‹ La Guienne anglaiseChapitre 8 sur 39 · SIT · texte numérisé non relu

SIT

Toutes les pierres qui se trouvaient sur le plateau ont été jetées pêle-mêle sur les déclivités du coteau, d'autant plus abrupte qu'on approche de la plateforme. Ces pierres roulantes devaient en rendre l'accès fort difficile. A mi-côte, et faisant presque tout le tour des deux flancs du promontoire, existe une terrasse, en partie naturelle, en partie artificielle. C'était sans doute un premier retranchement. On l'appelle le Chemin vert.

Dans cette vaste enceinte, on trouve une quantité de débris de poteries noires et grossières, et beaucoup de silex, tous taillés, pas un seul roulé, pas un seul entier; c'est une terre qui n'en renferme pas naturellement : ils y ont été transportés. Le terrain, qui est très-fertile, ayant depuis longtemps été retourné et travaillé dans tous les sens, ces instruments ont été brisés. J'y ai recueilli des pointes de flèches, des couteaux, des haches polies, et surtout de ces espèces d'instruments plats d'un côté, arrondis à un bout au moyen de petits éclats, et se terminant à l'autre bout par une pointe mousse, comme Jouannet en a tant trouvé dans la forteresse gauloise d'Écornebœuf, près de Périgueux.

Une source située en B fournissait une eau salubrc et abondante à la peuplade ou au corps d'armée qui habitait ce retranchement.

Plus tard, la pointe extrême du promontoire a servi d'assiette au château de Roquefort, dont les plus anciennes constructions remontent à la fin du XIII° siècle.

Ce retranchement appartient maintenant à M. le vicomte de Malet-Roquefort, dont le château moderne s'élève près de l'extrémité orientale du vallum.

BUTTE DE CIIARLEMAGNE

A Cabara, canton de Brannes, arrondissement de Libourne

Cette forteresse occupe le point culminant d'un haut promontoire formé par la large vallée de la Dordogne, et un étroit vallon au fond duquel coule un petit ruisseau et serpente la route qui conduit de Brannes à Cabara. Le vallon porte le nom de Ravin des Goths, et la tradition locale, déjà

rapportée par Jouannet dans la Statistique de la Gironde, dit qu'une grande bataille a été livrée dans le ravin; qu'elle fut si sanglante, que le ruisseau était changé en un torrent de sang. Les ennemis campaient, dit-on, sur une butte qui est en face et qu'on appelle Butte du Montremblant. Cette dernière est formée par un promontoire fort abrupte, séparé du coteau par une large et profonde coupure.

La butte de Charlemagne est un château, ou plutôt un petit camp de forme carrée, entouré de fossés de trois côtés, et, du quatrième, de terrasses qui descendent vers la Dordogne, située cependant à une assez grande distance du pied de la côte ; peut-être en était-elle autrefois plus rapprochée. —A, butte renflée dans le centre; ce renflement doit être le résultat de la culture; la terre aura peu à peu glissé vers les fossés; elle est complantée de vignes. — BBB, fossés de 15 à 16 mètres de largeur; il est impossible d'en apprécier maintenant la

INTRODUCTION IT

profondeur primitive. — C, terrasse dont le sol est au niveau du fond des fossés. — En D sont des arbres; là, le talus est moins déformé qu'ailleurs; sa hauteur, depuis le fond des fossés, ei-t d'environ 8 mètres. — EF, vallum réservé entre le fossé et la déclivité naturelle du coteau, qui descend vers le ravin des Goths. — //, terrasse fort inclinée, au-dessous de la terrasse C, dont elle est séparée par un talus IK, d'une hauteur presque perpendiculaire de 4 mètres environ. Au-dessous de la terrasse H, le coteau descend, par une pente abrupte, vers la vallée de la Dordogne.

Je n'ai trouvé sur cette butte aucune trace de construction, si ce n'est quelques tuiles creuses.

