‹ La Guyane Française en 1902Chapitre 12 sur 24 · NOMBRE SURFACE · texte numérisé non relu

NOMBRE SURFACE

1901 (jusqu'au I" Août) 147 40.665

Totaux 450 218.709

Sur ce nombre de 450 placers munis de leur titre d'exploitation, la très grande majorité se compose de petits placers, d'une surface inférieure à i. 000 hectares. Il y en a 41 1 dans cette catégorie et 39 seulement au-dessus de ce chiffre. J'en ai expliqué la raison en parlant du maraudage. Un certain nombre de ces placers sont caducs, les droits de surface n'ayant pas été payés dans les délais réglementaires par les intéressés. Le Conseil privé déclare vacants, tous les six mois, un certain nombre d'entre eux, dont on publié les noms à VOffidel. Ils deviennent alors, sans autres formalités, susceptibles d être déclarés de nouveau.

Pour achever cette nomenclature, il convient d'ajouter aux chiffres qui précèdent, Il placers qui sont concédés à perpétuité, en vertu de la Loi.de 181Ô, sur les Mines, dont certains articles sont applicables aux placers et mines d'or de la Guyane.

Ces tableaux sont une illustration vivante des fluc*

— Situations de l'industrie minière guyanaise : pendant la grande inflation du Carsewèiie, de 1894 à 1897, personne ne s'occupait des place rs situés dans la Colonie même. Dès les premières découvertes de la Haute- Mana, en 1^98, le chiffre monte. L'Inini en 1901 vient mettre le comble à cette renaissance.

Je renvoie les personnes que ces questions de législation minière dans les pays neufs intéressent à une série d'articles que j'ai publiés récemment (i), dans lesquels j'ai démontré, chiffres en main, empruntés aux législations les plus diverses dans nos colonies et à l'étranger, que le régime de liberté était celui qui convenait le mieux aux pays à placers.

Il y a pourtant une limite à fixer, ne fut-ce que pour ne pas mériter le qualificatif de ^ bons gogos :^ que nos voisins des autres Guyanes pourraient jious appliquer avec raison, bien que ce qualificatif familier ait subi, en langage créole, une modification considérable dans son point d'application.

Maraudeurs étransrers. — En réalité, plus de la moitié des Antillais qui viennent en Guyane demander à l'or leurs moyens d'existence, ne sont pas français. Je me garderais de m'«n plaindre si ces individus se fixaient définitivement dans le pays, y faisaient souche et venaient augmenter ainsi la population stable infiniment trop faible, qui vit actuellement sur le sol de la Guyane française. D'abord, j'ai une expérience suffisante des Colonies pour savoir que le premier et le plus pressant devoir du législateur consiste dans la suppression de toute mesure coercitive pouvant entraver l'immigration libre dans les pays naturellement riches.

(i) Voir la Dépêche Coloniale, n*' 1467, i5ii, 1617 et 1540. F

dépourvus de main-d'œuvre. Ensuite, les tendances naturelles de mon esprit répugnent à toutes les mesures d'exception quelles qu'elles soient ; je crains toujours la loi du Talion.

Ce qui est le plus désirable, dans une CdltMHe comme la Guyane, c'est d'appeler et de fixer définitivement dans le pays, des travailleurs qui y viennent librement, attirés par la rénumération que donne une industrie facile à exercer. C'est le cas pour nos placers et nos mines d'or.

Je suis bien certain d'ailleurs que quelle que soit leur nationalité, les étrangers fixés en Guyane seraient vite francisés. Les qualités naturellement aimables, libérales et hospitalières de notre race sont celles qu'assimilent le plus rapidement ceux qui sont appelés à vivre en contact avec ngus.

