‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 46 sur 71 · XL Y · texte numérisé non relu

XL Y

Sans un asile, sans un hangar, sans un toit pour remiser ses divinités, dit M. Castil-Blaze, l'Opéra restait sur le pavé soixante-six jours, et jusqu'au mois d'octobre ne donnait que quelques pauvres et étriquées représentations, dans la salle des Menus.

Aussi chez tous et toutes, danseurs et danseuses, chanteurs et chanteuses, qui ont reçu l'ordre de ne pas s'éloigner de Paris, une émulation à demander des congés, des retraites : tous et toutes, l'esprit tourné vers les rivages de la Grande-Bretagne et les guinées de Drury- Lane.

Alors, sur les ordres du ministre qui a le département de l'Opéra, c'est, jour et nuit, une surveillance de la police, qui a l'œil sur Yestris, sur Rousseau, sur Chéron, sur Lays, dont elle saisit la malle au bureau de la diligence de Va-

lenciennes, au moment où le propriétaire de la malle allait passer en Belgique, et auquel, pour l'empêcher de recommencer, on fit signer cet engagement d'honneur.

« Soumission.

« Je soussigné, François Lays, acteur de l'Académie Royale de Musique, promets et m'engage, sous parole d'honneur, de ne point sortir de Paris, sans une permission expresse du ministre, et jusqu'à l'expiration de mon engagement.

« A Paris, le 28 aoust 1781.

« Lays1. »

Nivelon, qui avait vainement demandé sa retraite, étaitplus habile, lui, et trouvaitle moyen en octobre de passer la frontière, comme déjà l'avait passée, Rousseau, et c'est vraiment un peu comique, la campagne menée par le ministre des affaires étrangères et les agents diplomatiques de la France, pour obtenir l'extradition du joli danseur.

D'abord lettre d'Amelot au comte de Yer-

1. Registres des Menus-Plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, vol. II.

gennes, l'informant que le sieur Nivelon, l'un des premiers danseurs de l'Opéra, s'est évadé pour aller en Angleterre, et le priant d'envoyer une lettre qui autorise le ministre de France à Bruxelles, à demander son arrestation et sa translation en France. Seconde lettre d'Amelot au lieutenant de police, lui annonçant que Nivelon est actuellement à Ostende, et lui transmettant un passeport pour l'officier de police, chargé de l'exécution des ordres du Roi, et deux missives de M. de Vergennes, l'une adressée à M. de la Greze chargé des affaires du Roi à Bruxelles, à la fin qu'il requière le concours du gouvernement des Pays-Bas autrichiens, pour l'exécution de la commission de l'officier de police, une autre adressée à M. Garnier, consul à Ostende, pour aider cet officier, de ses conseils. Enfin nouvelle lettre du lieutenant de police à Amelot, lui annonçant qu'il vient de remettre à l'instant les ordres au sieur Quidor, et qu'il est parti à cinq heures et demie pour Ostende.

Quidor est l'agent de police, chargé des expéditions dans le monde galant du haut trottoir. C'est lui qui sermonne gentiment les actrices, qu'il a la mission de conduire au For-1'Evêque, c'est lui dont nous avons donné dans notre Saint-Huberty, le rapport élégant, le rapport

talon rouge, sur l'arrestation de la danseuse Théodore, au château de Poinchy1.

Voici quelques fragments de ce nouveau rapport du sieur Quidor, méritant d'être publié, comme un document curieux, sur l'homme de police de l'Opéra du xvme siècle.

«Aussitôt mon arrivée à Bruxelles, vendredi matin, dit-il, je me suis rendu chez M. de la Grèze, chargé des affaires de France, d'après la lettre de M. de Yergennes et l'ordre dont j'étais porteur, et que je lui ai communiqués. Il a fait sur-le-champ un mémoire, qu'il a rendu à M. le comte de Staremberg, avec l'attention dont nous étions convenus, de ne point parler de la qualité de Nivelon, ni du grief qui faisait désirer sa capture, parce que le conseil s'était refusé à une pareille demande contre le sieur Rousseau, fugitif, au mois d'août dernier. »

Là-dessus , il arrivait une réponse du Conseil demandant des explications, demandant la qualité de l'homme, le grief qu'on avait à lui reprocher, et de quelle prison il sortait, et si sa famille s'était jointe au ministre, pour demander l'extradition, enfin un tas de détails, qui paraissaient à Quidor un prétexte, pour donner à Nivelon le temps de s'embarquer.

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