désintéressée suffirait à ennoblir la sombre tragédie des batailles.

Arguments de rhétorique, diront nos adversaires, creuse phraséologie, qui ne saurait prévaloir contre l'horreur du sang versé, contre Tabsurdité de ce duel à mort entre gens qui n'ont aucune raison personnelle de se haïr, contre les larmes et la détresse de tant de familles en deuil privées de leurs soutiens, contre les relevés éloquents d'une funèbre statistique.

Nous les suivrons volontiers sur ce terrain des chiffres, à travers les supputations des morts et des blessés et, tout en convenant qu'on ne fera jamais la guerre sans tuer d'hommes, nous prétendons démontrer que la guerre devient de moins en moins inhumaine et meurtrière.

Elle devient moins inhumaine par le progrès général des mœurs, par l'introduction de certaines conventions qui règlent le sort des neutres et des prisonniers, les soins à donner aux blessés, etc.

Elle devient de moins en moins meurtrière, à mesun*

que la décision s'y impose plus rapidement par rénormité même de l'effort qu'elle exiqe, à mesure, aussi, que l'armement se perfectionne. Plus les enqins de destruction se multiplient, plus ils sont terrifiants et efficaces, et moins il y a de victimes sur le champ de bataille. C'est là un paradoxe apparent sur lequel nous insisterons avec quelque complaisance, parce qu'il s'attaque de front aux préjugés que les antimilitaristes ont intérêt et excellent à répandre.

Leur tactique est d'une simplicité enfantine et leurs procédés de su(jgestion ne varient guère. Une découverte quelconque vient-elle à se produire dans le domaine de la technique militaire, fusils ou canons plaçant à une lieue tous leurs projectiles dans un rectangle de quelques mètres, obus portant la mitraille à des distances insoupçonnées, explosifs bouleversant tous les obstacles protecteurs, mécanismes de répétition décuplant la rapidité du tir; la presse s'empare avidement de la nouvelle invention ; les journaux s'emplissent de détails plus ou moins exacts; alors même qu'ils sont bien informés, ils citent, comme applicables aux champs de bataille, des résultats de polygone qui n'ont qu'une valeur de relativité parce qu'ils sont soustraits aux conditions réelles de la guerre, et ainsi, consciemment ou non, parfois même dans un sentiment naïf de vanité patriotique, ces journaux contribuent à créer des monstres dans l'esprit de leurs lecteurs; ils acclimatent leS'Conceptions les plus fausses et les plus déprimantes concernant les formes de la guerre à venir. Le public ne voit plus que bataillons décimés, asphyxiés, anéantis en un clin d'œil, régions de mort infranchissables sur le champ de bataille. C'est la guerre devenant presque impossible par la perfection même de ses moyens

5o4 LA GUERRE SlD-AFRICADiE.

matériels. C/est, en tous cas, la substitution de ces moyens mritériels aux facteurs moraux, le triomphe du machinisme, et cette foi réaliste n'est pas la moins dangereuse des erreurs accréditées dans des générations dépourvues d'idéal.

Quand ce travail de suggestion a suffisamment opéré, les théoriciens antimilitaristes entrent en lice. Les intellectuels brossent de répugnantes scènes de carnage, les socialistes déclament contre les fantaisies rovales ou les croyances surannées, (jui exigent de semblables liécatombes; les savants philanthropes — tels MM. Block et F. Passy — fouillent les statistiques des anciennes guerres, additionnent les disparus et les déserteurs avec les morts, arrivent à des totaux effraj-ants et, concluant du passé à l'avenir, convaincus que l'accroissement des facultés meurtrières engendrera logiquement l'accroissement des pertes, ils nous écrasent sous le poids de leurs cliiiïres fantastiques.

Eh bien ! n'en déplaise à MM. Passy et Block, c'est précii^ément la loi inverse qui régit les guerres, depuis qu'elles sont déchaînées sur ce monde. Des chocs de nations barbares, des batailles de Manlius contre les Cimbres ou les Teutons, aux batailles napoléoniennes, à travers les hécatombes de la guerre de Cent ans, le sanglant tribut va constamment en diminuant, à mesure que les adversaires sont mieux armés. Et cette loi se maintiendra, parce qu'elle repose sur une base ferme et rationnelle, sur la nature même de l'homme.

Quand deux hommes se sont trouvés pour la première fois en présence, une massue ou une pierre à la main, l'un des deux a dû rester sur le carreau. De même, dans lei^ heurts de peuplades sauvages, plus tard encore dans

CONCLUSIONS. 5o5

les mêlées du moyen âfjc, où la lutte se transformait fatalement en duels juxtaposés, son terme exigeait l'anéantissement d'un des deux partis. A peine l'introduction des armes défensives, bouclier ou cuirasse, puis l'emploi du cheval qui permet au vaincu de se dérober, modifièrentils cette proportion meurtrière.

