‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 47 sur 94 · U.OOO · texte numérisé non relu

U.OOO

vice obligatoire promulgué en 1860 et maintenu par le décret beylical de janvier 1912.

Algérie.

On sait l'opposition qu'a faite le Gouvernement algérien au principe de la conscription obligatoire. Il ne fut édicté que le 3 février 1912, à la suite d'une longue et véhémente campagne de M. Messimy, rapporteur de la guerre, puis Ministre.

Il en résulta que le jour de la guerre, l'Algérie n'avait pas de réserves.

En 1914, elle fournit 28.000 combattants sans dépôt. Ni en 1915, ni en 1916, la conscription ne fut appliquée.

En 1914, 2.5oo hommes, soit 5 p. 100 de la classe algérienne, furent appelés.

En 1916, 2.5oo hommes.

En 1916, 4600 hommes.

En 1917, toute la classe fut appelée, soit 28.000 hommes (61 p. 100 des inscrits).

Si la conscription avait été instituée depuis une dizaine d'années, l'Algérie, dès la mobihsation, au lieu de nous fournir 28.000 hommes, nous eût donné 25o 000 combattants.

En 1917, l'application inaccoutumée de la loi, accompagnée d'erreurs locales, a provoqué quelques troubles légers et locaux vite réprimés.

Une brigade de renfort, la 25o% a été envoyée passer l'hiver en Algérie. Elle n'a pas eu un coup de fusil à ■ tirer. Sa présence dans l'Aurès a suffi à rétabhr le calme. Elle a été depuis deux mois ramenée en France. Le Gouvernement Général semble se féhciter d'avoir vu partir avec les 28.000 hommes de la classe 17 un grand nombre d'éléments douteux.

Maroc.

Le Gouvernement doit avoir une politique marocaine . savoir l'imposer.

Le Gouvernement Général de ce jeune pays a une îndance naturelle, normale, qu'il ne faut pas lui rerocher, mais à laquelle il ne faut pas s'abandonner, à e percevoir que l'intérêt du Maroc proprement dit.

Envoi de 3 P. L marocaines au début de la guerre sur ordre du Gouvernement centrai et malgré les résisinces du Gouvernement Général. — A cet égard, je delande à la Commission la permission d'en donner un xemple,en racontant pièces en mains commentle Gouernement français put obtenir du Maroc, au début e la guerre, Venvoi de 36 bataillons, soit 3 divisions larocaines. Cet historique me met en cause ; la Comnission qui m'a toujours témoigné tant de bienveilance m'en excusera.

Dans le courant du mois de juin 1914» le Gouverneoent était préoccupé de l'accroissement de nos forces LU Maroc. La Commission du Budget du Sénat avait ittiré son attention sur ce point. Une campagne de )resse dans V Homme libre signalait le danger qu'il y lurait, en cas de guerre européenne, à laisser au Ma- •oc une partie importante de l'élite de nos forces.

Le Résident Général venait de prendre Khénifra qui ictuellement encore nécessite Timmobilisation deforces mportantes et venait de réaliser la percée de Taza.

Le Gouvernement prit, en juin 1914, une décision signifiant au Résident Général de ne plus procéder à de nouvelles conquêtes. En outre le Résident Général fut consulté pour savoir s'il ne pourrait pas diminuer l'effectif de son corps expéditionnaire. Il n'y consentit pas.

A la veille de la guerre, il y avait donc au Maroc 85. 000 hommes de troupes d'élite, dont 64 bataillons, nos meilleurs soldats et nos meilleurs cadres.

En cas de mobilisation le Maroc ne devait fournir

156 LA GUERRE VUE D*EN BAS ET d'ExN HAUT

aucun prélèvement à la Métropole, à l'exception de 4 bataillons tunisiens dont le retour était prévu.

C'est dans ces conditions que je reçus, avec M. Bien- • venu-Martin, l'ultimatum adressé par l'Autriche à la Serbie.