Malheureusement, ce n'est pas du tout ainsi qu'opèrent les noirs étrangers qui viennent faire des campagnes en Guyane. Ils s'y rendent seuls, sans femme ni enfants, tâchent de ramasser le plus d'or possible dans les maraudages auxquels ils se livrent, ne dépensent presque rien dans la Colonie, témoin le menu d'un chercheur d'or en * * bricole ' ' , que j'ai donné plus haut et s'en retournent chez eux, au bout de six mois au maximum, en emportant leur magot en contrebande. Ils achètent alors dans leur Colonie un bout de terrain pour y planter du manioc etdesbanafles et jouissent en paix du fruit de leur effort temporaire, au son d'un harmonium délabré, dont ils tirent pendant des journées entières des mélopées informes en se balançant dans leur hamac. Tel est le rêve, fréquemment réalisé^ des Antillais de la Barbade, de la Dominique, et '* tutti quanti ", que nous voyons défiler à Cayenne.

L'or qu'ils ont emporté est cependant bel et bien

parti a jamais, sans qu'il en reste une fraction, même miDime, dans la caisse de la Colonie ou dans celle des Q^n^iants locaux.

Mais il y a plus, ces mêmes noirs qui ne paient chez BOUS ni taxe ni impôts, peuvent en débarquant de la goâettè qui les amène, se rendre chez l'arpenteur, lui donim un nom quelconque, demander et obtenir un terrain exactement de la même manière que nous tous Français, qui habitoos cbms la Colonie et qui payons les impôts qui la font vivre. Os peuvent en outre, s'ils ont un peu de chance, nous Marner le pion, prendre au hasard chez l'arpenteur un terrain réellement riche, sans avoir pris la peine d'y faire la moindre prospection préalable.

Si nous jouissions du même droit chez nos voisins, on pourrait nous répondre avec un semblant de logique, que nous n'avons qu'à aller chez eux, à être un peu plus entreprenants pour leur rendre la pareille; mais ce raisonnement n'est que fallacieux, vu que les Colonies voisines sont loin de présenter les mêmes richesses et les mêmes chances de succès au point de vue de l'exploitation de l'or, que la Guyane française. Nous serions exactement aussi fondés à demander au Brésil de sup^ primer son droit de sortie sur les cafés Santos, en lui offrant en échange de ne frapper aucune tax« semblable sur les cafés récoltés en France.

Or, que voyons-nous dans la législation minière de nos voisins immédiats? . \

Guyane Anglaise, — Pour avoir le droit de monter sur les placers et d'y chercher de l'or, il faut commencer par payer une licence (Miner'sright). Cette licence peut être refusée à un étranger. Il faut en tout cas que ce dernier possède des papiers en règle. En Guyane, le

Gouverneur nV pas le droit de refuser une concessipn à un étranger, même débarquant sous un nom d'emprunt, avec des papiers approximatifs. Si on l'expulse par mesure de police générale, cç que le Gouverneur a toujours le droit de faire, la concession de l'expulsé n'en est pas moins valable.

En Guyane Hollandaise c'est encore pis. D'abord un ouvrier étranger ne peut débarquer que s'il justifie de moyens d'existence ou d'un contrat d'engagement avec un patron solvable. S'il veut demander une concession, il faut qu'il commence par donner une caution convenable, habitant la Colonie, caution qui est en réalité le véritable titulaire du placer et qui est en tout cas responsable du paiement des redevances.

Il n'est que temps de voir cesser cet état de choses véritablement scandaleux. Nos voisins y sont si bien habitués qu'ils considèrent notre Colonie comme un dépptoir public. Nous avons assisté à ce fait inouï de servir d'exutoire à des sujets anglais expulsés du territoire brésilien, évacués sur la Guyane par les autorités brésiliennes. Le fait s'est passé tout récemment. Heureusement que nous avions à Cayenne un Gouverneur, jeune, actif et un peu cocardier, qui n'a pas laissé passer l'insulte sans la relever vertement :

« A propos du Brésil, je ne saurais passer sous <c silence une communication inattendue de M. l' Admi- « nistrateur du Carsewène, qui a fait connaître, par un « billet adressé à M. le Maire de Cayenne, qu'îZ diri- ^ gérait sur cette ville des sujets anglais expulsés de sa « circonscription. Je me suis empressé de signaler le « procédé à S. Ep M. le Gouverneur de l'Etat de Para, « en l'informant que si pareil fait se renouvelait, l' Admi-

^- nistràtion locale retournerait . d'office au Oarsewène € lés étrangers indûment dirigés sur la Guyane fran- « çaise. (Applaudissements) (i).

