‹ La guirlande de JulieChapitre 62 sur 90 · LES SOVCYS ET LES PENSÉES · texte numérisé non relu

LES SOVCYS ET LES PENSÉES

Madrigal.

LORS que, pressé de mon deuoir, le veux t'offrir vne Gvirlande, Ta beauté m'oste le pouuoir D'accomplir ce qu'il me commande ;

Ce qui te la fait mériter Empesche que tu ne l'obtiennes :

Ton beau teint ne peut supporter D'autres merueilles que les siennes;

Par luy la Rose est sans couleur, Les Œillets ont perdu la leur, Les Tulipes sont effacées,

Les Lys n'ont plus de pureté ; Et pour toy rien ne m'est resté Que des Sovcys et des Pensées.

De M. DE Malleville.

LA FLEVR D'ORANGE 27.

Madrigal.

Dv palais d'emeraude où la riche Nature M'a fait naistre et régner auecque maiesté,

le viens pour adorer la diuine beauté

Dont le Soleil n'est rien qu'vne foible peinture.

Si ie n'ay point l'éclat ni les viues couleurs Qui font l'orgueil des autres Fleurs,

Par mes douces odeurs ie suis plus accomplie,

Et par ma pureté plus digne de Ivlie.

le ne suis point suiette au fragile destin De ces belles infortunées Qui meurent dès qu'elles sont nées.

Et de qui les appas ne durent qu'vn matin ;

Mon sort est plus heureux, et le ciel fauorable

Conserue ma fraîcheur et la rend plus durable.

Ainsi, charmant objet, rare présent des Cieux,

Pour mériter l'honneur de plaire à vos beaux yeux,

l'ai la pompe de ma naissance, le suis en bonne odeur, en tout temps, en tous lieux,

Mes beautez ont de la constance, Et ma pure blancheur marque mon jnnocence; l'ose donc me vanter, en vous offrant mes vœux. De vous faire moy seule vne riche Couronne,

Bien plus digne de vos cheueux Que les plus belles Fleurs que Zéphire vous donne. Mais si vous m'accusez de trop d'ambition, Et d'aspirer plus haut que ie ne deurois faire,

Condamnez ma présomption.

Et me traitiez en téméraire ; Punissez, i'y consens, mon superbe dessein •

Par une seuére défense, j

De m'éleuer plus haut que iusqu'à vôtre sein , s

Et ma punition sera ma récompense.

De M. C. ^Corneille).

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