La plainte de la mère de Guimard est du 5 septembre
■20 LA G'UIMARD
à 1J Opéra, on ne trouve que la seule mademoiselle (krimard qui n'a pas commencé par un laquais, un soldat, ou oin perruquier; c'est au ^danseur Léger (qui a eu l'indiscrétion de le dire) qu'elle doit ses premières leçons, et un enfant dont elle a accouché dans un grenier, i au milieu de l'hiver, sans feu et sans coi&te-poirite'de dentelle. »
Dans une note, où Théveneau de Morande constate qu'elle a maintenant un suisse, un hôtel, six chevaux, autant de domestiques, le pamphlétaire affirme qu'elle s'est vue réduite à se chauffer tout naturellement avec de l'amour, pendantlesdeux hivers qu'elle a vécu avec le danseur Léger.
I Et Tàrnoldiana confirme le fait, disant : « Ge
fut au danseur Léger, que Mlle G dut son
premier pas et un enfant dont elle accoucha dans un grenier, au milieu de l'hiver, sans feu et sans linge. »
Premier amour, auquel fait encore allusion, dans ses Statuts pour l'Opéra, le poète Barthe disant à ce sujet :
Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux, Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,
Ont un hùtel et des chevaux.
Se rappellent parfois leur première indigence Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.
Leur défendons, en conséquence,
De regarder avec pitié Celle qui s'en retourne à pié ; Pauvre enfant dont l'innocence N'a pas encore réussi, Mais qui, grâce à la danse, Fera son chemin aussi.
Or la veuve Guimard était-elle une aussi farouche gardienne de l'honneur de sa fille, quand Famoureux n'était pas un pauvre diable de danseur ? Il ne le semble vraiment pas, d'après le texte de ce rapport de la police déjà cité, et qui est de la même année, et presque du même mois que la plainte.
« Jusqu'à présent on a toujours vu sa mère (la mère Guimard) la tenir de fort court, en ne négligeant pas cependant de la faire paraître aux foyers du spectacle pour y faire quelques dupes. Il ne s'était encore présenté personne qui voulût parler clair; mais on sait pertinemment, quoique cela se dise tout bas, que M. Berlin, trésorier des parties casuelles, s'en est chargé et lui a fait meubler très proprement un appartement près de la Comédie, sans que la demoiselle Hus, actrice du même théâtre, qu'il entretient à gros frais depuis plusieurs années, en ait aucune connaissance. Les méchants qui se plaisent dans les brouilleries de ces sortes de petits ménages clandestins, attendent avec satisfaction le moment où la demoiselle Hus sera instruite du
nouveau goût de sortPlutus. On la connaît très violente, fort méchante, et l'on croit qu'il passera de très mauvais moments, ainsi que la demoiselle Guimard ; mais heureusement cette dernière a une mère qui n'entend pas raillerie, et qui pourra bien ne pas respecter la figure de cette nouvelle Médée. »
Marais ajoute :
« On assure que, sans lessoins de la mère, la demoiselle Guimard aurait certainement laissé cueillir sa première fleur à un jeune danseur Prévost d'Hyacinthe1, ci-devant maître des ballets, qui lui a montré longtemps, lequel est d'une fort jolie figure et dont on la sait amoureuse folle. A présent que la fortune a changé de face, elle pourra satisfaire son goût et son ambition. 'M. Berlin ne gêne pas trop ses maîtresses, et elles ont été toutes dans l'usage de guerlwchonner ; d ^ailleurs la chère mère, qui a été elle-même susceptible d'amour, deviendra sans doute traitable pour se conserver une iîlle qui fait toute sa ressource. »
1: II y a-bien cer&aincment.mne erreur de nom dans le rapport de .Marais, et le premier amant de la Guimard est incontestablement le sieur Léger, qui figure comme danseur figurant dans les aftisbes com osant le ballet de. la Comédie - Fjuan^aise.
L'année suivante, en 1761, la jeune danseuse de la Comédie-Française, que le policier Marais appelle dans son rapport : « une des premières danseuses dans le genre des grâces », était engagée à FOpéra et signait rengagement que voici :
ce Je soussignée , âgée de
m'engage envers l'Académie Royale de Musique, pour
tant sur son théâtre que sur celui de la Cour, même les jours extraordinaires, à me rendre exactement à toutes les répétitions, aux jours et heures qui me seront indiqués, soir et matin indistinctement, sans pouvoir, pour raison de ce, exiger aucune rétribution particulière, le présent engagement fait moyennant la somme de
d'appointements et de
gratification annuelle qui commenceront à courir du , me soumettant à tout ce qui est prescrit par les ordonnances et règlements royaux, concernant le service de la dite Académie.
