‹ La GuimardChapitre 11 sur 74 · Correspondance secrète, vol. II · texte numérisé non relu

Correspondance secrète, vol. II

2. Gazetier cuirassé ou Anecdotes scandaleuses de la Cour de France, 1771.

A un bal masqué du mois de février, Poinsinet le mystifié légendaire du dix-huitième siècle, Poinsinet l'auteur du triste opéra d'ERNEUNDE, Poinsinet qui montrait à ce bal sa figure non dissimulée sous un masque, était assailli par une troupe des demoiselles des quadrilles, à la tête de laquelle Mlle Guimard, un charmant petit essaim féminin qui, sans dire gare, tombait à jolis coups de poing, et à qui mieux mieux, sur l'infortuné poète. En vain le battu, qui n'osait se revenger, demandait la raison de la joyeuse peignée qu'il recevait : « Pourquoi as-tu fait un si méchant opéra ? » lui criaient en chœur Guimard et les demoiselles du quadrille. Et les coups de pleuvoir sur lui comme la grêle, et le monde de s'attrouper et de rire de la mésaventure du pauvre diable qui s'échappait houspillé, maudissant l'honneur d'avoir un visage connu.

La vengeance de l'auteur ne se fit pas attendre longtemps. La quinzaine n'était point écoulée qu'il paraissait une lettre en vers attaquant Marmontel à propos de son épître à Mlle Guimard, et le plaisantant d'avoir loué l'action de la demoiselle comme une chose extraordinaire, et qui n'était qu'une chose commune à toutes les filles de son état susceptibles d'humanité tout autant que les autres femmes1.

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