AME SENTINELLE
— Elle est retrouvée Quoi ? l'éternité !
— Toutes Muses me sont cousinei
Toute Muse avec Mnémosyne
Veut enrichir en tous objets
Mon inépuisable gésine
D'un infini de fols projets.
Et tout tourne dans mon usine ;
Des drames j'ai, des opéras, Toutes absurdités logiques, De l'inouïsme à tour de bras, Tous les vertiges héroïques Et tous les abracadabras ;
J'ai l'opale et l'aventurine.
Le lion rouge et le cristal.
Le dragon vert, l'aigue-marine.
Et pour le sacre nuptial
Les mousselines de Bengale ;
J'ai mes extases à revendre, De bleus mensonges cousus d'or, Et dans un temple sous la cendre, L'meffable et profond trésor, De bien plus et bien mieux encor :
Vapeur, auréole.
Avenir sous voiles, Feux avant-coureurs D'une aube qui vient ;
Lac aux profondeurs Fourmillant d'étoiles, S'agite en mon sein L'astre de demain ;
Et peuple ce ciel.
Musique entrevue.
Etoile attendue, La face rêvée ;
Elle est Béatrice Un soir revenue.
Elle est Eurydice Hier retrouvée ;
Pour que s'accomplisse La rédemption Du fils d'ixion Et frère d'Orphée.