Le Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères, et le Président de la République étaient alors en Russie.

A la lecture de ce document, je compris que c'était la guerre. Je fis partir immédialement M. Alapetite pour la Tunisie et me rendis, dès 1e lendemain matin, chez M. Messimy, Ministre de la Guerre et lui dis : « Le Maroc vous enverra ce que vous voudrez, j'en prends la responsabilité personnelle. «

Le Général en Chef fut consulté. D'accord avec le Ministre de la Guerre, nous demandâmes, non pas U bataillons sur 6^ comme il était prévu, mais 36 bataillons sur 6^, soit près de 60 p. iOO des troupes d'occupation, et parmi ces 60 p. 100, les meilleurs éléments, chasseurs à pied, zouaves, infanterie coloniale, tirailleurs.

Ayant présent à l'esprit l'impossibilité où nous avions été en pleine paix de diminuer les forces d'occupation marocaines, sans attendre le retour du Président de la République et de M. Viviani, je rédigeai le télégramme suivant, dont la forme impérative m'aurait été, dit-on, reprochée depuis.

A Résident Général du Maroc.

N« 2 S 9/11 . — En cas do guerre continentale tous vos efforts doivent tendre à ne maintenir au Maroc que le minimum de lorces indispensables. U sort du Maroc se réglera en Lorraine.

L'occupation du Maroc devra se réduire à celle des principaux ports du Maroc et si possible à la ligne de communication Kenifra-Mekuès-Fez-Oudja.

Tous les ports secondaires et marches avancées devront être momentanément abandonnés.

lôte les étrangers et Français de l'intérieur pour assurer leur

écurité.

En vous inspirant de ces directives, veuillez me faire conlaître dispositions que vous envisagez et les forces que vous )Ourriez embarquer à Casablanca ou diriger, soit par Taza, ;oit du Maroc Oriental sur Oran, et dans quels délais.

Le Gouvernement compte, en cas d'aggravation de la situaion actuelle, sur votre talent et sur votre patriotisme de Français et de Lorrain pour apporter le plus large concours à

a défense de la Patrie.

Signé : A. Ferry.

Le général Lyautey me répondit par le télégramme suivant. A le lire, on verra que si un ordre impératif n'était pas venu de Paris, le Maroc n aurait jamais, de lui-même, fourni les 36 bataillons qu'il a donnés à la Métropole.

Rabat, le 29 juillet 1914, 23 h. 45.

Commissaire Résident Général à Guerre et Diplomatie :

Je me rends parfaitement compte que le sort du Maroc se réglera en Lorraine.

Tous ici sont résolus à tout sacrifier pour contribution a défense de la Patrie. ^

Mais mon premier devoir est de vous mettre en présence de situation résultant des suggestions de votre I. S. et de vous mettre en mesure d'en peser toutes les conséquences, après quoi vous serez juge, en toute connaissance de cause, des décisions à prendre et je n'aurai plus qu'à obéir, quelles que soient les conséquences. Vous évaluez à 28 bataillons, en y comprenant les Goums, l'effectif que vous me laisseriez... calcul fait avec 28 bataillons, je ne pourrai tenir que les ports : Casablanca, Rabat, Kénifra et garnisons à Oudja, Guercif, Fez et peut-être Meknès, mais sans pouvoir songer à tenir la licrne de communications entre les points extrêmes et en co'nsidérant garnisons comme bloquées dans les postes con-

serves • . .

C'est très froidement que je vous expose cette situation à laquelle je ne saurais en toute sincérité apporter aucune atte-

158 LA GUERRE VUE d'eN BAS ET DEN HAUT

nuation Je suis prêt, ainsi que tous, à la subir, mais c'est j vous a la peser et à juger si les répercussions qu'elle peu

nombre de bataillons qui pourraient en partir.

