INFLEXION EN BAS
D'abord, quelques mots sur l’angle d’inclinaison du fémur, dont la connaissance permet d'évaluer le degré de cette inflexion.
L’angle d’inclinaison el ses variations. — C'est l’angle que forme l’axe cervical avec l’axe du corps du fémur. A l’état normal, il mesure er moyenne 125, d’après les mensurations de CHARPY et LAUENS- TEIN.
Mais il varie : 1° suivant les individus, entre 120° (HUMPHRY) et 155° (SCHMID); CHARPY admet comme limites extrêmes 118°-140° ; 2° avec l’âge : le col du nouveau-né est fortement redressé, dans le but de compenser le raccourcissement du membre résultant de la flexion du genou (1); c’est le même phéno-
{1) La cause de cette attitude en flexion est intéressante à connaître «chez le nouveau-né, le plateau tibial est taillé obliquement en bas et en arrière en même temps qu’en dedans ; il est en rétroversion et latéroversion interne; aussi, quand il recoit dans ses cavités glénoïdes les condyles, les fémoraux, le tibia est oblique en haut et en avant et aussi en dehors » (JABOULAY).
mène que M. JABOULAY a observé dans les cas d’ankylose osseuse du genou à angle obtus. Au cours du développement, peu à peu le col s’affaisse, les travées encore peu résistantes quile constituent cédant sous la pression croissante du poids du corps ; dans ces conditions, le bassin agit à la façon d’un coin, il repousse excentriquement les trochanters, détruit par le fait même le parallélisme des fémurs, et crée une attitude d'adduction passive en quelque sorte. Mais aussi, l’horizontalité da plan limite inférieur des condyles n’existe plus; alors le condyle interne s’hypertrophie, et un certain degré de genu valgum normal est constitué.
Eh bien ! l’incurvation anormale du col est la simple exagération de ce processus. Nous connaissons, au pied, ce mouvement de rotation qu’exécute la tête de lastragale autour du calcanéum, et en vertu duquel, de superposées qu’elles étaient chez le nouveau-né, les facettes articulaires antérieures de ces deux os deviennent, chez l'adulte, inclinées l’une par rapport à l'autre de 45° environ, de facon à constituer une voûte. Que la petite apophyse du calcaneum, frein de ce mouvement, ne suffise pas à son rôle, l’excursion de l’astragale se poursuit, la voûte s’effondre; ce mécanisme de formation du pied plat acquis a été bien mis en lumière par TOUBERT, dans sa thèse de doctorat,
Le col du fémur est pour le membre inférieur tout entier ce qu’est le sustentaculum tali pour le pied; sil est insuffisant (nous ne cherchons pas pour le moment à préciser ce terme), il se laisse effondrer de la même façon. Son angle d’inclinaison était de 86° dans le cas
de LAUENSTEIN, de 60° dans le cas de SCHULTZ, de 45° dans celui de RICHARDSON.
Conséquences de ‘la diminution de l'angle d’inclinaison au point de vue de la forme de l'os. — Quant aux modifications de forme qui résultent pour le col de cett: diminution de l’angle d’inclinaison, nous les comprendrons facilement si nous comparons lincurvation du col, non pas au mouvement de rotation d’un levier rigide autour d’une charnière, mais à l’inflexion d’une tige élastique, tel le roseau qui plie; c’est, à proprement parler, un « enroulement»(HOFMEISTER); « il semble que le trochanter, constitué par une subs- « tance pétrissable, se soit laissé plier par une « pression s’exerçant de haut en bas » (MULLER).
Dans ces conditions, le bord supérieur du col s’étire; de concave vers le haut, il devient rectiligné ; on conçoit même que, dans les cas avancés, il puisse se produire une légère convexilé vers le haut.
A l’appui de cette dernière proposition, HOFMEISTER Cite la préparation de SCHULTZ, mais nous croyons VPexemple peu probant. En effet, il ne s’agit pas dans cette pièce d’une courbe régulière; c’est une crête antéro-postérieure en dos d’âne, nettement séparée des parties voisines, et qui occupe seulement lapartie du col avoisinant la tête; entre cette crête et le grand trochanter,le bord supérieur du col reste au contraire excavé; d'autre part la tête arrive au contact du petit trochanter ; il semble donc qu’elle se soit mobilisée en bloc vers le bas, le col restant fixe. Que nous apprend l’histoire clinique ? Le diagnostic posé avait été celui de décollement épiphysaire post-ostéomyeli-
tique. Enfin l’examen histologique montra, dans la région intermédiaire entre le col et la tête, l’existence d’un tissu dur comme de l’ivoire. Tout semble donc s'accorder avec l’idée d’un décollement épiphysaire ancien avec cal.
Quoi qu’il en soit, le col paraît allongé, et le trochanter fait saillie en äehors. En réalité, il est simplement déployé, et, si MULLER, dans sa préparation, a pu noter une distance, entre la tête et la pointe du trochanter. de 7 centimètres (au lieu de 3 ou 4 centimètres, chiffre normal), il ne faut pas oublier que cette distance est mesurée à vol d'oiseau, c’est-à-dire que,sur la préparation normale, elle représente la corde de l'arc. Quant à la saillie du trochanter, elle n’implique pas nécessairement l’allongement ; elle est apparente elle aussi. HOFMEISTER montre que la simple ascension peut l’expliquer, car alors le contour des parties molles tombe plus obliquement de la crête iliaque vers le trochanter.
Du côté du bord infériear du col, le phénomène est inverse, mais de même ordre ; le bord inférieur de la tête quitte le cotyle, et émerge au-dessus du col à la façon d’un chapeau de champignon ; en un mot, l'arc s’enroule, tend à se fermer, le petit trochanter et la tête marchant en quelque sorte l’un vers l’autre.
Conséquences de cette diminution au point de vue fonctionnel. — Que résulte-t-il, au point fonctionnel, de cette diminution de l’angle d’inclinaison ? Naturellement, une attitude en adduction, exagération de l’adduction normale, et secondairement la production d’un genu valgum.