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LA GUIMARD loi
lettre de M. de Vergennes et Tordre dont j'étais porteur, et que je lui ai communiqués. Il a fait sur-le-champ un mémoire qu'il a rendu à M. le comte de Staremberg, avec F attention dont nous étions convenus de ne point parler de la qualité de Nivelon ni du grief qui faisait désirer sa capture, parce que le Conseil s'était refusé à une pareille demande contre le sieur Rousseau, fugitif, au mois d'août dernier. »
Là-dessusr il arrivait une réponse du Conseil demandant des explications, demandant la qualité de l'homme, le grief qu'on avait à lui reprocher, et de quelle prison il sortait, et si sa famille s'était jointe au ministre pour demander l'extradition, enfin un tas de détails qui paraissaient à Quidor un prétexte pour donner à Nivelon le temps de s'embarquer.
Tout de suite il partait pour Ostende où il ne voulait pas être prévenu par Noverre, Gardel le jeune, la demoiselle Théodore, qui y étaient attendus d'un instant à l'autre, et où Nivelon pouvait s'embarquer, le jour même, sur des paquebots flamands et anglais partant à toute heure suivant le vent.
Son intention n'était pas de solliciter près du bailli l'emprisonnement de Nivelon, mais seulement, en attendant la décision du Conseil, Topposition à son embarquement avec la demande qu'il fût gardé à vue, à ses frais.
Ici laissons Quidor parler. « J'aurais eu gain de cause, parce que resté seul dans une ville où il n'y a pas quatre Français, où tout se vend au poids de For, et, abandonné de ses camarades, je lui aurais fait envisager d'un côté l'affront de se voir arrêter, après la 'réponse de Bruxelles que je lui aurais annoncée comme certaine par l'influence de la France, puis conduit à Paris pour être détenu six mois en prison, au secret, et traîné sur le théâtre chaque jour de représentation. De lautre côté je lui aurais assuré par écrit son pardon, avec l'espérance d'une amélioration de sort s'il consentait à revenir volontairement en France avec moi.
« J'ai lieu de présumer que ces deux tableaux, présentés à propos, lui auraient fait prendre ce second parti ; malheureusement il était déjà en Angleterre depuis huit jours. C'est M. Vezelay, dont les uns représentent Nivelon comme le fils naturel, les autres comme le giton, qui lui a obtenu un passeport du ministre de la marine et qui l'a accompagné en Angleterre. Le financier lui a déjà assuré 6.000 livres de rente et promet de les doubler à sa majorité... »
Donc le ministre, et M. de la Ferté, et Dauvergne passaient, toute cette fin d'année 1781, des jours anxieux, craignant, à tout moment, d'apprendre que la coryphée du chant ou de la danse,
une telle, ou le coryphée du chant ou de la danse, un tel, n'ait trompé la surveillance de la police et franchi la frontière belge. Et, quoique la fortune de Mlle Guimard la mît dans une position où, selon l'expression de M. de la Ferté, « elle devait fort peu s'embarrasser de l'Angleterre », il n'était rassuré qu'à demi, et demandait au ministre de l'attacher et de la retenir par la perspective d'avantages et de rémunérations.
A la fin de juillet, six semaines après l'incendie de l'Opéra, l'architecte Lenoir avait pris l'engagement, moyennant 200.000 livres, de bâtir sur un terrain qui lui appartenait sur le boulevard, près la porte Saint-Martin, une salle provisoire, à quatre rangs de loges, et dans les dimensions prescrites, s'engageant à la livrer, entièrement terminée, de façon que le spectacle y puisse être donné le 5 octobre de la même année1.
L'attente impatiente de l'ouverture du nouvel Opéra était générale et, le 9 octobre, le ministre écrivait à M. de la Ferté : « Où en est notre salle? Prend-elle couleur? Et peut-on fixer le