En effet, d'après de'clarations qui m'avaient été faites Far dernier a Etat-Major Général, en prévision de situation ana

\%^^i\^n f^'f '^^' ^'"'''' ^^ ^"^ j^'^ 6201 1/11 et du 20 juiUel ^^^Il/\i,j avais toujours tablé n^avoir à vous envoyer pue ^ bataillons et 3 batteries dès maintenant prêts, moyennlm quoi et tout en étant certain que le seul fait de la guerre conmentale aura ici une répercussion immédiate, je comptais tacher de parer aux risques ^insurrection générale en maintenant 1 armature de l'occupation actuelle avec quelques réduits inexpugnables et en évacuant tous postes secondaires] et notamment conserver la ligne Oudja-Kénifra en flanquant ses ^^! \\ ' principaux ports de la côte, la Ghaouia et si possible Marrakech, en raison des établissements européens si importants qui y existent déjà.

Signé : Lyautey.

Ainsi d'après les termes mêmes de ce télégramme, le Kesident Général ne croyait pas en cas de guerre européenne, même en n'envoyant que 4 bataillons pouvoir tenir les postes secondaires tels que Kénifra' L occupation de Meknès même lui paraissait douleusâ et celle de Marrakech difficile.

Quels furent les résultats de la décision ffouvernementale?

Au Maroc le général Lyautey tint. Il porta toutes ses troupes à la périphérie. Il vida l'intérieur du Maroc 11 fit une politique indigène infiniment subtile. Il ne ménagea pas la cavalerie de Saint-Georges.

D'autre part, grâce à la promptitude de la décision prise par M. Messimy et moi-même, dès le lendemain de 1 ultimatum autrichien à la Serbie, les ordres de transport purent être établis de telle façon que les troupes marocaines arrivèrent pour la bataille de la Marne. Les unes traversèrent Paris pour tourner sur lOurcq la droite de l'armée allemande. I.pc ^.Mf.a.

urent les instruments de la célèbre manœuvre du général Foch, elles empêchèrent le centre de l'armée rançaise d'être percé et aux marais de Saint-Gond îcrasèrent la garde impériale.

A la fin de la bataille de la Marne, où de part et l'autre, les armées adverses épuisaient leurs dernières ésevYes, par quoi les eât-on remplacées, si M. Messimy t moi-même, cédant h la pression du Général Lyautey, lies avaient manqué sur la ligne de bataille?

L'action des troupes marocaines fraîches fut décisive.

A quoi fut-elle due ?

A la décision prise et imposée de Paris par nous.

Nous rappelons ce précédent, parce qu'à l'heure présente, le Gouvernement a une responsabilité de poliique marocaine à prendre (i).

(1) Voici d'ailleurs une lettre du général Messimy adressée à Lbel Ferry, l'année suivante, au moment où des polémiques 'engagèrent dans les journaux à ce sujet.

162' division, Le Général Commandant.

S. P. 177, le 28 mars 1918.

Mon cher Ferry,

J'entre dans la bataille et ne pense pas à autre chose, vous e pensez bien, à l'heure où se jouent les destinées de la irance. J'ai eu cependant le temps de lire votre réponse à la y'icioire.

Je puis être tué, tout arrive ; dans un tel conflit, la vie d'un lomme n'est rien. •

Mais, pour ceux qui écrivent l'histoire, il faut que vous lâchiez qu'il existe deux télégrammes de nous, donnant au lésident Général au Maroc, dès le 27 juillet, 8 jours avant la léclaration de guerre, l'ordre formel d'envoyer en France la najeure partie de ses forces.

L'un de ces télégrammes est de vous, l'autre est de moi. iJous les avons rédigés d'accord, Affaires étrangères (vous) et iuerre (moi).

Demandez-en le texte aux deux départements. Ils nous

Politique actuelle du Gouvernement au Maroc. — I Maroc peut à l'heure présente, sous la mainvigou reus et habile du général Lyautey, fournir d'importan effectifs.