On comprend que dans pareilles conditions, nous ne puissions pas continuer indéfiniment à nous dépouiller de nos droits les plus essentiels au profit d'étrangers qui, je le répète, ne nous laissent aucune trace palpable de leur séjour chez nous et qui nous refusent chez eux la jouissance de facilités analogues. La première chose à faire ce serait, à mon avis, de distinguer d'abord entre les ouvriers qui viennent périodiquement et ceux qui ne viennent qu'une fois faire un coup dans la Colonie et qui disparaissent ensuite pour toujours. Autrement dit, je n'accorderais quelque chose d'analogue au ** miner's rigl^t " de Demerara, au même titre que les nationaux; en un mot, je ne reconnaîtrais le droit d'acquérir des placers par simple demande administrative, qu'à ceux qui auraient déjà fait une campagne d'au moins six mois sur les placers de la Colonie, et en tout cas j'exigerais d'eux, anciens ou nouveaux venus, des papiers réguliers permettant d'écarter de prime abord les éléments malsains qui s'introduisent ainsi à nos dépens dans la Guyane française.

Il sera indispensable aussi d'exiger des étrangers venant exploiter nos alluvions, qui ne justifieront pas d'un engagement régulier sur un placer légalement institué, le paiement préalable d'une somme représentant sa part moyenne de frais d'hospitalisation. La vie en effet est. dure sur les placers, surtout quand on est

(i) Discours de M. Emile Merwart, Gouverneur par intérim de la Guyane française, à Touverture ide la session ordinaire du Coqseil Général, 1^ i9~Novembre 1901. - .. ..

maraudeur et qu'on se prive des aliments les pluseâsen»tiels permettant de supporte!* les fatigues et le climat. -

Aussi qu'arrive-t-il ?

Beaucoup de ces étrangers partant en maraude, descendent des placers au bout de deoz mois à six semaines, parfois même moins, malades, exténués par les fatigms et les privations, et demandent à entrer à l'hôpital en qualité d'indigents.

On les envoie à l'hospice du camp Saint-Denis dont le budget est entièrement à la charge de la Ct^onie. Notre service hospitalier nous coûte la modeste somme de 1 50.00Q francs par an, que les contribuables guyanais doivent sortir àe leur poche. Il y a évid emment là une lacune qu'ilest absolument nécessaire de combler, etc'est surtout pour les maraudeurs étrangers que cette mesure s'impose, car si on peut toujours récupérer sur les exploitants réguliers le prix des journées d'hôpital de leur personnel, il n'en est pas de même pour les bricoleurs : contre eux, aucun recours possible. Les divers Consuls étrangers en résidence à Cayenne se refusent énergiquement à payer ces frais, pour lesquels leurs gouvernements respectifs se gardeiit bien de prévoir des crédits et c'est nous, braves Français, qui, suivant l'usage, gobons la note à payer.

Je suis heureux de constater que cette situation a attiré l'attention de notre jeune Gouverneur par intérim de la Colonie. Les lecteurs de ces lignes peuvent lui rendre cette justice, qu'il m'a suffi de citer divers passages de son très remarquable discours d'ouverture du Conseil général, le 19 Novembre 1901, pour y trouver la solution de toutes les questions vitales et brûlantes qui s'agitent en ce moment en Guyane: vaste fermentation, prélude des temps nouveaux.

La question des étrangers a été non seulement abor-

dée, mais résolue par le Gouvernement, dans la limite où le permettait la législation existante.

Voici le passage relatif aux maraudeurs étrangers :

« Parmi les exploitants plus ou moins réguliers de « rinini, se trouvent quantité d'étrangers accourus soit « de la Guyane hollandaise, soit des Colonies anglaises « les plusvoisines, Demerara, LaBarbade, Sainte-Lucie 4c ou La Dominique.

« Je disais tout à l'heure que le petit exploitant est « digne d'intérêt ; je me hâte de formuler cette réserve : « à la condition qu'il soit des nôtres^ Guyanais, Antil- « lais ou métropolitain, monté aux placers pour faire <c profiter du fruit de son travail sa famille et, en somme, « la communauté française. J'irai même jusqu'à mettre, « à ce point de vue, de pair avec nos compatriotes les « étrangers établis à demeure dans la Colonie, devenus < propriétaires, négociants, et contribuant par là à sa « prospérité économique.