La découverte de la poudre eut une tout autre influence. On a dit de cette découverte qu'elle fut démocratique, en galant le vilain au gentilhomme bardé de fer; elle fut surtout bienfaisante, parce que, tenant les adversaires à distance, retardant les corps à corps, elle commença à diminuer les pertes du champ de bataille.

Mais, longtemps encore, les armes à feu demeurèrent sur un pied de quasi-égalité avec les armes de choc et, par suite, la pénétration réciproque des deux partis, le combat à l'arme blanche s'imposèrent bien avant le terme de la bataille, grossissant d'autant sa sanglante moisson. Aux temps même de Napoléon, la portée efficace du canon ne dépassait guère 5oo mètres, celle du fusil loo mètres ; un millier de pas, à peine, séparait les deux armées rangées en face l'une de l'autre. Cette distance était bientôt franchie et, dans la bataille napoléonienne, des deux phases consacrées, usure et décision, la pre- ' mière, consistant en une série de combats de postes, d'actions à la baïonnette, de poussées dans les deux sens, méritait bien son nom. Elle aboutissait à la mêlée sur maintes parties du front, et la mêlée a toujours, dans une certaine mesure, les funestes propriétés que nous avons décrites.

.* Au milieu seulement et à la fin du xix* siècle, les engins guerriers subirent de considérables transformations : apparition des canons rayés en iSBg, des fusils rayés en

5o6 LA GUERRE SUD-AFRICAINE.

1866, des fusils et des canons se chargeant par la culasse en 1870; puis, dans une longue période de paix, où le génie des inventeurs se donna carrière, aménagement des obus à fragmentation, des obus à mitraille, introduction des fusées à double effet, perfectionnements balistiques du canon et du fusil, mécanismes de répétition, poudres explosives, poudres sans fumée. En cinquante ans, on peut dire que la portée, la justesse, la rapidité du lir ont décuplé, que l'efficacité théorique des armes à feu a augmenté dans d'incalculables proportions.

Force fut, dès lors, d'offrir à ces armes de nouveauxobjectifs. Les colonnes compactes du premier Empire se sont fractionnées ; les formations de combat ont passé de la colonne de bataillon, à la colonne de compagnie, puis à l'égrènement actuel de l'ordre dispersé. Avec les formations, les procédés de combat ont subi de notables changements et, remarquons-le dès à présent, toutes ces modifications, imposées par l'instinct de conservation, conduisent fatalement à énerver l'effort initial, à diminuer les perles en diluant les masses et, en dernière analyse, à atténuer les chocs.

La physionomie et la marche des batailles se sont, • ainsi, profondément transformées. Les armées opposées se déploient à une ou deux lieues de distance. La prise de contact devient de plus en pUis lente et difficile. (Avec la poudre sans fumée, nous verrons plus loin ce que sont ces difficultés.) Ce contact est loin, d'ailleurs, du corps à corps immédiat. Après de longues heures d'approche et de stériles canonnades, les adversaires s'arrêteront à la lisière des derniers couverts et, de là. Se tiendront en surveillance réciproque. Sur tout le front, j)endant la majeure partie de la journée, le combat

CONCLUSIONS. 5o7

d'usure ne sera qu'un combat de feux. Il y aura bien, de ci de là, sur les avancées, quelques engagements à l'arme froide, quelques assauts ; maïs , dans l'ensemble , tout concourt à reculer jusqu'à révénement final, sinon à limiter au point décisif, les apparences de l'abordage, de l'étreinte corps à corps (*).

La mêlée, en un mot, le duel d'homme à homme n'est plus, dans la bataille, qu'un fait épisodique, restreint à de faibles fractions de Tarmée et à l'enlèvement d'un poste ; ou bien elle apparaît comme Vultima ratio, et se circonscrit encore, dans le temps et dans l'espace, à l'acte final et décisif. Tout le long du jour et sur tout le front, on verra, de moins en moins, ces combats partiels, CCS attaques et ces contre-attaques, ces fluctuations de corps à corps, qui réalisaient l'usure effective, matérielle, dans la bataille napoléonienne. L'usure morale, sous l'action du feu, remplacera cette usure réelle, et ce, au grand bénéfice des vies humaines. Nos philanthropes ne peuvent qu'applaudir à cette évolution.

Concluons, pour leur donner pleine satisfaction et achever de les rassurer, que le progrès des armes a, de tout temps, déprimé le moral des combattants. Il diminue leur mordant et par suite leurs pertes. La bataille se fait moins meurtrière, parce qu'elle substitue aux énergies humaines celles de la machine. Et cette loi, prévue par le bon sens, est amplemement confirmée par les chiffres.