LA TUSQUE

A Sainte-Eulalie-d'Ambarès, canton du Carbon-Blanc, arrondissement de Bordeaux

Ce château, situé dans la propriété de M. Delpech, au sud-est de la maison noble de Cocujac, se compose d'une vaste enceinte formant un parallélogramme assez régulier, de 1 50 mètres de long sur 90 mètres de large, protégé à l'est, au nord et à l'ouest, par deux ruisseaux, dont l'un, celui

qui borde le côté oriental, prend sa source à

^^^ quelques kilomètres plus haut, et l'autre à l'un

|î S^mmm^^i .. I ,.,, 1,11. 1 1 >^ ''^*^'— '■^ des angles de la grande enceinte en A. En B,

] \ r , ' n '^ ruisseau principal s'écartant de la ligne droite

est remplacé par un fossé, qui, après avoir fait un angle droit, ferme le côté méridional. Les deux grands côtés du parallélogramme sont un peu renflés dans le centre, de sorte qu'au milieu l'enceinte a de 110 à Ho mètres de large. Sur le grand côté oriental s'élève un vallum de 2 mètres environ de haut, long d'à peu près 50 mètres, et large de 1 0 ; il servait sans doute à protéger la porte principale, qui paraît avoir été placée au point C. Suivant M. Yiollet-le-Duc, d'autres portes, protégées par des ouvrages avancés, devaient s'ouvrir au milieu des autres faces. Je n'en ai pas vu de traces.

Au milieu de cette enceinte s'élève une motte circulaire (D) de 27 mètres de diamètre, formée par la terre extraite d'un large fossé qui l'enveloppe. Cette motte est beaucoup plus élevée au sud-ouest que partout ailleurs; de ce côté, son talus a 10 mètres de hauteur, tandis que du côté opposé il n'en a que 3. Les fossés ont 15 mètres de large au sud-ouest, et vont en diminuant de largeur jusqu'au f)oint opposé, où ils n'en ont que 10; cette diminution de largeur des fossés, concordant avec la diminution de hauteur de la motte, fait supposer que celle-ci a été abaissée, et que la terre en a été jetée dans les fossés. Deux entailles EE, dans la contrescarpe, s'avancent de quelques mètres au sud et à l'est; je n'ose affirmer qu'elles sont anciennes.

La position de ce château était parfaitement choisie; quoique dans un lieu peu élevé, il n'était dominé d'aucun côté. On n'y trouve aucune trace de murailles, et bien certainement il n'y en a jamais eu; toutes les constructions qu'il renfermait étaient en bois.

Suivant une tradition fort ancienne, un trésor est caché dans la commune de Sainte-Eulalie-

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LA GUIENNE ANGLAISE d'Ambarès; de sorte que le propriétaire de la Tusque, pensant qu'il pouvait être chez lui, a fait fouiller jusqu'au fond de la moite, il y aune centaine d'années; mais il n'y a trouvé, dit-on, que des ossements humains. Maintenant, un taillis d'acacias, qui la recouvre, donne lieu d'espérer qu'elle nous sera conservée.

CHATEAU DE PUYNORMAND

Canton de Lussac, arrondissement de Libourne

Quoique les restes infimes de constructions qui surgissent de terre à Puynormand appartiennent au moyen âge, cependant sa description doit trouver place dans cette introduction, parce que les vallums, les fossés et les escarpements qui entourent le tertre, sont d'une époque évidemment plus

ancienne, et ont le caractère

des forteresses élevées par les hommes du Nord.

Ce château occupait le sommet d'un tertre isolé, situé au nord-est de l'église de Puynormand. Tout le tour de sa base, ce tertre a été coupé à pic à une hauteur qui varie de trois à cinq mètres, de sorte que l'ascension n'en était et n'en est encore possible que dans certains endroits ménagés exprès.

Après avoir franchi ce pi'emier obstacle , on rencontrait sur la pente du tertre un vallum D, dont la crôte unie et assez large pouvait contenir un bon nombre de défenseurs, protégés par des palissades. Ce vallum, dont on retrouve parfaitement la trace au nord, mais qui paraît n'avoir pas existé au sud, où la pente du tertre est plus raide, est suivi d'un large fossé dont l'escarpe est formée par un autre vallum qui fait le tour du château, bâti lui-même sur l'escarpe du large et profond fossé qui suit ce second vallum. Tous ces obstacles franchis, on rencontrait les murs du château, qui a maintenant la forme d'un parallélogramme, dont les angles sont fortement arrondis. C'est une vaste enceinte dont la longueur est de près de 90 mètres, et la largeur de 55 mètres. La porte, ou du moins la rampe par où l'on montait dans le fossé supérieur (car il me paraît impossible de reconnaître l'emplacement de la porte), était à l'est et plus rapprochée de l'angle nord que de l'angle sud. Là, en effet, a été ménagé un long couloir à rampe extrêmement raide, qui partait do la base du tertre et passait entre une barbacanne semicirculaire A, au nord, entourée d'un fossé, et une terrasse C, au sud, formant une des extrémités du vallum supérieur. Au-dessous de la barbacanne s'avance l'autre extrémité du môme vallum,

INTRODUCTION xth

auquel le premier vient se réunir un peu plus au nord. — Le puits, dont on a conservé le souvenir, paraît avoir été creusé, près de cette entrée.

