‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 33 sur 71 · Ibid., toI. XII · texte numérisé non relu

Ibid., toI. XII

devant la défaveur que rencontrait son protégé près de ses administrés et du public, et l'on présumait qu'il se servirait de son crédit auprès de Sa Majesté, pour le remplacer par une compagnie.

En décembre même, les insurgés de l'Opéra, qui prenaient les noms et les qualifications des insurgens de l'Amérique, parvenaient à effrayer le directeur, et à le décider, à remettre la direction à Pâques, moyennant un traitement.

A ce moment, le chevalier de Saint-Georges, l'escrimeur célèbre, Je violoniste, le compositeur même, appuyé par une société de capitalistes, se mettait sur les rangs pour la direction, mais Mlle Guimard et les autres adressaient un placet à la Reine, pour lui représenter que leur honneur ne leur permettait pas d'être soumises à la direction d'un mulâtre. Et la direction du mulâtre était à vau-l'eau, sur cette phrase de la Guimard, colportée dans toute la grande société de Paris : « Il faudrait d'abord y préparer le public, en lui faisant voir Vénus négresse, débarbouillant l'Amour mulâtre1.»

Mais le Roi, un peu irrité de cette fermentation de l'Opéra, qui avait un contre-coup à la

1. Tablettes 'd'un gentilhomme sous Louis XV, par Charles Maurice, 1864.

cour parmi les princes, les duchesses, les ministres, prenant parti, les uns pour le directeur, les autres pour les acteurs, avait une entrevue avec Amelot, et lui demandait, si décidément le public était content des innovations introduites par le nouveau directeur. Le ministre répondait que le public, d'abord hostile à de Vismes, commençait à revenir sur son compte. Sur quoi, le Roi s'écriait, avec ce mépris de l'homme de cour du temps pour les gens de théâtre : « Eh bien! qu'il reste, et qu'on ne me parle plus de cette canaille-là! » Là-dessus, lettre ministérielle d' Amelot à de Vismes, à l'effet d'être communiquée à ses administrés, et à les faire rentrer dans la subordination.

Mais l'apparente soumission des mutins de l'Opéra ne fut pas longue, et leur calme apparent cacha une conspiration secrète, et de nouvelles combinaisons pour se débarrasser de leur directeur, afin d'arriverj ce qui était leur ambition depuis plusieurs années, — à se régir euxmêmes. Une idée qui leur avait été soufflée par la Guimard, qui, sentant l'ascendant quelle exerçait sur ses camarades, aurait été la vraie directrice de l'Académie de musique. Et un moment le bruit courait de la retraite définitive de de Vismes, découragé par la pusillanimité du

ministère, moyennant un pont d'or que lui faisaient les sujets de l'Opéra1.

Cela se passait l'année, où de Vismes était rentré en grâce auprès du public, par son zèle, par son activité, par la mise sur pied, en un mois, de sept opéras, une année où il devenait un personnage presque populaire, une année, ou l'on baptisait une coiffure : Coiffure à la de Vismes P une année où l'on reconnaissait que c'était le personnage le plus propre à cette direction, par son sang-froid unique, son insensibilité et sa justice même envers les talents, contre lesquels, il était obligé de sévir.

Alors, il y eut un retour de la cour, en faveur de de Vismes, et le 21 février 1779, la Reine honorait le vendredi, de sa présence à l'Opéra, en compagnie de Madame, et de la comtesse d'Artois. Une représentation, où il y avait dans le parterre deux partis, l'un pour huer, l'autre pour applaudir la Guimard, qui, manquant à son serment avait bien voulu condescendre à danser : représentation très commentée, où la Reine, dont les bontés pour la danseuse étaient connues, et qui l'encourageait volontiers de ses

Page 1