L'OEILLET
Madrigal.
lEN que dans l'Empire des Fleurs 'l'espere emporter la Couronne Dessus toutes mes autres sœurs, Au moins si la beauté la donne, Deuant ton teint vif et vermeil, De qui l'effet, plus grand que celuy du Soleil, Des cœurs les plus gelez fond la plus dure glace, Mon éclat se ternit et mon lustre s'efface; Mais dessus tes cheueux ie reprens ma beauté, Et i'emprunte de toy ce que tu m'as osté.
De M. le marquis de Montausier.
LA FLEVR DE THÎN '5.
Madrigal.
SANS beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grâce, le nays, par un arrest de mon jniuste sort,
Incapable d'vn bel effort
Pour acquérir l'illustre place Où mon ambition m'ose faire aspirer.
Toutesfois, ô belle Ivlie, Si de tes doux regards tu daignes m'éclairer, le renaistray par eux de tant d'attraits remplie
Que i'auray suiet d'espérer De rendre ta Covronne et ma gloire accomplie^
Sois donc fauorable à mes vœux.
Embellis ma laideur, releue ma bassesse,
Des Destins montre-toy maîtresse, Metz-moy, malgré leur haine, en vn état heureux. La Nature, pour moy non moins barbare qu'eux.
En vain t'oppose ses obstacles; Tes beaux yeux chaque iour font de plus grans miracles.
De M. d'Andilly le filz.
LE lASMIN,
Madrigal
CAVSE de tant de feux, source de tant de pleurs, IvLiE, accorde ma requeste; Comme à toutes ces autres Fleurs, Donne-moy place sur ta teste:
Deuant le lustre de mon teint L'éclat des plus beaux Lys s'éteint; Par tout ailleurs ie leur fais honte; Seulement dans ton sein leur blancheur me surmonte.
De M. le marquis de Montausilr.