(i) Voyez la joupn'te du i8 août. Au centre et à droite des Allemands, sauf quelques détachements engagés sous bois, la ligne de bataille demeurr rivée à [ilusieurs centaines de mètres de la nôtre. Tout se passe, sur ce front, en écliange de coups de feu. A la gauche seulement, vers Saint- F*rivat, aprjs le sacrifice prématuré et stérile de la Garde, l'assaillant réussit, à la dernière heure, à pousser son assaut contre des troupes décimées et à peine retranchées faute d'outils.

5o8 LA GUERRC St'D-.U^RICAIXE.

En voici quelques-uns, empruntés à un ouvrage, fort intéressant, d*un oflicier autricliien Q) et complétés par les comptes rendus de la guerre du Transvaal :

Dans la guerre de Sept ans (lySô-iyGS), les Autrichiens, pour entretenir leurs armées au pied de 2oo.uou combattants environ, firent passer 5uo.ooo hommes sous les drapeaux. Sur cet ensemble, on compte 32. 600 hommes tués à Fennemi, gS.^oo morts des suites de leurs blessures, 19.600 disparus, i-j.^iya invalides, soit une perte de i03.ooo hommes, sans parler des prisoimiers et des déserteurs qui élèvent le déchet total à 3o3.6<x> hommes.

En juin 181 2, Napoléon franchit le Niémen avec 3G3.000 hommes de la Grande-.Vrmée et, sLv mois après, 8.000 à peine de ces soldats repassent le fleuve. D'après des documents officiels, les Russes auraient fait loo.ooo prisonniers et enterré 2^3 .000 cadavres ennemis.

Pendant la guerre de Crimée (i 853-1 856), les alliés expédièrent successivement 428.000 hommes sur le théâtre des opérations. Leurs pertes par le feu atteignirent 70.000 hommes, dont 17.200 tués ou morts des suites de leurs blessures. Les perles totales s'élevèrent à 252.600 hommes. Durant la même campagne, sur Soo.ooo hommes environ, les Russes perdirent 128.700 hommes par le feu et au total 206.000 soldats.

Dans la guerre de Sécession, sur 600.000 à 800.000 combattants, les Etats du nord de l'Amérique eurent 93.969 hommes tués ou morts de leurs blessures et 186.216 morts de maladie, soit une perte totale de 280.185 hommes.

(i) Die Zahl ini Kriege, par le capitaine Otto Berxdt, de rétat-major autrichien.

Pendant la campagne de 1870-1871, sur 800.000 Allemands qui passèrent la frontière, 28.278 furent tués ou moururent de leurs blessures, 12.147 moururent de maladie, 88.543 furent blessés et 12.879 portés comme disparus ; soit une perte totale de 1 4 1.847 hommes.

Pendant la guerre turco-russe de 1 877-1 878, les Russes accusent une perte de 172.000 hommes.

Dans la guerre du Sud-Afrique, les forces anglaises sous les armes, vers le milieu de 1900, s'élèvent à 266.000 hommes ('). D'après l'état publié par le War-Office, à la date du 3i janvier 1901, c'est-à-dire après seize mois de campagne, le nombre des hommes tués atteint 3. 680 officiers et soldats ; 8.3oo sont morts de maladie ; 16. i56 ont été blessés et, dans le nonàbre^ 1.280 sont morts de leurs blessures ; 40.898 ont été renvoyés en. Angleterre comme invalides. En tenant compte des blessés qui ont déjà pu rentrer dans le rang,' le déchet total serait de 54.725 officiers et soldats, sur lesquels i3.26o morts (*).

Du côté des Boers, où l'effectif n'a jamais dépassé 40.000 hommes sur le front , le nombre des tués aurait été d'environ i.5oo et celui des hommes hors de combat d'environ 8.000, soit une perte totale qui excède 10.000 hommes (5).

On peut suivre, dans cette énumération, la loi de dé-

(i) Hameaës à a 10.000, à la date du !*<* décembre 1900, {)ar suite de perles ou rapatriements.

(a) Pour avoir la réduction totale d'effectif, il convient d'ajouter à ce déchet définitif la |>opulatioa flottante des hôpitaux; soit.ia.ooo. grands malades dans les ambulances et 5.ooo petits malades dans les camps et garnisons. On obtiendra ainsi comme total du déchet le chiffre rond do 73.000 hommes, accuse par sir W. Harcoiul.

(3) Auxquels s'ajoutent 16.000 prisonniers. Si le chiffre des Boers en état de porter les armes atteignait 5o.ooo hommes, il pourrait donc rester, en février 1901, a4.ooo combattants fédérés environ.

5io

croissance des pertes et Ton voit que, dans la campagne du Sud-Afrique, où figurent précisément les engins les plus modernes, l'application de cette règle ne fait que s'accentuer. Elle ressortira mieux encore des tableaux ci-après :

ETAT n^ I comparatif des pertes dans les guerres.

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