Il n'entretient actuellement sur le front qu'un régimei marocain à 3 bataillons, et sur les 20.000 Marocains qi ont été recrutés, plus de la moitié sert au Maroc.

Les effectifs marocains se sont peu à peu reconst tués, de qualité moindre, mais de quantité égale à cei qui y étaient avant la mobilisation.

Or le Maroc semble vouloir s'engager dans ur politique de conquêtes. On a fait déjà plusieurs coloi nés au sud de Marrakech.

Les pertes ont été assez sérieuses.

24 mars : 6 tués dont 1 officier et 53 blessés doi 2 officiers.

Le 11 avril, nouvel engagement.

Le 17 avril, près de Tiznit, nouvel engagement 1.200 rebelles ont été tués. Chiffre de nos pertes inconnu.

Il semble qu après nous être appuyés sur les granc Caïds du sud, les Glaoui et les M'Tougui, nous soyor à l'heure présente entraînés dans le sillage de leur pol tique.

honorent, je crois, par la clairvoyance que nous avons mo] trée dès le début de la période de tension, livréa à nou mêmes el placés en face de ropposifion absolue du Réside) Général qui ne voyait rien que le Maroc el ne comprenait pas t gravité de la situation.

Les troupes marocaines arrivant en P>ance à la fin d'aoù fraîches, en pleine forme, ont concouru plus que nulles autres rompre, à la Marne, Véquilihre des force<>.

Par leur arrivée opportune, juste à l'heure décisive, elle ont tout simplement sauvé la France.

Il reste à la sauver une seconde fois. Elle sortira glorieus et fière de la bataille «gigantesque dans laquelle je vais joue modestement mon rôle de soldat.

Donnez-moi la main et croyez à mon amitié.

Signé : Messimy.

Ils auraient sous les armes, à notre service, près de 0.000 Marocains.

Le Maroc est un pays compartimenté. Un adminis- •ateur aussi habile et aussi énerg^ique que le Général yautey peut s'arrêter où il veut ; mais il est plus difcile de s'en aller lorsqu'on est venu.

Peu à peu, le Maroc se trouve entraîné dans une olitique d'extension. Adieu toute politique d'effectifs Li profit du front français !

Le Gouvernement, croyons-nous, est décidé à faire rédominer l'intérêt français. Il serait bon que sur ce oint la Commission entendît le Gouvernement

EFFECTIFS INTERALLIÉS

Amérique.

Quels effectifs nous enverra l'Amérique ? Les négociations sont en cours (i) : pour le moment coopération américaine prévue se borne à une divion d'Armée, 9 bataillons du génie, lo.ooo docteurs, de )mbreux officiers.

Les autres divisions suivront.

Lorsque notre collègue Tardieu a été désigné comme aut-Commissaire en Amérique, il a constaté qu'aucun •ogramme ni industriel ni militaire n'avait été élaboré ir les services gouvernementaux. La mission anglaise était déjà arrivée à Nev^^-York le M. Tardieu, dont la Commission a souvent admiré méthode, était encore obligé d'arracher aux services s prévisions de matériel que la France pouvait compter de ses nouveaux alliés.

î) 1" mai 1917.

Il serait donc utile que sur le concours de l'Am rique la Commission interrogeât le Gouvernement.

En attendant que cette population de loo.ooo.oc d'habitants ait pu combattre efficacement, il fai tenir.

C'est l'objet de l'étude qui suit.

Russie.

Le chiffre des divisions allemandes sur le front occ dental était de 129, à la date du i^"" novembre 1916.

A la date du i^ mars, il était de 189, une dizaine ( plus.

A la date du 24 mai, il était de i55 divisions.

Le nombre de divisions ramenées du front orients du i^"" novembre 1916 au 24 mai 1917, identifiées ( manière certaine, est de 20.

Par contre 9 divisions ont pendant la même périoc quitté le front occidental pour le front oriental.

