CHAPITRE XVI II. WI
et les combats d'avant-postes engagés sur toute la ligne depuis le commencement de novembre, notamment aux deux ailes de Tarmée russe, avaient suffisamment éclairé l'état- major turc sur l'importance des concentrations de l'ennemi vers les divers points de la ligne de bataille.
On commence, vers cette époque, à comprendre le plan du commandant en chef. Il s'est décidé à faire quelque chose. Ses reconnaissances sur Elena et Pirgos, aux deux extrémités de. la ligne de bataille, sont le point de départ de la nouvelle campagne. Résolu à attirer les forces ennemies sur le Danube, en livrant bataille vers Mecka, sur la ligne Pii-gos- Trestenik, Suleiman pacha confia à Assaf pacha le commandement d'un imposant rassemblement de troupes. Il s'agissait, comme le portaient les instructions du général en chef, d'opérer un mouvement menaçant sur le camp du czarewitch. Trente bataillons d'infanterie avec cinq batteries opéraient sous les ordres d'Ibrahim pacha; sept bataillons, un régiment de cavalerie et une batterie sous ceux d'Osman bey; six bataillons, deux escadrons et deux batteries restaient en réserve avec Salim pacha.
Les forces russes occupant les positions de Mecka et de Trestenik s'élevaient, soit en première soit en deuxième ligne, à 32 bataillons, 21 escadrons et 120 pièces. Le 26 novembre, l'aile droite ottomane, appuyée au Danube, se porta sur Pirgos et pivota vers Mecka,
pendant que Taile gauche marchait des villages de Krasna et Jovan-Giftlik, vers la route Routschouk-Biela. Une forte colonne turque ayant occupé la hauteur en face de la position de Trestenik (aile droite russe) et le han de Tchesmé, sur la route de Biela, l'armée russe, mal concentrée, fut bientôt tournée sur son flanc droit, coupée de ses communications avec Biela et adossée au Danube sur ses positions menacées, dans l'angle aigu formé par le fleuve et la route Biela-Routschouk, ligne de bataille des Turcs.
Appuyés à droite à Trestenik, et à gauche à Mecka, villages fortifiés sur lesquels ils avaient été brusquement ramenés en subissant de grandes pertes, les Russes perdirent un instant le second de ces villages. Leur front, d'une étendue de plus de dix kilomètres, se trouvait enfoncé au centre, pendant que la position de Trestenik était attaquée de deux côtés. Après un combat acharné, les Russes de l'aile gauche (régiments du Dnieper et d'Azofi") ayant réussi à reprendi'e Mecka forcèrent les bataillons ottomans à reculer jusqu'aux hauteurs situées entre ce village et Pirgos. L'aile gauche turque avait complètement tourné Trestenik. La prise de cette clef de la position aurait rendu intenable la ligne de bataille et amené un désastre incalculable. Les Russes se battirent en désespérés et se maintinrent grâce à l'envoi de renforts de la gauche moscovite, dont les bataillons avaient réussi, comme nous l'avons vu, à reprendre Mecka.