D'autres tertres, situés l'un à 200 mètres au nord du château et appelé tertre de La Bastide (A),

l'autre à 400 mètres au nord-ouest et appelé tertre de Bennel (B), pourraient bien avoir été utilisés comme postes avancés. Il existe également, à l'est, un grand emplacement carré (C) entre deux vieux chemins, qui a peut-être servi de cour basse précédant la porte du château.

La châtellenie de Castillon, dit M. Raymond Guiuodie dans son excellente Histoirede Lihourne, vol. III, p. 228('), relevait de la vicomte de Castillon ; « elle exerçait la juri- » diction sur vingt-trois paroisses ou seigneuries : Puynor- » mand, Saint-Médard-de-Guisières, Camps, Saint-Seurin, » Gours, Saint-Sauveur, Saint-Pierre-du-Palais, Cornemps, » Tayac, Francs, Lussac et Faise, Monbadon, Saint-Cibard, » Montagne, Saint-Georges, Puisseguin, Parsac, Néac, » Saint-Denis-de-Pile, les Billaux, Lalande, Laubardemont » et Sablons. »

En 1252, Élie de Castillon, vicomte de Puynormand, ayant pris part à la révolte des seigneurs gascons contre Simon de Montfort, lieutenant du roi d'Angleterre, la châtellenie fut saisie et donnée par Henri III à Élie Rudel, seigneur de Bergerac; mais la paix ayant été rétablie dans la Guienne, le seigneur de Castillon rentra dans la possession de Puynormand, et déclara tenir du roi le château et ses dépendances. Son fils, qui portait le même nom, voulut se délier de ce vasselage, mais il fut obligé de céder à la force. Obéissant par contrainte, il manifesta trop ouvertement son mécontentement : Edouard mit alors Puynormand au nombre des domaines de la reine Éléonore. Il le céda plus tard à Alexandre de La Paveray, qui le possédait encore en 1293, lorsque Philippe, roi de France, s'empara de la Guienne. Ce monarque, mécontent de La Paveray, le donna à Hélie de Talleyrand, comte de Périgord; mais lorsqu'on 1306 la Guienne rentra au pouvoir de l'Angleterre, le comte de Périgord fut obligé de résigner Puynormand, qui fut cédé par Edouard II à Hélie Audoin. Celui-ci, reconnu indigne de cette faveur, la châtellenie fut, en 1318, annexée à la couronne d'Angleterre, et confiée, en 1330, à Bérard I" d'Albret, membre d'une des plus puissantes familles de la Guienne et partisan zélé des Anglais. Bérard soutint avec constance et énergie les droits d'Edouard III, qui, en 1339, pour le récompenser des services qu'il lui avait rendus et lui rendait encore tous les jours, lui abandonna, et à ses héritiers légitimes, l'entière possession de la seigneurie de Puynormand. Son fils ne jouit pas tranquillement de son héritage; les descendants d'Élie de Castillon firent valoir leurs droits; ils réussirent d'abord, puisque, en 1358, le château leur fut restitué; mais Bérard II d'Albret ne se tint pas pour battu, et finit, après un certain nombre d'années, par obtenir d'Edouard III des lettres le remettant en possession du château. Il mourut en 1374. Son fils Bérard III prit parti pour les Français, et Puynormand fut donné au maire et aux jurats de Libourne. Malgré cela, une garnison favorable à la cause de la France fut mise dans le château.