L'accroissement qui en résulte pour le front occ dental est donc de 11 divisions seulement.

L'excédent d'accroissement constaté est dû à 26 div sions de nouvelles formations.

Il est vraisemblable que d'autres divisions sont € cours de transport.

Tels sont les renseignements qui m'ont été remis pi le Ministère de la Guerre (1).

Ils concordent avec les constatations qui auraiei été faites sur le front italien où les divisions autr chiennes n'auraient, ces dernières semaines, passé qi de 34 divisions à 35 divisions et demie.

Ces renseignements sont vraisemblables.

On sait, en effet, que depuis que le front russe s'e stabilisé, une division allemande tient un secteur t 12 à 17 kilomètres. D'ailleurs le G. Q. G. aurait plut*

(1) Mai 1917.

intérêt, après l'échec de Toffensive, à exagérer qu'à iiminuer le chiffre de divisions allemandes récemment ramenées sur le front français.

L'offensive de Broussilof, l'année dernière, a réussi parce que le front allemand était de faible densité.

Il est donc inexact de dire que c'est de la révolution russe que date, pour les Allemands sur le front occidental, une guerre perlée.

La guerre ralentie existait avant la révolution russe. Il ne faudrait pas que le Parlement découvrît comme îouveau et conduisant à des résolutions nouvelles, un îtat de choses fort ancien et qu'on peut résumer d'un not : la faiblesse militaire de notre alliée russe.

Italie.

L'effectif mobilisé de l'armée italienne était au début ie la guerre de quelque i.Soo.ooo hommes.

Au mois d'août 1916, il était de près de 3. 000. 000 lont, à la date du i®*" novembre 1916, 1 .800.000 hommes environ se trouvaient dans la zone des armées en Albanie et à Salonique.

L'Italie n'a donc mobilisé proportionnellement que •a moitié des hommes qu'a mobilisés la France.

Les disponibilités du service armé, dans les dépôts, sont d'environ 44o.ooo hommes.

Partout les services regorgent d'effectifs.

Les prisonniers italiens seraient, d'après certains [•enseignements, de 80.000; d'après d'autres renseignements de 100.000 prisonniers à la date du i^*" janner 1917.

Les tués seraient de 120.000 en comptant les disparus; d'après d'autres renseignements, de 200.000. Les Italiens ont une tendance à exagérer leurs pertes pour obtenir une plus forte rémunération des services rendus.

Les réformés définitifs seraient de i65.ooo hommes.

Au total, par conséquent, les pertes définitive de l'armée italienne évolueraient entre 365. ooo e 465.000 hommes.

Les exigences italiennes, verbalement considérables semblent évoluer et se faire plus grandes à l'heur présente à l'égard de leurs alliés.

Convention militaire de Rome en janvier 1917. - Nous reconnaissons les difficultés de ces négociations Il n'en est pas moins vrai que cela n'excuse pas le Gou vernement d'avoir à la conférence de Rome promi l'envoi de divisions françaises sans obtenir en contre partie l'envoi de travailleurs italiens. J'ai de ce fait 1 confirmation officielle.

S'il est vrai que ces négociations aient été hypc théquées par d'autres, sur le caractère desquelles nou n'avons pas à nous prononcer dans ce rapport, nous n pouvons que regretter qu'on n'ait pas songé à vaincre avant de se partager le monde.

Angleterre.

L'Angleterre peut fournir à la France le complémen d'effectifs dont elle a besoin pour tenir moralement e économiquement.

Grandeur de l'effort anglais. — Ce serait manque d'objectivité et manquer de gratitude que de mécon naître la grandeur de l'effort de l'Empire Britannique

Charges qui pèsent sur l'Angleterre. — Outre le Indes que l'Angleterre tient, grâce à sa politique malgr( les intrigues allemandes, avec un chiffre d'hommes lé gèrement supérieur à celui avec lequel nous tenon l'Afrique du Nord, l'Angleterre est obligée de prendr» certaines précautions militaires en Irlande.

