OFFRANDE
— ... Et j'ordonne Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau.
— Il faut, il faut que je vous dise ! De moi vous savez tout, Denyse, Puisque vous savez mon amour :
Tout mal et tout bien en cette âme, A vous se livre sans détour.
Je demanderai quelque jour :
— Voulez-vous bien être ma femme ?
Mais rien que par formalité ;
Je ne puis croire en vérité, Que votre exquisité de femme Ne m'ait compris et pénétré.
Quel autre poison j'alimente !
Depuis deux ans, vous, l'habitante Qui sans arrêt me hante, eh bien, De vous je sais tout, ciel limpide,
Lac et cristal, azur nitide :
Existez-vous, je n'en sais rien.
Puisque ne sais rien sur vous-même, Si Ton m'accepte ou si l'on m aime Si j'existe pour vous enfin !
Comment vous dire, Nyse, Nyse, La tendresse que je ressens. Vous dire qu'en elle les sens N'ont plus d'accent qui scandalise Un éveil de vierge étonnée ?
Que dire ! saurez-vous comprendre L'office que je dois attendre De vous, passante révélée ?
Vers quel faîte, si loin, si haut, Fier à nous perdre de vertige Vous emporterai-je aussitôt Si vous daignez que nous dirige, Denyse, mon génie ailé ?
Aurez-vous la force surtout De me soutenir jusqu'au bout, Moi débile, Ixion infirme.
Sustenter mon pauvre pouvoir.
Et surtout nourrir mon vouloir D'atteindre la neige des cimes ?
Qui sait ? je tremble à l'espérer !
Mais qu'au moins descende laurer, 0 douce mignonne adorée, Votre grâce un rêve sublime.
Le battement de votre cœur, Denyse intangible maîtresse :
11 fera de moi quel vainqueur.
Le sacre de votre tendresse !