(>) L'Hintoire de Libourne, par M. Raymond Guinodie, est un des meilleurs ouvrages publiés on province; il est plein do faits intéresi-ants et de documents nouveaux. Cotte notice sur l'uynormand est un résume de celle publiée par M. Guinodie. Vol. I. c

iTin ce

LA GUIENNE ANGLAISE qui força les Bordelais à venir l'assiéger en 1 420 ; ils le prirent, et comme les jurats de Libournc ne pouvaient veiller à sa défense, « Henry V, roi d'Angleterre, le donna à Gaston de Foix, sire de » GraiUy, vicomte de Castillon, lequel en dota (1435) Johannette, sa fille naturelle, en la mariant ), à Jobannot de Montferrand, fils de François de Montferrand, seigneur d'Uzar ou d'Uza et de ). Belin. » Mais en 1451, lors de la réunion de la Guienne à la couronne de France, Charles 11, sire d'Albret, descendant de Bernard-Ézy II, frère de Bernard I" d'Albret, devint seigneur de Puynorraand; il laissa néanmoins Bertrand de Montferrand, fils de Jehannot, régir, comme vassal,

la châtellenie.

Pendant que Puynormand resta dans la puissante maison d'Albret, toutes les faveurs possibles lurent accordées aux habitants dépendant de cette seigneurie, et souvent au préjudice de ceux des contrées voisines, entre autres l'exemption des logements et des fournitures de vivres aux gens de guerre.

La sirie d'Albret fut érigée en duché le 29 avril 1 550, en faveur de Henri II d'Albret. En 1 556, Antoine de Bourbon, mari de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, fille de Henri II, « fut autorisé à » établir dans son duché des sièges sénéchaux à Nérac, Casteljaloux, Tartas et Castelmoron; de » celui-ci ressortissaient les justices ordinaires de Castelmoron, Villefranche, Landerot ou Lamothe » Androt, Saint-Martin de Blazimont, Gironde, Rions, Vayres, Gcnsac, Pessac, Pellegrue, Faise, et » la châtellenie de Puynormand. » Cette dernière était la plus importante du duché d'Albret.

Puynormand passa ainsi dans le domaine d'Henri IV, fils d'Antoine de Bourbon. Pendant la guerre que le roi de Navarre soutint contre Henri III, le duc de Mayenne, qui commandait les troupes de ce dernier monarque , se saisit de Puynormand en 1 586 ; mais deux ans après , le vicomte de Turenne le lui reprit.

« Ces guerres induisirent Henri de Bourbon dans des dépenses considérables ; il lui fut impos- » sible de s'acquitter de ses dettes sans engager des terres de son domaine; aussi céda-t-il (1590) » à Jacques de Nompar de Caumont, baron de la Force, conseiller d'état, son lieutenant général » au royaume de Navarre, etc., la châtellenie de Puynormand pour en jouir jusqu'à final paierpent )i de 28,000 écus dont il lui était redevable pour ses débours et ses services. »

Douze ans plus tard, il fit vendre, à perpétuité, sans réserve de rachat, la terre, baronnie, seigneurie et châtellenie de Puynormand : ce fut Raymond de Bourg qui s'en rendit acquéreur. I.a justice de cette seigneurie embrassa Saint-Seurin , Tayac, Cours, Saint-Cibard , Francs et Puynormand.

Raymond de Bourg étant mort, sa veuve et son fils Sarrus de Bourg vendirent cette seigneurie le 21 janvier 1613, à Jean Disle et à Jean de Gofreteau de Francs. Pendant que ces deux seigneurs en étaient propriétaires, les protestants reprirent les armes, et en 1622, le marquis de Montpouillan, fils de Nompar de Caumont, baron de La Force, se saisit du château de Puynormand par la trahison de quelques officiers. Huit ans plus tard, Jean Disle vendit sa portion à de Gofreteau, dont le petit-fils, Hardouin de Gofreteau, légua Puynormand et Francs à Hardouin de Châlons, évêque de Lescar, son neveu, à la condition qu'elle reviendrait après son décès à l'un des enfants mâles de feu Jacques Hardouin de Châlons.

Puynormand est resté dans la famille de Châlons jusqu'en 1792. Les ruines de cette importante forteresse appartiennent à M. Disle de Lalande.

INTRODUCTIOiN xii

TUCO-BLÂNC

A Landirae, canton do Podensac, arrondissement de Bordeaux.

