‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 83 sur 94 · CHARS LÉGERS · texte numérisé non relu

CHARS LÉGERS

Le char Renault réalise enfin le canon d'accompaement que, depuis trois ans, espère notre infanterie, îst le futur vainqueur de la mitrailleuse. [1 a été conçu par la collaboration du général Estienne de M. Renault, voici un an et demi, en novembre 1916, dehors des services du Ministère de V Armement. Les premiers essais sont de mars 1917.

Malheureusement l'Armement n'y a pas cru. Le Mi- ;tre de la Guerre n'était renseigné par aucun service. Y eut-il, comme on l'a dit, des rivalités de groupemts industriels?

Foujours est-il que les tôles n'ont commencé d'arrir que lorsque les commissions parlementaires, émues r le succès des tanks anglais à Cambrai, ont enfin âté leur appui aux demandes du Général en Chef. Car le G. Q. G. n'a jamais varié sur ses demandes chars Renault.

Dès le mois de novembre 1916, voici 18 mois, le Gérai en Chef demandait un millier de chars.

Au mois de juin, il portait cette demande à 3.5oo.

Le Ministre de l'Armement faisait, au mois de ju fet 1^7 et renouvelait au mois de septembre, la pi messe de livrer dès la fin de décembre, 45o chars. 28 octobre il promettait d'en fournir 1.000 pour ;^i mars 1918. Devant les Commissions de l'Armée du Budget, il s'engageait formellement au mois janvier dernier, à sortir pour le 3i mai^s, 800 chars.

La lecture des procès-verbaux des Commissions < instructive à cet égard. Elle avertira les Commissic de ne pas trop se lier aux promesses du Minisire l'Armement.

Ces promesses ne furent pas tenues. Le Ministre l'Armement prétendit pourtant qu'elles l'étaient, ( vant la Commission de l'Armée.

Ah ! si l'on avait eu devant Montdidier, le 21 ma quelques centaines de chars Renault aptes au comb l'ennemi n'étant pas retranché et n'étant pas suivi ses canons lourds, les chars Renault eussent reji l'infanterie allemande au canal Crozat et même sur i positions de départ. C'est un regret qu'on entend se vent exprimer dans l'armée; il explique pourquoi Ministre de l'Armement continua à discuter sur les s tistiques : le 5 avril, quelques jours après son au tion, il écrivait à la Commission en affirmant que, 5 avril au soir, 117 chars étaient à la disposition de Guerre.

Le 19 avril, le Ministre de la Guerre lui-même éc vait que le 6 avril, il n'était arrivé que 72 chars « de des conditions de précarité ». De précarité, certes! trois quarts de ces chars n'ont pu, même sur le tern d'expérience, faire plus de quelques kilomètres.

La maison Renault a dû reconnaître la nécessité démonter et de remonter tous ces chars.

L'envoi avait été hâtif et fait pour donner une sat faction d'apparence aux commissions parlementairi

Enfin, le 6 mai, on me déclarait personnellement

LES CHARS o'jtSSSKPr 287

G. Q. G. qu'une soixantaine de chars seulement étaient aptes au combat.

Ce bluir, car il faut appeler les choses par leur nom, a failli avoir une conséquence tragique. Pour prouver :|ue l'on avait fabriqué des chars Renault, on a poussé î l'emploi immédiat de la poi^-née de chars qui étaient îux armées.

Les procès-verbaux de la Commission de l'Armée du i avril, une lettre de votre rapporteur que je viens de ^ous lire, une conversation que M. Renaudel et moi lyons eu l'occasion d'avoir aux armées avec M. le Président de la République, informé comme à l'ordinaire le l'étal de la question, ont pu arrêter cette folie : car, elon la parole du capitaine de Poix, les Allemands, lès qu'ils connaîtront les chars Renault « opposeront actique à tactique. Il faut beaucoup de ces appareils >our obtenir un résultat ».

Or, j'étais trop optimiste lorsqu'il y a un mois, j'écriais que l'armée possédera, entraînés, aptes au combat,

la fin de mai, 6 bataillons (45o chars) soit de quoi ataquer sur un front de 6 divisions, c'est-à-dire de 12 à 5 kilomètres ; à la fin de juillet, 1 o bataillons (ySo chars), oit de quoi attaquer sur un front de 10 divisions, soit nviron 20 kilomètres.

Il faut décaler ces prévisions d'un mois au moins.

Chars légers T. S. F.. — La liaison sur le champ de ataille, c'est la grande préoccupation du fantassin.

Combien dans les popotes en a-t-on parlé et reparlé! >ue de souvenirs d'erreurs tragiques! Ici, c'est notre rtillerie qui écrase nos vagues d'assaut, là, ce sont es occasions manquées. Tantôt c'est le Commandement qui n'a pas pu savoir, tantôt c'est l'artillerie qui 'a pas pu protéger ou soutenir.

Pas de liaison, c'est le fantassin abandonné seul sur i champ de bataille. Blinder la T. S. F., c'est mettre la aison à l'abri des coups de l'ennemi et à même de voir lieux encore que le fantassin sur le champ de bataille.

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Les chars blindé& T. S. F. donnent donc la solution de l'un des plus angoissants problèmes de la guerre.

Or, il n'y en a pas actuellement aux armées ! En mai 1917, le général commandant l'A. S. a commencé ses démarches. Il les réitère vainement, verbalement, par écrit ; les lettres sont au dossier.

Enfin, au mois d'octobre, le général Estienne s'entend officieusement avec M. Renault.

L'Armement fait des observations à M. Renault pour avoir osé, à la requête du général Estienne, faire ur modèle de char léger T. S. F. que depuis six mois l'Armement ne faisait pas. M. Renault n'en tient paj compte et c'est .le lO décembre, trois moia après le première démarche du général Estienne, que les pre miers chars T. S. F. font leurs essais.

Grâce au retard des chars mitrailleurs et des chari canons, les chars T. S. F. pourront être donnés au: compagnies d'ici la fin du mois.

Personnel. — Ce ne fut pas sans étonnement qu( M. Renaudel et moi-même découvrîmes, voici un moii environ, que ce merveilleux petit instrument de comba était confié à un personnel de malades, d'impaludé dans la proportion de 1/^, de jeunes gens récupéré des classes 17 et 18 qui n'avaient jamais vu le feu.

La Sous-Direction de l'A. S. avait, à la vérité, de mandé aux armées de lui fournir des fantassins « trié sur le volet », mais il n'avait pas été tenu compte de s demande.

C'est une preuve de la faiblesse de cet organism administratif. Voici seulement quelques jours, qu'à 1 suite de démarches réitérées, le Général en Chef promis de donner, au fur et à mesure, 3. 800 fantassin volontaires d'élite, pour monter les petits chars d'ac compagnement. J'en ai reçu l'assurance au G. Q. C Mais ces fantassins reçoivent à Cercottes une instruc tion insuffisante, par suite de l'absence de disciplin

ni y règne ; soldais et officiers vont à Orléans et lême à Paris, sans permission.

De tous ces faits, il résulte que TA. S. n'est pas en- )re une arme choyée ni suivie.

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