AVERTISSEMENT
DU NOUVEL ÉDITEUR
La Henriade a été si souvent imprimée, et tant d'hommes distingués ont consacré leurs soins aux éditions qu'ils en ont publiées, que nous espérons que l'on ne trouvera pas sans intérêt, ni peut-être sans utilité, le tableau que nous allons donner de celles qui nous paraissent dignes de fixer l'attention des lecteurs. Mais d'abord il convient de déterminer, aussi précisément que possible, Tépoque à laquelle le poëme fut composé.
Voltaire nous apprend lui-même qu'il « commença ^a Henriade à Saint-Ange, chez M. de Caumartin, intendant des finances, après avoir fait Œdipe, et avant que cette pièce fût jouée. » Or, Œdipe, achevé dès 1713, ne parut sur la scène qu'en 1718. C'est donc dans cet intervalle de cinq ans que fut conçue la Henriade. L • préface d'une édition de 1730 assigne même une date positive à la composition de plusieurs chants, et entre autres du deuxième, écrits sous les verrous de la Bastille, lorsque Voltaire y fut détenu en 1717. Il avait alors vingt et un ans passés.
Un poëme consacré à la gloire de Henri IV ne pouvait,
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ce semble, être plus convenablement dédié qu'au Roi de France, cinquième descendant du héros dont on y célébrait les exploits. Aussi Voltaire se proposait-il d'offrir à Louis XV la dédicace de son œuvre La rédaction de son épître était môme presque achevée, lorsque le plus inconcevable refus vint déranger ses projets. La censure avait remarqué dans le poëme plus d'un endroit contenant des propositions malsonnantes et sentant l'hérésie, et exigeait des suppressions auxquelles, appareminent, l'auteur ne crut pas pouvoir consentir. Il dut alors songer à faire paraître hors de France un poëme qu'il ne pouvait espérer d'y publier avec l'assentiment de l'autorité, l'hommage en ayant été refusé par le Roi. Un libraire de La Haye annonça en novembre 1722^ une édition de Henri IV, ou la Ligue, poëme héroïque. Elle devait former un volume in-4*', et être ornée de gravures faites sous les yeux de Voltaire, pour celle qu'il avait eu l'intention de dédier à Louis XV. Ce nouveau projet resta pareillement sans exécution. Voltaire prit enfin le parti de faire imprimer clandestinement son poëme : tout, du moins, porte à croire qu'il publia lui-même l'édition mentionnée sous le numéro Idans le tableau suivant* :