‹ La guirlande des dieuxChapitre 33 sur 51 · SOIR · texte numérisé non relu

SOIR

Léchés par les flammes obliques D'un large soleil déclinant, S'estompent dans leur nimbe ardent Les horizons mélancoliques.

Le ciel laisse, au couchant malsain, Saigner une exhalaison rouge Comme la fenêtre d'un bouge, Ou le rêve d'un assassin.

Les monts retiennent à leurs crêtes Un flambant ^vestige pareil Air revers d'un manteau vermeil Attiré par des mains secrètes.

C'est l'heure des rayons défunts, Des cadavériques lumières Traînant, dans les ombres premières, Des relents, comme les parfums ;

L'heure des clartés suggestives, Où l'humide voix des crapauds Imite, à travers le repos, Le cristal des flûtes plaintives ;

Où le crépuscule se peint De cruelles couleurs stridentes, Et de teintes correspondantes Aux dissonnances de Chopin ;

L'heure où l'œil s'hallucine à suivre

Les pesants nuages vineux

Jetant un écho lumineux,

De pourpre, d'orange et de cuivre.

Puis enfin, sur le noir décor Une lueur triste s'allonge Et dans l'air ému se prolonge Comme un lointain appel de cor.

Et bientôt l'ombre coutumière, Effaçant le bruit des carmins, Ravit aux flaques des chemins Le souvenir de la lumière.

Alors les reflets tourmentés, Dans les profondeurs vespérales, S'exhalent ainsi que des râles Et de grands hoquets de clartés.

Et soudain, sur cette agonie De rauques et fausses couleurs, La Lune, en fluides pâleurs, Verse sa laiteuse harmonie.

Et ses subtils rayons tremblants Endorment, dans la paix nocturne, Le paysage taciturne Sous de très doux arpèges blancs.

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