‹ La guirlande de JulieChapitre 9 sur 90 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

les fusées d'esprit étaient tirées en son honneur, et une œuvre badine ou sérieuse n'aurait pu se passer de son assentiment.

N'est-ce pas pour elle que Voiture écrivait ses lettres les plus galantes et ciselait ses vers les plus enjoués; que le vénérable Godeau, abandonnant ses paraphrases bibliques, se faisait rimeur de ruelles, et que le grave Chapelain, infidèle à sa Pucelk, contraignait son bon sens à madrigaliser? N'est-ce pas encore pour cette douce enchanteresse que Colletet, Malleville, Gombaud, Scudéry, Habert, Desmarests et tant d'autres luttaient de talent et de finesse, et que Pierre Corneille, amoureux lui-même, dictait à sa m.use émue les petits vers musqués qu'il parafait de son grand nom?

Il n'y a jamais eu une dame qui ait si bien entendu la galanterie, ni si mal entendu les galants, pensait spirituellement le malicieux Voiture'. En effet, au milieu de tous ces mourants, Julie d'Angennes demeurait d'une humeur toujours libre et aimable, savante sans orgueil, modeste sans contrainte ; elle vivait dans ce monde galant, comme la salamandre parmi les flammes, sans que le moindre soupçon ait pu l'atteindre; sa vertu toujours souriante brillait dans toute sa pureté, et elle semblait enfin soutenir de son exemple

I. Lettre écrite à M"^ Paulet, datée de Lisbonne, en octobre i633.

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