La Guienne anglaise
Lorsqu'un autour va publier un ouvrage, il faut qu'il lance un Prospectus, c'est la loi commune ; a moins de passer pour mal appis, il doit suivre 1" usage.
Mon Prospectus a déjà été fait une fois, mais il n'a été lu que par les membres du Conseil général de la Gironde. Ces Messieurs, après sa lecture et un Rapport fait par une Commission à laquelle j'avais communiqué mon manuscrit et mes dessins, m'ont accordé, à l'unanimité, un encouragement [)Our m'aidcr à la publication de ces notes et dessins. Qu'ils reçoivent ici l'expression sincère de ma profonde reconnaissance. Je ferai en sorte de ne pas tronjper leui confiance.
Voici quelques passages de la lettre que j'écrivais à ces Messieurs, le 3 aoiàt dernier :
« Enfant du département de la Gironde, le but de tous mes travaux, depuis vingt ans, a toujours » été d'élever un monument à sa gloire. Depuis près de vingt ans, je parcours le département dans » tous les sens pour étudier les monuments connus qu'il renferme et en découvrir de nouveaux, si » c'est possible. Dieu a couronné mes efforts, a entretenu mon courage, et je viens maintenant vous » communiquer le fruit de mes recherches.
» Le département de la Gironde, vous le savez bien. Messieurs, est un des plus beaux et des )) plus curieux de la France. Si, .sous le rapport des productions de toute nature, il n'a pas son égal,
» il V en a peu qui le vaillent aussi pour le nombre et la variété des monuments. Les petites églises » romanes des campagnes ont excité l'admiration de tous les archéologues, et si les grandes églises » de Bordeaux ne sont pas à la hauteur de celles de Chartres et de Reims, elles tiennent du moins » le second rang.
» Mais notre département est surtout intéressant par ses monuments militaires. La Guienne ayant » été, ytar suite du mariage d'Éléonore avec Henri II, soumise au joug de l'Angleterre pendant » trois cents ans, les rois anglais ont dû faire tout ce qui était en leur pouvoir pour conserver ce >> brillant fleuron de leur couronne. Aussi, les voyons -nous toujours engager les seigneurs gascons à » fortifier leurs châteaux, et les bonnes villes de Guienne à s'entourer de murailles.
» Ces châteaux existent encore en partie; ces bonnes villes, qui ont encore, — pas toutes, „ hélas! — leurs ceintures crénelées, embellissent le paysage, et font penser aux rudes combats » de ces temps héroïques de la Guienne.
» Alors les lois n'étaient pas suffisantes pour défendre les citoyens; alors l'admirable police de » nos jours était inconnue; alors les campagnes étaient infestées de brigands de toute nature; alors » chacun devait avoir recours, pour se défendre, à son courage seul et à la force de son bras. Aussi ). le pays était-il hérissé de forteresses : villes, villages, châteaux, moulins, tout servait de fort et ). de lieu de refuge.
» J'ai étudié, Messieurs, presque toutes ces forteresses: celles qui, comme Roquetaillade, » Villandraut, Langoiran, Rauzan, élèvent jusqu'au ciel leur tête orgueilleuse; celles, bien plus » modestes, mais non moins intéressantes et non moins riches en souvenirs, dont il ne reste que » quelques pans de murailles, ou même que l'emplacement; les moulins, monuments d'utilité » publique, et dont quelques-uns n'ont pas pris de repos depuis sept cents ans qu'ils sont bâtis; les » villes, les villages qui se dépouillent, au grand regret des amis du pittoresque et des monuments » historiques, de leurs vieilles enceintes comme d'un habit trop étroit ou passé de mode. Ces études
» sur nature, œuvre de ma vie entière, je voudrais les faire connaître au public Ma publication
» contiendrait 150 planches grand in-quarto gravées à l'eau forte, avec un texte descriptif pour » chaque monument ; puis les notions historiques nécessaires pour donner des preuves à l'appui des » dates que je leur assignerai. Lorsque sur ma route il se trouvera un monument religieux très-
» remarquable, je le donnerai comme hors-d'œuvre Dessins sur nature, texte et gravures, seront
» entièrement de ma main; il y aura donc unité parfaite dans tout le corps de l'ouvrage
» Il faut se hâter, car les ruines s'amoncellent; le Temps détruit, et les hommes aident » consciencieusement le Temps. Combien de vieux débris n'existent plus, que j'ai dessinés il y a » peu d'années I
» Chaque jour éclaire une démolition.
» Le vingtième siècle n'aura peut-être plus que le souvenir des monuments qu'ont laissés nos » ancêtres, et plus tard on aura tout oublié, si les images de ces monuments ne sont pas là pour en » renouveler la mémoire. Aidez-moi donc. Messieurs, à faire cette œuvre patriotique, et espérons » que la postérité nous en sera reconnaissante. »
Ce que je disais il y a six mois à nos conseillers généraux, je le répète aujourd'hui en m'adressant à tous mes concitoyens. Aidez-moi, leur dirai-je, à travailler à la gloire de notre contrée, à consacrer à notre pays natal un monument élevé par les mains d'un enfant de la Gironde, écrit, gravé, imprimé et publié dans le département. Imitez la confiance de vos représentants, et soyez sûrs que si Dieu n)e prête vie et santé, j'irai au delà de mes promesses.