Le total des Irlandais servant dans l'armée anglais» était, au mois d'octobre 1915, de 126.000 hommes.

La loi sur le service militaire obligatoire n'est pa: appliquée à cette partie du Royaume-Uni. A la fin d<

1916, on estimait à près de 160.000 hommes, pour la plupart des provinces catholiques, le chiffre des lommes que pourrait fournir l'Irlande et qu'elle ne 'ournit pas.

Outre ses charges historiques, l'Angleterre a de ourdes charges issues de la guerre dont il faut tenir ;ompte pour juger sainement l'importance des reslources en effectifs que peut fournir à la coalisation le i\oyaume-Uni.

Elle assume la mission de neutraliser sur mer le principal de la flotte de combat allemande et le gros [es unités sous-marines allemandes. De ce fait, ioo.ooo hommes environ sont employés pour la flotte le guerre.

43 p. 100 de la flotte commerciale britannique ont ité réquisitionnés pour le compte du Gouvernement britannique et des alliés. i4 p. 100 sont employés au ransport des vivres et matières premières. Les armaeurs ne disposent donc plus que de 43 p. 100 de Tanienne marine marchande britannique

L'Angleterre assume, en outre, pour une large part e ravitaillement des alliés en charbon et en acier.

La moyenne de production hebdomadaire de muniions pour les canons légers de campagne, a progressé ie juillet 1915 à juillet 1916 de 6,5 p. 100; de juillet 916 à juillet 1917 de 22 p. 100.

La moyenne des munitions pour les canons moyens a ►assé de 7,5 p. 100 en 1916 à 76 p. 100 en 1917 et lour les canons lourds cette moyenne a passé de 2 p. 100 en 1916 à 365 p. 100 en 1917.

Le nombre des ouvriers de guerre travaillant, tant lour l'armée que pour la marine, s'élève à 3. 000. 000 l'hommes environ.

Contre-partie : disponibilités du Royaume-Uni.— L'An- :leterre est le pays du « Fair-play ». Une diplomatie [ui négocie avec les Anglais doit être précise dans ses lemandes et armée d'arguments probants.

166 LA GlJEfiRE VUE D*EN BAS ET d'eN HAUT

Le dossier que nous aJJons soumettre à la Commission, tel qu'à la suite de longues recherches nous avon; pu le constituer, arme notre Gouvernemet d'argument; tels que, s'il sait vouloir, la loyauté britannique ne peu se dérober.

En Angleterre les classes ne sont actuellement le vées que jusqu'à 4i ans. En France elles le sont jusqu'î 45 ans.

Pertes. — Les pertes anglaises sont plus faibles qu( les nôtres. Au i^"- avril 1916, d'après mes renseignements personnels, elles étaient en tués et disparus de 9.700 officiers et de 187.000 hommes.

Depuis. celte date elles se sont accrues et je sais dt source sûre, quoi qu'elle ne soit pas officielle, qu'ai mois de janvier dernier les pertes anglaises en tuét étaient de quelque Soo.ooo hommes.

Je ne sais si dans ce chitfre, il faut comprendre les 33.000 Anglais que les Allemands déclarent avoir fail prisonniers et les 10.000 que les Turcs déclarent avoir fait prisonniers.

Que l'on compare ce chiffre de 3oo.ooo ou 343. 000 Anglais tués et prisonniers aux 1.294.000 Français morts, disparus et prisonniers au 3i décembre 1916 et l'on avouera que pour obtenir une équitable répartition d'efforts, notre Gouvernement est singulièrement armé.

Ce chiffre n'exprime pas seulement les pertes quantitatives des deux armées, il exprime la valeur qualitative des effectifs sous les drapeaux. Sous le drapeau anglais ce sont des hommes de 20 à 35 ans ; sous le drapeau français ce ne sont plus, en majeure partie, que des hommes ou trop jeunes ou trop âgés.

