‹ La guirlande de JulieChapitre 52 sur 90 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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Oftaviensi»

ZEPHIRE A IVLIE',

Madrigal.

ECEVEZ, ô Nymphe adorable, Dont les cœurs reçoiuent les loix,

Cette CovRONNE, plus durable Que celle que l'on met sur la teste des Roys.

Les Fleurs dont ma main la compose Font honte à ces Fleurs d'or qu'on voit au Firmament;

L'eau dont Permesse les arrose Leur donne vne fraîcheur qui dure jncessamment :

Et tous les jours ma belle Flore,

Qui me chérit et que i'adore,

Me reproche, auecque courroux, Que mes soupirs iamais pour elle N'ont fait naistre de Fleur si belle Que i'en ay fait naistre pour vous.

De M. le marquis de Montausier.

'iiyV'

LA COVRONNE IMPERIALE^.

Madrigal.

E suis ce Prince glorieux

De cjui le bras victorieux A terracé l'orgueil d'vn redoutable Empire. Au plus froid des climats je me sentis brusler Par vn nouueau Soleil que l'vniuers admire, Et cjue celuy des Cieux ne sçauroit égaler. Du riuage inconnu de l'aspre Corélie, Où la mer sous la glace est toute enseuelie, Le flambeau de l'Amour mes voiles conduisant, le vins pour rendre hommage à l'auguste Ivlie; Mais, iugeant ma Couronne vn indigne présent, le voulus conquérir le riche Diadème

Dont iadfs les Caesars en leur pompe suprême

Eurent le front si reluisant.

Au comble d'vn succès qui les peuples étonne, Vainqueur des ennemis et vaincu du malheur, le rencontray la mort dans le champ de Bellonne. L'Amour vid mon désastre, et, flattant ma douleur, Me conuertit en vne illustre Fleur Que de I'Empire il nomma la Covronne.

Ainsi ie fus le prix que cherchoit ma valeur. Ainsi par mon trépas i'acheuay ma conqueste. En cet état, Ivlie, accorde ma requeste.

Sois pitoyable à ma langueur;

Et si ie n'ay place en ton cœur,

Que ie l'aye au moins sur ta teste.

De M. Chapelain.

LA COVRONNE IMPERIALE.

BIEN que de la Rose et du Lys Deux Rojs, d'éternelle mémoire, Facent voir leurs fronts embellis, Ces Fleurs sont moindres que ta gloire; Il faut vn plus riche ornement Pour récompenser dignement Vne vertu plus que Royale; Et si l'on se veut acquitter, On ne peut moins te présenter Qu'vne Covronne impériale.

De M. DE Malleville.

LA COVRONNE IMPERIALE

Madrigal.

QVELQVE diuersité que le parterre étale, le me treuve sans effroy :

La Covronne impériale Est seule digne de toy.

Tant de Fleurs que la nature Esmaille de sa peinture N'ont rien qu'on doiue estimer.

Voy l'éclat qui m'enuironne :

Moy seule fais la Covronne Que tant d'autres ensemble ont peine de former

De M. de Scudery.

LA ROSE

Madrigal.

ALORS que ie me voy si belle et si brillante, Dans ce teint dontl'édatfait naistie tant de vœux L'excès de ma beauté moy-même me tourmente; le languis pour moy-même, et brusle de mes feux. Et ie crains qu'aujourd'huy la Rose ne finisse Par ce qui fit iadis commencer le Narcisse.

De M. Habert, abbé de Cerisv.

LA ROSE 4

Madrigal.

DEVANT ce teint d'vn beau sang animé, le ne parois que pour ne plus paroistre ; le n'ay plus rien de ce lustre enflamé Que de Vénus le sang auoit fait naistre. Le vif éclat de ce teint nompareil Me fait paslir, accuser le Soleil, Seicher d'enuie et languir de tristesse. O sort bizarre! ô rigoureux effet!

Ce qu'a produit le sang d'vne Déesse, Le sang d'vne autre aujourd'huy le défait.

De M. DE Malleville.

LA R0SE5

ASSISE en majesté sur vn Throsne d'épines, le porte le Sceptre des Fleurs, Qui cèdent à l'éclat de mes grâces diuines, Quand l'Aurore au matin m'arrose de ses pleurs; Mais, beauté que le monde adore, Et qui sçais doucement rauir, l'estime beaucoup plus l'honneur de vous seruir Que celuy de régner dans l'Empire de Flore.

De M. le marquis de Montausier.

LA ROSE

Madrigal.

SI vous n'auiez banny l'ardeur démesurée Qui du cœur des mortels fait triompher l'Amour, Ma beauté prés de vous seroit mal assurée : Aux chaleurs de l'esté ie ne dure qu'vn jour. Mais vn sort plus heureux en ce lieu m'enuironne : Le temps, dont le pouuoir de toute chose ordonne, Par vos charmes puissans se trouue surmonté; l'ay de vous obtenu la faueur désirée, Et sur vostre visage, où règne la beauté, le suis d'éternelle durée. ^

De M. COLLETET.

LA ROSE6

Madrigal.

QVOY que la Fable nous raconte, lamais la Reine d'Amathonte Ne changea ma couleur ni mon lustre ancien. Si quelque trait de flame à ma neige s'allie, C'est de honte que i'ay que le teint de Ivlie Est estimé plus frais et plus beau que le mien.

De M. COLLETET.

LE NARCISSE7

Madrigal.

IE consacre, Ivlie, vn Narcisse à ta gloire; Luy-mesme des beautez te cède la victoire. Estant iadis touché d'vn amour sans pareil, Pour voir dedans l'eau son image.

Il baissoit toujours son visage, Qu'il estimoit plus beau que celuy du Soleil. Ce n'est plus ce dessein qui tient sa teste basse; C'est qu'en te regardant, il a honte de voir Que les Dieux ont eu le pouuoir De faire vne beauté qui la sienne surpasse.

De M. le marquis de Montausier

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LE NARCISSES

Madrio-al.

.E suis ce Narcisse fameux Pour qui iadis Echo répandit tant de larmes, Et de qui les appas ne cèdent qu'à vos charmes,

Qui viens pour vous offrir mes vœux.

Qu'on m'accuse, belle Ivlie, D'auoir en ce dessein plus de témérité

Que ie n'eus iamais de folie

Adorant ma propre beauté^ le ne puis m'empescher de commettre ce crime,

le le trouue trop glorieux.

Oyez donc ce discours que ma pasleur exprime, /

Et qui ne s'entend que des yeux :

Si vous me voyez le teint blesme,

Ce n'est plus moi, c'est vous que i'ayme. '^^

De M. le marquis de Montausier.

LE NARCISSE

Madrigal.

'PRIS de l'amour de moy-même, De Berger que i'estois ie deuins vne Fleur;

Faites proffit de mon malheur, Vous que le Ciel orna d'vne beauté suprême;

Et pour en euiter les coups, Puisqu'il faut que tout ayme, aymez d'autres que vous.

De M. Habert, cap. de l'artillerie.

LE NARCISSE ■^ Madrigal.

QVAND ie voj vos beaux yeux si brillans et si doux. Qui n'ont plus désormais rien à prendre que vous, Leur éclat m'est suspect, et pour vous i'appréhende. Souuent ce riche don est chèrement vendu : Je sçay que ma beauté ne fut jamais si grande, Et pourtant chacun sçait comme elle m'a perdu.

De M. Habert, abbé de Cérisy.

(DQ)

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