‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 20 sur 80 · CANTIQUE DES CANTIQUES · texte numérisé non relu

CANTIQUE DES CANTIQUES

— Je suis la rose de Saron,

— Que tu es belle, o mon amie !

— La souriante fée à la robe de nacre, La lune, à l'occident sans bruit s'est éveillée : Dame Lune se pavane Au fond de son parc enchanté.

0 reine qui passes, qui passes, Viendras-tu pas nous visiter ?

A la voûte moirée dont frôlent ses longs voiles L'invisible vélum de velours assourdi, Dame Lune éteint une à une Les frissonnants bouquets d'étoiles.

Eteint sans bruit :

Dame Lune, reine des nues, Descendras-tu bénir la nait ?

A présent qu elle a dissipé Les étoiles, toutes étoiles, Au doux rayonnement de sa svelte beauté. Que voile à voile elle dévoile...

(Dame Lune, reme des reines.

Que tu es belle deux fois nue !)

... La souveraine passe comme un rêve Sur notre sommeil ébloui.

Distendre de sa plénitude L'élastique vastitude De la magistrale nuit.

Extase sans lassitude.

Soulève-nous, soulève -nous !

0 chère Lune à la lueur aimée, 0 grande sœur à la lueur amie.

Un lent phosphore énamouré Descend de ta blonde mamelle :

Bonne marraine Lune à la lueur amie, Ensemence d'amour l'univers qui pantèle ; Baigne son flanc qui t'appelle, anxieux : La Lune dispersant ses blancheurs ingénues Mène par le ciel clair le blond troupeau des nues.

— 0 mon amie, ô ma petite amie.

Osez et descendez : le jardin vous souhaite, Qui s'est paré pour vous en fiancé d'avril ; La Lune épanche en paix ses voluptés muettes Et le jardin d' amour frémit comme mon cœur ; Votre silencieuse approche entre les fleurs Eveillera iardeur de vos sœurs endormies.

La douce Lune en sa robe de nacre Au fond du ciel navigue avec lenteur.

— Viens dans mes bras, viens, ma petite amie. Vois, le jardin se languit et t'appelle.

Viens au plus vite, oiseau peureux.

Sous mon aisselle, et sur mon cœur !

Repose, enfant, voici des fleurs, Voici des fleurs et des chansons :

Mon épousée, déclos ton cœur.

Des mots plus doux que des baisers.

Te berceront.

• Comme les prés quand Prairial D'une aile alerte les évente.

Comme la fleur matutinale Qu'effleure l'aube rosissante.

Sous mes caresses virginales,

Tu trembles comme une épousée, 0 chère amante !

La vénérable fée à la robe de nacre,

La Lune, au fond du ciel navigue et nous sourit.

— 0 mon amie, mon amie blonde et rose, Digue de fleurs à mes baisers.

Sœur des cascades de bruyères Où le soleil à l'aube s'est posé.

Aux lacs de lys et de roses trémières Oit s'endort le soleil du soir.

Ta jeune tête s'environne D'une auréole d'or et d'argent irisé.

La vénérable fée à la robe de nacre,

La Lune, au fond du ciel navigue avec lenteur.

— 0 mon amie si menue et mignonne.

Filleule des contes de fées.

Autour de votre front, réveillées, tourbillonnent

Vcs aïeules les délaissées :

Dames des eaux, dames des bois, dames des landes.

S'envolent, tournoient par bandes

Dans le ciel de vos prunelles

Au bleu pâle et boréal.

La vénérable fée à la robe de nacre,

La Lune, au fond du ciel navigue et resplendit.

— 0 ma douce, ô ma sage amie, Sourieme au pâle sourire, Votre joie m'est plus précieuse Que les tendresses des princesses De mes rêves et leurs féeries ; Mais, régente de ma sagesse En ses plus purs ravissements.

Votre mélancolie pensive Est le charme qui me captive Le plus ineffahlement.

La vénérable fée à la robe de nacre Sous un dais de plumes s'endort.

Et c'est l'enchantement auguste et redoutable De la nuit aux sombres trésors.

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