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MEMOIRE

Sur les opérations en Woëvre du 5 au 16 avril 1915

Remis aux membres du cabinet Viviani

Le plan d'ojjensive des opérations de Woëvre avait pou auteur le général Debeney, chef dE,-M. du général Di bail, commandant le groupe des armées de l Est. Il con\ portail la réduction de la hernie de Saint- Mihiel.

1" La date impérative. — L'ordre d'attaque du group provisoire des armées de l'Est fixait irrévocablement 1 date de l'action au 5 avril. C'était mal connaître 1 Woëvre, que d'ignorer qu'elle n'était un sol propice des batailles que pendant l'été. A plus forte raisor fixer une date d'attaque sans tenir compte de la pluie r des inondations, était courir à un échec certain. Quell raison militait pour fixer plusieurs semaines d'avanc la date des opérations dans le sud et dans le nor de la Woëvre ?

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î ciel fit la démonslration àe cette erreur. Nous :juâmes entre deux périodes de beau temps sous les [es et dans la boue. Pour déplacer de 4oo mètres pièce de yS, l'artillerie du général Guillaumat mit

eures.

3S blessés disparurent enlizés. Les pièces d'artilleians la fange se dépointaient à chaque coup. Les vdans cette terre demi-liquide firent fougasse; les hes dans les réseaux ne furent pas faites, ou elles Qt si étroites qu'elles constituèrent de véritables

icières.

xer à l'avance une date d'attaque, ce n'était pas ement ne pas tenir compte des forces de la nature, lit obliger à une préparation écourtée et hâtive. Le îral Gérard arrive à Verdun le 27 mars : ordre d'atler le 5 avril; en 8 jours, il lui faut créer une route velle : Châtillon-Braquis, bâtir des abris pour deux \.., aménager de nouvelles batteries d'artillerie de, bref truquer son terrain. Quelles que soient sa hode et son énergie, le 5 avril arriva sans que l'arrie ait pu, dans cette fondrière, faire avec la minu- ^cessaire à cette guerre de siège, le rabotage préae de la tranchée allemande. Le plan du G. Q. G. était lisant et élégamment conçu. Il posait comme néaire au succès de l'opération un certain nombre conditions. Aucune ne fut réalisée ; néanmoins le ). G. passa outre à l'exécution.

a surprise. — Le plan d'opération du G. Q. G. comait la surprise sur le secteur d'Étain, Saulx-enëvre.

r, dans la partie nord de ce secteur, de Maizeray [u'à Étain, sur un front de 10 kilomètres, les lignes mandes étaient éloignées des lignes françaises par sorte de terrain vague de 1.000 à 1.800 mètres, ter d'un coup sur un aussi large espace et sur une ; profondeur, à travers un terrain inondé, où les )ns étaient de petits ruisseaux, une ligne de tran-

chées avec boyaux de communication, places d'arm* était impossible. L'effet de surprise fut éventé ; à pei put-on surprendre quelques postes d'écoute.

Dès décembre, le G. Q. G. est saisi de ce proj Pourquoi a-t-il manqué des vues d'avenir nécessaii pour ordonner d'aménager une future attaque et p( dant quatre mois, par un tir lent et continu, d'user tranchée allemande? La surprise, sinon stratégique moins tactique, n'exclut pas la préparation du déts

Devant Marcheville, une action a été montée depuis i vembre. Mais sur ce point, par les attaques du 18 et 27 mars, mal justifiées par un lien factice avec les oj rations des Éparges, Téveil est donné à l'ennemi. Il renforce, il amène du canon-revolver.

Ainsi, par les attaques dans le secteur sud, le Hé Commandement perd le bénéfice de la surprise, auqi pourtant, dans le secteur nord, il sacrifie la minutiei préparation nécessaire.

Les Éparges. — Le plan du G. Q. G. comport comme condition préalable aux opérations en Woëv la prise des Éparges. Or, le 5 avril, les Épar^ n'étaient pas prises; même actuellement notre é blissement y est si précaire que nous ne pouvons avoir ni observatoires, ni canons. Ou les Épar^ étaient nécessaires à notre progression en Woëv et alors il fallait attendre la prise des Éparges pc nous lancer sur Maizeray-Marcheville-Cote 233, les Éparges ne l'étaient pas, et alors pourquoi y 1 crifier 20 à 26.000 hommes de nos meilleures troupe Mes officiers du 166^ s'étonnèrent qu'on fît tuer t£ d'hommes sur ce bord de toit; je me suis battu tr< mois sur tout ce secteur et j'affirme que les Épar^ ne sont qu'un des nombreux observatoires dont d posent les Allemands sur les liauts-de-Meuse (

(l) Les Éparges prises, maints observatoires subsistent notamment Combres, à peine éloigné de plus de 2 kilomèln

La guerre D USURE 3B

is l'amour-propre s'en est mêlé peu à peu; Topéra- 1, qui au début n'était que d'un régiment, a grandi. Tuerre d'usure. — On dit «'guerre d'usure )),maisnous vons pas perdu moins d'hommes aux Eparges que

Allemands. En Champagne nous en avons perdu s qu'eux. Devant Marchevilie, depuis le 18 mars, 00 hommes sont tombés : 5oo Allemands environ

été mis hors de combat. Outre qu'elle est 'un aveu npuissance stratégique et qu'elle prépare une France '^astée, la guerre d'usure, formule de journaliste non militaire, la guerre d'usure se Jait contre nous. Cininte bouches me l'ont dit. J'ai revu monrégiment(i). 18 mars, une folie héroïque l'animait. De ma compaie, partis 25o, 29 hommes sont revenus; la 8* com- ^nie de même. Ils ont, dans la tranchée allemande, 3e puis abandonnée, trouvé un seul Allemand tué. 27, même attaque, même échec, mêmes pertes. Le 5, ), le 12, ils attaquent. Le capitaine H..., qui avait glousement défendu le fort de Troyon, en arrive à sortir il pour se faire tuer. Ce beau régiment de couverture

plus de qualité offensive. Tout au plus peut-il tenir îs les tranchées. De vingt régiments j'en pourrais e autant.

^ancer de la mitraille humaine sans préparation, à e fixe, c'est conquérir, dit-on, l'ascendant moral. 3 milliers de morts français devant les tranchées îmandes, entretiennent cet ascendant... chez l'enni.

-'inquiétude est grande dans tous les grades. Tout fnonde s'effraie de l'effritement des cadres et de la ivreté physique des nouveaux contingents. M le gaspillage continue, le jour est proche où la var offensive de l'armée, déjà anémiée, sera détruite, ^histoire des Éparges, comme celle de Vauquois ou Chauvoncourt, n'est qu'une illustration d'une perni-

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cieuse et sanglante métliode, employée sur tous points du front. On distribue le droit de faire telle telle opération locale comme on distribuerait des possi lités de croix et d'avancement. Chacune de ces peti actions a ses raisons géographiques et tactiques, m la pensée stratégique en est absente; il semble qu ne se batte que pour la presse ou le communiqué.

On improvise successivement.

La guerre de tranchées, toute de détails, n'a été ni p vue, ni étudiée. Les grands États-Majors l'ignorent, n'y ont pas vécu, ils n'y ont pas commandé. De là manque de préparation et ces dates impératives. L'( périence d'en bas n'est pas montée jusqu'en haut.

Un des étonnements de demain et peut-être de Vhisto sera que le Gouvernement, qui, a parmi les militaires tous grades, une si réelle autorité, se soit désintéressé ou soit abstenu.

21 avril 1915.

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