CHAPITRE PREMIER
CE qu'il faut entendre par guerre totale
Nous sommes dans la quatrième année de la guerre européenne et l'on peut dire que les nations de l'Entente, gardiennes de la civilisation, commencent seulement à comprendre le caractère de la lutte sans merci engagée contre elles par la barbarie allemande. Sans doute, n'est-il jamais trop tard pour bien faire, mais je pense que nous aurions déjà, depuis plusieurs mois la victoire, si la conception de la guerre totale — telle que nous la font les Allemands, et que nous devrions la leur faire — avait été admise, puis réalisée par nos gouvernements respectifs.
Ce sera le mérite de Clemenceau d'avoir, dans son discours réquisitoire ;au Sénat du 2i2Juillet 1917, fait entrer enfin cette conception
dans le domaine public .Je rappelle sans orgueil, mais aussi sans fausse modestie, que je lutte pour elle dans r Action française, depuis le commencement des hostilités. De même que pour V Avant-Gaerre^ les événements m'ont donné raison. Je vais exposer la thèse et ses exemples, non en polémiste, mais en historien, soucieux d'une démonstration convaincante. Le journal convient à la polémique quotidienne. Au livre, lia sérénité critique. D'ailleurs, au moment où j'écris, la preuve de ce que j'ai avancé et soutenu est faite [presque sur tous les points.
Qu'est-ce que la guerre totale'^ C'est l'extension de la lutte, dans ses phases aiguës comme dans ses phases chroniques, aux domaines politique, économique, commercial, industriel, intellectuel, juridique et financier. Ce ne sont pas seulement les armées qui s*e battent, ce sont aussi les traditions, les institutions, les coutumes, les codes, les esprits et surtout les banques. L'Allemagne a mobilisé dans tous ces plans, sur tous ces points. Elle s'est livrée à un déborde me ut de propagande, toujours acharnée, parfois intelligente, parfois stupide, rarement inutile. Elle a constamment cherché, au delà du front militaire, la désorganisation