NOTICE. XIII
Montausier n'était à cette époque que le brillant officier dé Casai ' ; il avait l'air noble et grand, la taille bien prise, les yeux vifs et pleins de feu, et sur la mâle beauté de son visage se peignait une expression de téméraire franchise qui semblait défier l'hypocrisie ; à cet extérieur aimable et sympathique, le futur gouverneur du Dauphin ajoutait un esprit cultivé, une farouche bravoure et cette scrupuleuse honnêteté à remplir ses devoirs qui fît dire plus tard à Montesquieu : « Le caractère de Montausier a quelque chose des anciens philosophes et de cet excès de leur raison. »
Le nouveau venu reçut l'accueil le plus chaleureux dans le palais d'honneur des Rambouillet; ce n'était pas encore l'austère Alceste qu'il fut dans la suite, mais le gentilhomme dans toute sa magnificence, l'ami des plaisirs et des agréables entretiens, le poète improvisateur et le chansonnier habile, le plaisant moraliste enfin, qui savait rire des vices de son époque et les censurer gaîment. A ces différents titres, il eut vite conquis tous les suffrages et toutes les sympathies dans le cercle spirituel d'Arthenice, où il prenait à partie Balzac ou Sarasin , Ménage ou Voiture, Charleval ou l'abbé Cotin , et surtout Conrart et le formaliste Chapelain. Mais il ne pouvait consacrer à ces
1. Voyez la Vie de Montausier, par le Père Nicolas Petit, jésuite, citée plus loin, et l'Éloge de Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, par Garât, 1781.