Nous avons dû, par la loi des exemptés, racler nos fonds de tiroir. Les exemptions anglaises, même dans la présente loi, sont encore considérables.

Disponibilités anglaises. — L'Angleterre a encore des disponibilités considérables. L'armée britannique,

lulre les disponibilités qu'elle peut trouver dans ses )orainions, a dans le Royaume-Cni proprement dit les

essources suivantes.

Hommes.

Hommes sous les armes 1.000.000

ttoins hommes employés dans les services généraux . . 500.000 j Doins troupes de défense du Royaume- > 700.000

Uni 200.000)

Restent donc aptes au service armé . . 300 . 000

Un outre restent à appeler 1.000.000

Potal des disponibilités de larmée anglaise. . . 1.300.000

*lus résers^es sur le territoire du Royaume-Uni . 300.000

Soit au total .... 1.600.000

Je rappelle que j'évalue nos réserves à 4oo-ooo lomnies.

Ainsi l'écart entre les ressources respectives et l'usure 'espective des deux armées est considérable.

Le Gouvernement français peut trouver dans ces comparaisons de chiffres un premier élément de coni^iction.

Comparaison des deux armées sur le front français. — Si forte pourtant que soit cette disproportion des lifeponibilités des deux armées, le Gouvernement français peut ne l'utiliser que comme un argument subsidiaire, tant est plus frappante encore l'inégalité de la répartition des forces des armées anglaises et françaises.

A la date d'avril 1917, le front français était de 674 kilomètres et le front anglais était de i38 kilomètres.

Les armées du Nord-Est comprennent dans la zone des armées 2.877.000 hommes.

Le chiffre de troupes anglaises sur le territoire français s'élève à la même date à 1.828.000 hommes.

Les Français ont, au mètre courant, 5 hommes et les Anglais i3 hommes i/5.

Peut-être objectera -t-on que les Anglais ont e France d'importants dépôts, que d'autre part leur services de l'arrière sont plus abondants en mair d œuvre que les nôtres. J'admets ces objections et j reprends le même calcul en en soustrayant, pour l'armé fi-ançaise les services de l'arrière et pour l'armée an glaise ce qu'ils appellent les troupes de base. Le chiffr des combattants français est de i. 980.000 hommes le chiffre des combattants anglais est de i.i72.oo< hommes.

Il en résulte que les Français tiennent un mètre cou rant de front avec 3 combattants i/3 et les Anglais ave< 8 combattants 1/2.

Mais peut-être quelque esprit sceptique mettra-t-il er doute l'exactitude de mes chiffres touchant les combat tants anglais; pour le convaincre, surtout si c'est ue Ministre, je reprendrai mes calculs sous une autre forme.

Il y a sur le front français 109 D. I. et sur le front anglais 62 D. I.

La division française est de 12.000 hommes si elle compte 9 bataillons d'infanterie et de 14.000 hommes si elle compte 12 bataillons d'infanterie. La plupart de nos divisions tendent, hélas! à ne plus compter que 9 bataillons d'infanterie.

La division anglaise compte environ 18.000 hommes.

La division allemande compte i5.ooo hommes.

Ce mode de calcul nous permet de serrer de près la vérité, c'est-à-dire le chiffre des combattants. Nous trouvons que la division française a 2 hommes 27 au mètre courant, la division anglaise 8 hommes 08 au mètre courant (1); la division allemande, en novembre 1916, 2 hommes 52 au mètre courant.

(1) Ce chiffre est légèrement inférieur à la réalité, puisque un certain nombre de divisions sont encore à 14.000 hommes • c est ce qui explique l'écart entre le pourcentage obtenu par ce mode de calcul et le pourcentage obtenu par le nombre de

Au 1*' mars 2 hommes 78,

Au 24 mai, 3 hommes i4 au mètre courant (1).

Ces chiffres sont sensiblement pareils à ceux auxuels nous avions été conduits par le précédent calcul.