Il existe dans la lande, entre Landiras et Guillos, un monticule allongé orienté N.-O. S.-E., qui s'élève de 8 à 10 mètres au-dessus des marais qui le bornent à droite et à gauche. Cette butte, formée par la nature, est appelée dans le 'pays Tuco-Blanc ('), à cause du sable dont elle est recouverte. Elle forme l'extrémité méridionale d'une longue chaîne de mamelons moins élevés qu'elle. Sa longueur totale est d'environ 250 mètres, et sa largeur de 60 à 70 mètres au sommet du plateau. Au sud, la pente est très-raide, ainsi que sur les deux flancs; au nord, au contraire, elle est fort douce.

Le plateau a été divisé artificiellement en trois parties par deux larges coupures faites sans soin ou peut-être déformées par le temps. En effet, celle du sud n'a, du côté oriental, que 17 mètres de large, tandis que le côté occidental en a 33 et le milieu 48; celle du nord en a 40 à l'ouest, et 25 seulement au milieu. Cependant, le retranchement forme un parallélogranmie à peu près régulier de 90 mètres de long sur 60 mètres de large.

La position de cette forteresse, entourée de marais, au milieu d'une lande stérile; la nalure des coupures, dont les analogues se retrouvent dans les forteresses qu'on croit être gauloises; les armes en silex que j'y ai recueillies, me donnent à penser que nous sommes en présence d'un retranchement gaulois. De plus, il existe près de là un lieu appelé La Capelle, où, il y a trente ans environ, on a détruit un cromleck (*) composé de grosses pierres formant un cercle. Au centre de ce cercle était une pierre plate recouvrant un tombeau en béton très-dur, dans lequel on a trouvé beaucoup d'ossements et des monnaies triangulaires (•').

Ce retranchement passe, dans la localité, pour une redoute anglaise; mais on sait que pour les habitants de nos campagnes, tous les monuments, quels qu'ils soient, ont la même origine. Suivant eux, les Anglais ont tout construit, et, pour ceux du Médoc, Talbot, ou plutôt lou rey Talabot, a tout détruit.

LES CLOTES

A Préchac. canton de Villandraut, arrondissement de Bazas.

Les Celtes et les Gaulois n'habitaient pas toujours des lieux fortifiés où s'agglomérait une nombreu.se population ; leurs habitations ordinaires consistaient en une hutte enfoncée dans la terre et ne présentant, au-dessus du niveau du sol, que sa toiture composée de chaume ou de bruyères. Le Maçjasin pittoresque, en 1836, page 71, a donné sur les habitations gauloises un excellent article

\') Dans le Dordelais, Ips mots Taco, Tusque, Tuquet, Doue, Pujo, Pujolet, Puch, Peij, Motte, etc., veulent dire butte, élévation, soit naturelle, soit artificielle.

(') Enceinte circulaire plus ou moins grande, formée par de.s pierres brutes d'im volume quelquefois considérable.

(') Dans le jardin du Musée de Cluiiy, on a transporté un petit cromleck, au centre duquel sont accumules des pierres bniips de différentes grosseurs. I.e livret nous apprend que c'est le tombeau d'un cbef celte.

où il décrit ces habitations, donne le nom des archéologues qui les ont signalées et les lieux où elles ont été trouvées. Jusqu'à présent, on n'en avait pas signalé dans notre Midi, et j'ai eu le bonheur d'en trouver une assez grande quantité dans la commune de Préchac, où elles portent le nom lie Clotes, qui veut dire en gascon trou, cavité.

C'est sur les bords du Ciron, entre les châteaux de La Trave et de Cazenave, qu'elles se rencontrent en plus grand nombre. Elles sont disséminées dans la forêt, quelquefois isolées, mais plus souvent réunies par groupes. Le groupe qui m'a paru le plus intéressant, et dont voici le plan, se

trouve entre le bourg de Préchac et le moulin de Caussarieux, et assez rapproché d'un ruisseau qui va se perdre dans le Ciron, entre ce moulin et le châtelet de LaTravette. Les Clotes sont creusées dans le sable; une seule contient de l'eau, seulement pendant les grandes pluies de l'hiver et du printemps; leur profondeur varie de 1 à 10 mètres, et leur diamètre de 5 à 35 mètres; leur distance de l'une à l'autre varie de 8 à 60 mètres. Les plus grandes sont réunies deux par deux : l'une de ces dernières a ceci de particulier, que le terrain qui l'avoisine commence à s'abaisser à une assez grande distance de la moins profonde de ces cavités (Voir la coupe A), et qu'à moitié de sa profondeur existe un palier horizontal, qui a peut-être servi à appuyer un plancher divisant l'habitation en deux étages. Il faut remarquer aussi que, dans aucune d'elles, les arbres ne poussent dans le centre. Le sable qui en a été retiré a dû être répandu uniformément sur le sol environnant, ou transporté à une assez grande distance; on ne voit dans les environs aucun monticule artificiel.