« Fait à Paris, ce mil sept cent1. »
i. L'engagement que je donne est à la date de 1781, ma
Or, Mlle Allard ayant fait une chute et s'étant blessée au pied, Mlle Guirnard débutait, le 9 mai 1762, dans le rôle de Terpsichore9 du prologue des Fêtes Grecques et Romaines et, au dire du Mercure de France, était reçue et doublait cette entrée avec beaucoup d'agrément.
Les Mémoires secrets constatent le grand succès de la débutante, vantent sa légèreté et ne lui reprochent guère que de manquer « de grâces plus arrondies » dans certaines parties du rôle.
Mlle Guimard ne se trouve pas portée sur le catalogue deFOpéra en 1761, ni même en 1762, dans les Spectacles de Paris , mais en 1763 cet almanach des Spectacles la fait figurer à la danse comme danseuse seule en double et figurante entre Mlle Dumonceau et Peslin.
Mlle Guimard a au-dessus d'elle, comme danseuses seules, Mlles Lany, Lyonnais, Vestris, Allard.
Elle a au-dessous d'elle, parmi les danseuses figurantes, Mlles Demiré, Rey, Basse, Saron
il ne doit être qu'une répétition de l'engagement des années qui précèdent. (Bibliothèque de l'Opéra. Registre des Menus Plaisirs, année 1781. )
Saint-Martin, Petitot et, parmi les surnuméraires, jyjnes Doraet-Lozange, Buard, Siane Villette, Cornu, Daché, Lacour, Martaise, Contât, Bouscarelle, Coustou.
Elle danse avec 1res danseurs Lany, Vestris, Laval, Lyonnais, Gardel, Grosset, Dauberval, etc., etc.
Dans les opéras où il y a de la danse elle danse en compagnie des chanteuses Chevalier, Sophie Arnould, Durancy, des chanteurs Gelin Larivée, Pillot, etc.
Le chef d'orchestre est Berton, et le violon pour les répétitions de danse est M. Paris.
Enfin, pour compléter le tableau de l'organisation de l'Académie Royale de Musique, nommons les directeurs qui sont, pour l'heure, Rebel et Francœur.
Et voici la liste des contrôleurs, commis-employés pour le service de ladite Académie :
Joliveau, secrétaire perpétuel de V Académie et inspecteur au Magasin.
Girault, machiniste.
Boquet, dessinateur des habits.
Bourbon, garde-magasin général à l'Académie.
Delaistre, maître-tailleur d'habits à V Académie.
Duplessis, inspecteur des commis de la salle et contrôleur à la porte.
De la Porte, receveur au bureau des balcons et des loges.
Le Fèvre, receveur au bureau du parterre.
Bourque, chargé du recouvrement des loges louées à Vannée, receveur au bureau des suppléments et contrôleur des places dans la salle.
Le Loutre, pour placer à l'amphithéâtre.
Houbant et la demoiselle Le Loutre pour placer aux premières loges.
La demoiselle Morizot, la demoiselle Dun pour placer aux secondes loges.
Bouteillier et la demoiselle Bulle pour placer aux loges louées à l'année dans la partie du théâtre et au cintre.
Il faut s'adresser, pour louer les loges à l'Opéra, chez M. de la Porte, maître parfumeur, vis-àvis le café de Dupuis.
Et Tétat de FOpéra de 1763 se termine par cette note : « La garde de FOpéra est composée de quarante hommes du régiment des gardes françaises, y compris deux sergents et quatre caporaux. Elle est commandée par MM. Debrousset et La Garenne, sergents-majors. Pour les jours de bal, elle est augmentée de vingt hommes. »
Dans un rare petitlivre, publié en 1759, et intitulé : État actuel de la musique de la chambre du Roy et des trois spectacles de Paris. Conte-
nant les noms et demeures de toutes les personnes qui y sont attachées... je trouve cette immense liste des marchands et ouvriers « fournissant et travaillant pour l'Opéra » : Berthelin de Neuville, chandelier, rue Saint-Honoré, Garibi, serrurier, rue Nicaise, Lecuyer, plumassier, rue de Grenelle-Honoré, Buffault, marchand de soierie, rue Saint-Honoré, Celet, marchand de galons, rue Saint-Denis, Lebrun, cordonnier, rue Pavée- Saint- Sauveur, Feret, marchand gazier, rue Saint-Denis. La dame La Porte, pour les gants rue Saint-Honoré, Berton, pour les toiles, rubans et merceries, rue aux Fers, Notrelle, perruquier, place du Carrousel, Ponthieu, lustrier, place Dauphine, Ducreux, pour les masques, Pont- Notre-Dame.
Ce Du Creux semble avoir été remplacé plus tard par un sieur Bignon, auquel succédait un sieur Halle, dont je possède une charmante adresse aux montants faits de deux corps de femmes nues jusqu'à la ceinture, soutenant une draperie, entourée, sous une tête de Momus, d'une guirlande de masques.
On lit sur cette adresse :