HISTORIQUE
L'artillerie d'assaut aurait pu être un des élémentj principaux de la libération du territoire. Elle n'a été, jusqu'ici, qu'un accessoire dans la bataille. Les Gouvernements et le Haut Commandement ont manqua d'imagination. Le Parlement a manqué de persévérance. L'histoire de l'artillerie d'assaut est pour chacun une pénible leçon de modestie.
En France, trois initiateurs : un officier d'activé, le général Estienne ; deux officiers de réserve, M. Aubriot, député, et le capitaine de Poix, industriel (i).
i* M. Aubriot, le premier en date, met en mouvement la Commission du Budget dès le i4 septembre 1915. Celle-ci entretient le Ministre de la Guerre de la possibihté de créer « des fortins automobiles pouvant franchir tous les obstacles ».
2° Le second en date, le capitaine de Poix, combattant des batailles d'Artois, « avait vu tant de fois notre infanterie partir magnifique d'enthousiasme à l'assaut, puis brusquement fauchée par une mitrailleuse insoupçonnée et le champ de bataille se couvrir en quelques minutes de cadavres, hécatombes, hélas ! si souvent inutiles ! »
Il avait donc, dès le 25 novembre 1916, conçu l'idée de {( voitures blindées allant par tout terrain ».
Ce rapport divinatoire contient cette phrase prophétique des erreurs à venir : « Pour obtenir un résultat, il faut beaucoup de ces appareils et puis il faut le
(1) On sait aussi quelle part active M. J.-L. Breton, sous-secrétaire d'État aux Inventions a prise à la mise au point et au développement de cette arme nouvelle.
LES CHARS d'assaut M
secret, car à tout engin on peut opposer un engin, à toute tactique une tactique; seule la surprise est Félément éternel du succès. »
3o Enfin le général Estienne, futur directeur de l'Artillerie d'assaut, avait le i^*" décembre 1916 saisi le G. Q. G. de propositions fermes, basées sur une étude faite en collaboration avec la maison Schneider. Deux mois après, le 3i janvier 1916, le Général en Chef demandait la mise en construction de 4oo chars Schneider. L'arme était créée.
Les Commissions de l'Armée et du Budget obtiennent du Gouvernement l'engagement formel que ni les chars d'assaut français, ni les chars d'assaut anglais, ne seront employés autrement qu'en masse, selon la vision prophétique du capitaine de Poix.
Mais la construction des tanks anglais a devancé la nôtre. Nous sommes alors en juin 1916 : l'attaque anglaise au nord de la Somme a stoppé au sortir des premières tranchées. Son artillerie ne sait pas encore préparer les attaques. Les tanks sont là. Les généraux anglais demandent à les employer pour relever le moral des fantassins.
Un simple officier de liaison français, si je suis bien renseigné, relève de sa promesse le G. Q. G. anglais. Les tanks font leur apparition sur le champ de bataille, 3.000 Allemands sont fait prisonniers. On prend un village.
Succès tactique apparent qui, hélas ! dissimule un échec militaire, car l'emploi des tanks est désormais connu de l'ennemi.
Les Allemands opposent « tactique à tactique » ! Ils créent sur tout le front une tranchée de 4 mètres de largeur que ne peuvent franchir ni les tanks français ni les tanks anglais.
Ainsi les tanks français n'ont pas encore servi qu'ils sont déjà démodés.
L'emploi prématuré de leurs camarades anglais a
averti l'ennemi. Aussi quand, un an plus lard, le 16 avril 1917, les Saint-Chamond et Schneider entrèrent dans la bataille devar\t Juvincourt, ce fut, malgré des prodiges d'héroïsme, un lamentable échec.
Cambrai fut une révélation ; « Téternel élément de surprise » dont parlait le capitaine de Poix, 'joua enfin. Les chars anglais percèrent les lignes allemandes. Mais le Haut Commandement anglais, comme le nôtre, n'avait pas cru aux chars.
Si je suis bien renseigné, c'est à l'instigalion de Lloyd George que Tattaque en masse dos chars fut tentée devant Cambrai. Aussi Douglas Haig n'ayant pas prévu la percée n'a-t-il pu la soutenir par des divisions d'exploitation. L'armée anglaise, 10 jours après, fut sévèrement ramenée sur ses lignes.
Victoire du matériel nouveau, échec du Haut Commandement britannique : tel fut le bilan de l'opération.
Ainsi les chars d'assaut sont une invention d'officiers combattants, de réservistes, de gens de l'arrière. Ils ne sont pas nés spontanément de la méditation de Viin des deux Hauts Commandements.
Seul le général Pétain a marqué à cette arme, depuis son arrivée, une constante sollicitude; mais à l'heure actuelle, ce n'est pas encore une arme choyée ni suivie.
Ni moralement, ni matériellement, les chars d'assaut n'ont la priorité. Ce rapport en sera la longue démonstration.