De l'autre côté du ruisseau, à l'est, existe une enceinte ovale de 80 mètres de long sur 50 de large, entourée d'un vallum assez élevé, surtout du côté oriental. Le grand axe est dirigé de l'est à l'ouest, de la môme façon que les doubles Clotes; c'est-à-tlire que lorsqu'elles sont réunies deux par deux, l'une d'elles se trouve toujours à l'orient de l'autre. C'est évidemment une forterese. Était-ce une citadelle où se réfugiaient, dans les moments de danger, les habitants des diverses Clotes répandues dans les environs, ou cette forteresse est-elle plus moderne?

Des Clotes dans le genre de celles-ci ne sont pas rares dans les forêts et les bruyères des landes, qui, depuis les temps les plus reculés, ne paraissent pas avoir subi de grandes transformations.

Dans le centre de la France, on a trouvé des cavités semblables; elles y prennent le nom de mardellcs, margelles ou marges; elles servent, dit-on, de rendez-vous aux sorciers, de promenade au diable en carosse et de sépulture à sainte Fauste. Les Clotes sont aussi l'objet de légendes merveilleuses. A 1 ,000 mètres environ vers le sud, sur le bord du chemin de Préchac au château de Casenave, est une lagune sans fond appelée le Lombric, où autrefois, pendant la nuit de Noël, à minuit, un bouvier impie a été entraîné par le diable, et où il a disparu avec sa charrette et ses bœufs. Tous les ans, le 25 décembre, à minuit, il sort de l'eau avec son attelage; puis il siffle trois fois, ses bœufs mugissent trois fois, la clochette qu'ils ont au cou tinte trois fois, et tout rentre dans le silence jusqu'à la Noël suivante.

Dans la commune de Porapéjac, séparée par le Ciron de celle de Préchac, une autre lagune, située près d'une localité appelée Peyrelebade, a donné lieu à une légende à peu près semblable. Il

INTRODUCTION xxi

n'est pas, dans les landes, une source, une lagune, un ruisseau, un monticule, une dune, un vieil arbre, un château, une chapelle, qui n'ait sa légende gracieuse ou terrible, mais toujours poétique et frappée au coin de l'antiquité sacrée ou profane.

CHÂTEAU DE ROMEFORT

A Avensan, canton do Castelnau, arrondissement de Bordeaux.

Cette forteresse se trouve à 2 kilomètres environ à l'ouest de l'église d' Avensan et à 200 mètres environ au sud de la route qui conduit de cette église au bourg de Castelnau. Elle se compose, comme on le voit sur le plan, d'une enceinte à peu près carrée, entourée de fossés dont la terre

a été rejetée vers l'intérieur, de sorte que le sol de cette enceinte est plus élevé que celui des terres environnantes. Un des angles de la forteresse a été coupé, parce que là se trouvait une source abondante (A) qui, se déversant dans les fossés, les transforme en marais qui devaient rendre leur passage très-difficile. Dans ce château, maintenant complanté de vignes, a été enfoui, dit-on, un trésor; aussi le paysan auquel il appartient y a-t-il fait faire des fouilles, après avoir consulté un sorcier et une somnambule. Il n'a, à son grand désespoir, déterré que quelques vases brisés dont les fragments encore répandus sur le sol appartiennent pour la plupart à la poterie noire et fine que l'on attribue aux Gallo-Romains. Une belle dame fort pâle et velue de longs habits blancs vient quelquefois laver du linge à la fontaine. Son travail toujours silencieux achevé, elle disparaît sans rien dire. Elle est d'ailleurs fort inoffensive, et son apparition n'a aucune influence maligne.

On assure, dit l'abbé Baurein [Variefés bordelaises, vol. III, p. 115), qu'il existait dans Avensan un château ap|)elé de Romcfort, dont le seigneur prenait le titre de captai. Le môme auteur dit, page 45, que Haimond de Sainxe, écuyer, était en 1581 seigneur de Roraeforl.

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