<c Mais cette concession faite, d'autant plus intran- « sigeante sera ma manière de voir à l'^fard des étrange gers sans attaches et sans aveu qui forment la majorité « parmi les envahisseurs etlesécumeurs de nos placers, « (Applaudissements) et qui affluent actuellement en « foule, au bruit des découvertes de l'Inini, pensant y « trouver un nouveau Carsewène où il suffit d'avoir « une pelle et un fusil pour prendre l'or et empêcher « les autres d'y toucher. (Applaudissements répétés).

« J'espère que nous parviendrons à les faire changer «• de sentiment, grâce aux gendarmes et agents de « police dirigés en ce moment sur l'Inini, grâce aussi % à cette réglementation si restrictive sur l'industrie « aurifère, qui, si elle est gênante parfois pour nos K chercheurs d'or, va, par contre, leur rendre le pré-

« cieux service de les débarrasser I^alement des ma- « raudeurs étrangers.

« Vous avez vu, Messieurs, wijoumal Offidd et pla- « cardés aux quatre coins de Cayenne, les avis aux « étrangers, aux employeurs d'étrangers, aux cher- K cheurs d'or, lancés par l'Administration. Après une « enquête spéciale faite au Maroni par M. le Procureur « de la République, et de l'avis de M. le Procureur K Général, j'ai donné, d'autre part, au Délégué du Ser- « vice local, aux Maires de toutes les Communes, au « Lieutenant de port, au Chef du Service des Douanes, *t des instructions rigoureuses en vue du contrôle des « étrangers et de leur immatriculation, conformément « aux dispositions du Décret du 2 Octobre 1888 et « de la Loi du 8 Août 1893. J'ai câblé à nos représentants « consulaires dans les Colonies voisisines, afin qu'ils « avertissent de ces mesures les autorités et qu'ils « fassent informer par leurs soins, la population.

<c J'ai signalé enfin au Département la gravité de la K situation économique causée par cet envahissement <c et, en recommandant à son bienveillant examen le ^ projet de taxe sur les étrangers adopté par vous dans H. votre dernière session ordinaire, je lui ai demandé « avec insistance d'examiner ce qu'il serait possible de « faire dans cette voie. {Approbation). >

Chambre des Mines. — Une innovation excellente et de date toute récente, puisque le texte de l'Arrêté qui l'institue date du 11 Octobre dernier, est la création en Guyane, d'une Chambre consultative des Mines, organe essentiellement nouveau et qui, à ma connaissance, n'a pas d'équivalent dans nos autres Colonies.

Les Anglais en ont au contraire dans tous les pays miniers qu'ils ont colonisés et elles y donnent d'excellents résultats. A Demerara notamment, il existe une

Chambre des Mines et des Forêts qui jOuit d'une jurïdiction assez étendue. Elle est d'abord cheirgée, à titre consultatif, de transmettre au Gouvernement les desiderata de la population minière et les modifications qu'elle peut avoir à demander aux réglementations racistantes. La protection et le développement de l'industrie minière et forestière rentrent aussi dans le cadre de ses attributions. Elle poursuit au nom de la collectivité la solution des questions litigieuses qui intéressent l'ensemble des exploitants d'or. Enfin elle est chargée de régler, par arbitrage définitif si les parties intéressées y consentent, les contestations qui peuvent s'élever entre mineurs d'or, soit à propos de la validité de leurs titres respectifs, soit pour toute autre cause. On pourrait y joindre en Guyane française l'organisation d'un service d'inspection de placers et de perception des droits.

Comme c'est un organe entièrement nouveau, élu par les intéressés,, il peut être, selon la valeur des personnes qui en feront partie, un puissant instrument de progrès pour l'industrie principale de la Colonie, ou un nouveau rouage inutile. Son mode de recrutement et d'élection, dans lequel tous les éléments sont équitablement représentés, paraît lui assurer une Htti dt Pécari. réelle autorité morale et un rôle

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