NOTICE. XXXVII
parfaite intelligence avec les familiers de la marquise. C'étaient chaque jour assauts de sonnets , de rimes équivoques, d'épigrammes ou de rondeaux. Dans cette épicurienne demeure des Muses , l'esprit sans cesse était en sentinelle et l'impromptu sur le qui-vive, prêts à saisir la plus petite allusion ou le moindre prétexte pour lancer un bon mot, une espièglerie, un rien adorable. Aussi, lorsque l'occasion s'offrit à tous ces poètes de faire leur cour à la princesse Julie, ce fut par un enthousiasme général et une pluie de fleurs qu'ils s'empressèrent d'y répondre.
L'ingénieuse conception de Montausier rallia vers un but unique les talents les plus opposés; les flèches du madrigal furent mises en commun dans le même carquois, la coquetterie de chacun fit trêve pendant quelque temps pour laisser paraître la galanterie d'un seul. Enfin, il se forma pour ce plan d'amour une association généreuse et spontanée, une union fidèle , une fraternelle solidarité.
Les jardins d'Apollon furent dévalisés. C'était à qui apporterait les plus belles fleurs ou en plus grand nombre*, et Montausier vit venir à lui, tous animés du même zèle, Arnauld d'Andilly père et fils, Arnauld de Corbeville^ Arnauld de Briotte, marquis de Pom-
I . Voyez l'Avertissement que nous donnons aux Madrigaux inédits.