‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 25 sur 71 · L. Garde-robe · texte numérisé non relu

L. Garde-robe

M. Chambre des domestiques.

N. Lanterne pour éclairer la salle à manger.

O. Lanterne pour éclairer le buffet.

1. Brochure citée dans la Correspondance secrète de Métra, vol. VIII.

rez-vous l'assemblage heureux et le plus brillant de tous les arts : ils se sont réunis ici pour se surpasser. Les dehors sont charmants.

« L'architecte a eu dessein de représenter le temple de Terpsichore dans la façade du côté de l'entrée : on ne peut pas mieux réussir ou mieux rencontrer.

« Dans un assez petit espace, cette jolie demeure offre toutes les commodités et tous les agréments ; et ce qui n'est pas présenté par la vérité, est suppléé par le prestige. Il n'y a pas jusqu'au jardin, qui, quoique peu spacieux, ne charme et n'étonne par son goût tout nouveau. Les appartements semblent devoir à la magie leurs divers agréments ; riches sans confusion et galants sans indécence, ils offrent l'intérieur du palais de l'Amour, embelli par les Grâces. La chambre à coucher invite au repos, le salon au plaisir, la salle à manger à la gaîté : les formes en sont ingénieuses, sans qu'on ait eu recours à ce contraste outré, dont on a abusé si souvent. Une serre chaude comprise dans l'intérieur de l'appartement y tient lieu, l'hiver, de jardin: c'est le goût même qui l'a décorée. Le paysage y est tendre, sans nuire à l'effet ; les treillages sont soumis à la bonne architecture; les arabesques n'y ont rien de chimérique, l'exécution de

toutes ces différentes merveilles paraît être l'ouvrage de la même main. Harmonie délicieuse qui met le comble à l'éloge de l'architecte ; parce qu'elle prouve qu'il a connu l'importance du choix des artistes qui l'ont secondé et la nécessité de leur imprimer ses idées. Gn y voit un petit appartement de bains, enchanteur et peutêtre unique par le style des ornements. On y trouve aussi une petite salle de spectacle, que l'on peut regarder comme un chef-d'œuvre dans son genre. On ne comprend que difficilement, comment l'architecte a pu trouver le lieu de la scène, et celui que doivent occuper les spectateurs... »

A la décoration du Temple de Terpsichore, se rattachent deux anecdotes, apportant deux curieux renseignements biographiques sur deux grands peintres français du dix-huitième siècle, d'humeur et de caractère différents.

Un jour que la danseuse examinait, où en étaient travaux de son hôtel, elle remarquait la tristesse d'un jeune homme peignant des arabesques, l'interrogeait, apprenait de lui que la misère le forçant à gagner son pain, l'empêchait de se livrer aux études nécessaires, pour concourir avec succès pour le prix de Rome. Mlle Guimard lui faisait quitter les travaux de l'hôtel, et

lui remettait, tous les mois deux cents livres, permettant à l'élève de Vien de remporter le prix. Ce peintre, c'était David.

L'autre peintre, c'est Fragonard. Les panneaux du grand salon étaient entièrement couverts de peintures, et le panneau principal offrait la répétition en peinture de la sculpture de la façade : la représentation de Mllc Guimard en Terpsichore, et entourée des attributs qui pouvaient la caractériser « de la manière la plus séduisante1 ».

L'architecte Le Doux avait choisi pour la réalisation galante de l'allégorie, Honoré Fragonard. Mais cette fois il survenait une brouille, si vive entre la danseuse et son peintre, qu'il était renvoyé, et qu'un marché était passé avec un autre artiste. Or un jour, Fragonard qui était de sa nature un rieur, et qui resta toute sa vie un farceur d'atelier, curieux de voir ce qu'était devenue la peinture commencée par lui, entre les mains de son successeur, trouvait le moyen de s'introduire dans la maison, et de pénétrer jusqu'au salon, sans rencontrer personne. Là, la

1. L'Académie de Musique, par Castil-Blaze, Paris, 1855. Quelques anecdotiers font de David, en cette circonstance, non un peintre d'arabesques, mais le prédécesseur de Fragonard.

vue d'une palette dans un coin, lui donne l'idée d'une spirituelle vengeance.

En quatre coups de pinceau, il efface le sourire des lèvres de Terpsichore, qu'il charge de colère et de fureur, et sans rien ôter à la ressemblance de MUe Guimard, en fait une ïisiphone. Et le malheur veut, que le sacrilège consommé, MlIe Guimard arrive avec des amis, pour leur faire les honneurs de son portrait l.

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