V Académie Impériale de Musique, par Castil-Blaze
qui jouaient la pièce de Collé, affirme Bachaumont, comme jamais on ne les avait encore vus jouer. Et, dans cette représentation, ils étaient merveilleusement secondés par Mlle Lafond, danseuse de l'Opéra, et par la maîtresse de la maison, dont la voix un peu rauque — sépulcrale, disaient ses ennemis, quand elle parlait, — perdait à ce qu'il paraît son désagrément dans le chant et devenait même assez agréable.
A cette représentation assistaient le duc de Chartres, mais incognito, et bon nombre de femmes de la société, se croyant dissimulées dans des loges grillées, mais bien vite déchiffrées.
Et c'est un émerveillement parmi les fabricateurs de Nouvelles à la main que ces divertissements ruineux de prince donnés à Paris par une danseuse, en même temps que la reconnaissance de la gaieté, de l'entrain, du franc rire, de ces libres et amusantes soirées où il n'y avait ! rien du sérieux, de la gêne, de la contrainte caractéristiques des fêtes des Altesses1.
En ce temps, M110 Guimard avait la fantaisie de se bâtir un hôtel.
1. Mémoires secrets, vol. VI et vol. XX1Y. Additions & l'année 1771.
Dans le quartier des Porcherons, qui dans le plan de Turgot de 1750 ne présente qu'une immense plaine maraîchère, semée, à de grands intervalles, de constructions rustiques et de bâtiments religieux, commence à s'élever, à vingt ans de là, tout un quartier d'hôtels appartenant à la noblesse, à la robe, aux grandes impures.
C'est tout en haut de la rue de la Chausséed'Antin, contre la barrière, l'hôtel bâti pour feu Monsieur le président Hocquart, et qu'habite son fils, le marquis de Montfermeil ; ce sont, rue Chantereine, l'hôtel Saint-Chamant, sur les dessins de l'architecte Rougevin, et l'hôtel de Mlle Dervieux, sur les dessins de l'architecte Brongniart; ce sont, rue de Provence, les hôtels de Dreneuc, de Gouy d'Àrcy, de Thun, de Mme de Montesson; ce sont, en revenant à la rue delà Chaussée-d'Antin, et en descendant vers le boulevard, l'hôtel de Balicourt, l'hôtel de Montmorency qui fait l'angle de la rue Basse ; ça va être un peu plus loin dans la rue, à côté de l'hôtel originairement construit pour M. Necker, le Temple de Terpsichore1 ou l'hôtel de M1Ie Guimard, un hôtel rival de l'hôtel de Mlle Dervieux, un hôtel élevé par Le Doux, architecte du Roi, un hôtel que les souyerainsétrangers,enleur séjour àParis, iront
1. Paris tel qu'il était avant la Révolution, par M. Thierry. An quatrième de la République Française.
visiter, ainsi qu'ils vont visiter le pavillon des Luciennes1.
Une charmante vue en couleur, à l'imitation d'une gouache du temps2, nous a conservé la vue de Thôtel deMlle Guimard. On voit la façade du Temple de Terpsictiore, dont le porche est décoré de quatre colonnes au-dessus desquelles un groupe isolé représente Terpsichore couronnée par Apollon : groupe en pierre de Conflans, de 6 pieds de proportion, sculpté par M. Le Comte, sculpteur du Roi. Et, dans le cul-de-four derrière les colonnes, on voit encore le bas-relief de 22 pieds de longueur sur 4 de hauteur, oùLe Comte a exécuté le triomphe de la Muse de la danse, la montrant sur un char, traînée par des Amours et précédée de Bacchantes et de Faunes, et suivies des Grâces delà chorégraphie3.
Au bas de la planche en couleur représentant la façade du coquet édifice, sont données deux petites coupes intérieures vous faisant pénétrer dans l'intimité de la demeure.
1. Les Mémoires secrets annoncent, à la date du 21 mai 1777, que le comte de Falkenstein a été visiter le Temple de Terpsichore .
2. Rare planche faisant partie d'une suite qui n'a pas été terminée. Elle porte : Maison de MUt Guimard, bâtie par M. le Doux. Prieur, f. 1791. Une réduction également en couleur a été faite par Janinet sur un dessin de Durand et publiée sous le n° 27 dans une collection de vues de maisons de Paris par Esnauts et Rapilly.