Au surplus, si nous divisons l'étendue du front anglais ar le chiffre des divisions de l'armée britannique et étendue du front français par le chiffre des divisions e l'armée française, nous trouvons qu'une division nglaise tient en moyenne 2 km. 200 de front et une ivision française 5 km. 5oo.

La division allemande tient un front comparable à la ivision française :

Au 1" mars, il était de 5 km. 5oo en moyenne.

Au 24 mai, il était de 4 kiïi- 700 (2).

Ainsi, quels que soient les procédés de calcul que ous employons, nous aboutissons à la môme constaition : la densité des troupes anglaises est beaucoup lus du double et presque du triple de la densité des 'oupes françaises.

Elle est le triple de la densité moyenne des troupes llemandes sur le front occidental.

Rappelons qu'en arrière du front anglais, 26.000 teritoriaux français des bataillons d'étape, continuent à tre au service d'une armée qui compte pourtant plus e 600.000 non-combattants.

Rappelons que si ces 25. 000 hommes avaient été emloyés à la préparation des routes avant l'offensive de Aisne, il est probable que nous n'aurions pas eu à délorer certaines lacunes d'organisation.

ilomètres divisé par le chiffre des combattants donné plus aut. A. F.

(1) Ces chiffres ne représentent pas la moyenne des hommes a mètre courant dans un secteur déterminé. Nous comprenons ans ce calcul les divisions françaises, anglaises, allemandes n réserve : ces chiffres n'ont qu'une valeur de comparaison ntre les diverses armées. A. F.

(2) !«' mars 765 km. de front: 139 divisions allemandes. 24 mai 739 — — 155 — —

LA GUKRRE VUE d'en BAS ET u'eN HAUT

, ^ji^ esse de notre diplomatie. - La faiblesse persis lante de notre diplomatie a permis ces résultats II sont graves pour l'armée française ; ils ont permi son usure graduelle. Ils sont graves pour l'avenir d 1 hntente cordiale. Le poilu se rendra quelque iou compte de rinsuffisance des sacrifices qu'on a demar desautommy; que dis-je, le poilu s'en doute déjà e cette notion n'est pas sans diminuer son moral.

Quel bruit n'a-t-on pas fait à propos de l'extensio du front anglais au début de cette année ! Nous avion lait remarquer en Comité secret, que les 3o kilomètre qui étaient relevés diminuaient notre front de U divi sions.

Or, ces 4 divisions étaient envoyées à Salonique L Koyaume-Uni n'envoyait aucune division nouvelle ; baionique. L'extension du front anglais était donc corn pensée par le supplément d'elïort que nous fournission a balonique.

Or, il résulte des tableaux que j'ai demandés, que 1. Iront anglais ne s'est pas accru de 3o kilomètres.

lin avril 1916 il était de i38 kilomètres.

En avril 1917 il était de i38 kilomètres

A la venté, dans l'intervalle, il a décru : En oc lobre, il n'était plus que de 127 kilomètres seule ment. On nous avertit par les gazettes chaque foi.' que le front anglais s'étend. Les mêmes gazettes nég igent de nous prévenir chaque fois que le front anglais décroît.

Par qTiel maléfice s'est-il fait que pendant 3 ans plus 1 armée anglaise s'accroissait et plus sa force nou^ inspirait d admiration, moins les relèves françaises se taisaient fréquentes?

J'ai trouvé le mot de l'énigme dans la comparaison que jai faite de l'extension graduelle du front anglais et de l'accroissement des forces anglaises en rrance.

En janvier 1915 l'armée anglaise comptait 264.00,

Dmmes; elle tenait 4o kilomètres de front (i) elle avait 3nc 6.600 hommes au kilorrètre.

Au mois d'avril 1916, elle s'était accrue et déjà elle ^ait plus de 8.000 hommes au kilomètre.

En janvier 1916, elle dépassait le million et elle était

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