‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 34 sur 113 · Lib. m, -cap. XXXIII.— K · texte numérisé non relu

Lib. m, -cap. XXXIII.— K

pour le cardinal de Guise n'avait d'autre fondemeût que les refus qu'il en avait essuyés dans sa jeunesse; mais ce conte ressemble à toutes les autres calomnies dont le livre de Boucher est rempli.

Henri III mêlait avec ses mignons la religion à la débauche ; il fesait avec eux des retraites, des pèlerinages, et se donnait la discipline. Il institua la confrérie de la mort, soit pour la mort d'un de ses mignons, soit pour celle de la princesse de Condé, sa maîtresse : les capucins et les minimes étaient les directeurs des confrères, parmi lesquels il admit quelques bourgeois de Paris; ces confrères étaient vêtus d'une robe d'étamine noire avec un capuchon. Dans une autre confrérie toute contraire, qui était celle des pénitents blancs, il n'admit que ses courtisans. Il était persuadé, aussi bien que certains théologiens de son temps, que ces momeries expiaient les péchés d'habitude : on tient que les statuts de ces confrères, leurs habits, leurs règles, étaient des emblèmes de ses amours, et que le poëte Desportes, abbé de Tyron, l'un des plus fins courtisans de ce temps-là, les avait expliqués dans un livre qu'il jeta depuis au feu.

Hem-i III vivait d'ailleurs dans la mollesse et dans l'afféterie d'une femme coquette ; il couchait avec des gants d'une peau particulière pour conserver la beauté de ses mains, qu'il avait effectivement plus belles que toutes les femmes de sa cour; il mettait sur son visage une pâte préparée et une espèce de masque par-dessus : c'est ainsi qu'en parle le livre des Hermaphrodites^^ qui circonstancié les moindres détails sur son couclior, sur son lever et sur ses habillements. Il avait une exactitude scrupuleuse sur la propreté dans la parure * il était si attaché à ces petitesses, qu'il chassa un jour le duc d'Épernon de sa présence, parce qu'il s'était présenté devant lui sans escarpins blancs et avec un habit mal boutonné.

Quélus fut tué en duel le 27 avril 1578 s.

Louis de Maugirou, baron d'Ampus, était l'un des mignon»

1. Les He)~maphrodites ou Ile des Hermaphrodites nouvellement découvertes avec les mœws, lois, coutumes et ordonnances des habitantt d'icelle (par Artus Thomas, sieur d'Embry, 1605), petit in-12. — R.

2. Le combat eut lieu le 27 a?ril, mais Quélus ne mourut que 1« £9 mai suivant. — lu

pour qui Henri III eut le plus de faiblesse : c'était un jeune homme d'un grand courage et d'une grande espérance. Il avait fait de fort belles actions au siège d'Issoire, où il avait eu le malheur de perdre un œil. Cette disgrâce lui laissait encore assez de charmes pour être infiniment du goût du roi; on le comparait à la princesse d'Eboli, qui, étant borgne comme lui, était dans le même temps maîtresse de Philippe II, roi d'Espagne. On dit que ce fut pour cette princesse et pour Maugiroa qu'un Italien i fit ces quatre beaux vers renouvelés de VAnthO' logie grecque :

Lumine Acon dextro, capta est Leonida sinistro, Et poterat forma vincere uterque deos :

Parve puer, lumen quod habes concède puellae; Sic tu caecus Amor, sic erit illa Venus.

Maugiron fut tué en servant Quélus dans sa querelle.

Paul Stuart de Caussade de Saint-Mégrin, gentilhomme d'auprès de Bordeaux, fut aimé de Henri III autant que Quélus et Maugiron, et mourut d'une manière aussi tragique; il fut assassiné le 21 juillet de la même année, dans la rue Saint-Honoré, sur les onze heures du soir, en revenant du Louvre. Il fut porté à ce même hôtel de Boissy où étaient morts ses deux amis ; il y mourut le lendemain de trente-quatre blessures qu'il avait reçues la veille. Le duc de Guise, le Balafré, fut soupçonné de cet assassinat, parce que Saint-Mégrin s'était vanté d'avoir couché avec la duchesse de Guise. Les mémoires du temps rapportent.'que le duc de Mayenne fut reconnu, parmi les assassins, à sa barbe large et à sa main faite en épaule de mouton. Le duc de Guise ne passait pourtant point pour un homme trop sévère sur la conduite de sa femme; et il n'y a pas d'apparence que le duc de Mayenne, qui n'avait jamais fait aucune action de lâcheté, se fût avili jusqu'à se mêler dans une troupe de vingt assassins pour tuer un seul homme.

Le roi baisa Saint-Mégrin, Quélus et Maugiron après leur

1. Jérôme Amalteo, auteur de cette épigramme, mourut en 1574. Il est donc impossible qu'il ait eu eo vue Maugiron, blessé trois ans plui tard. — E.

mort, les fit raser, et garda leurs blonds cheveux; il ôta de sa main à Quélus des boucles d'oreilles qu'il lui avait attachées luimême. M. de l'Estoilei dit que ces trois mignons moururent sans aucune religion; Maugiron en blasphémant, Quélus en disant à tout moment : « Ah! mon roi, mon roi! sans dire un seul mot de Jésus-Christ ni de la Vierge. » Ils furent enterrés à Saint-Paul : le roi leur fit élever dans cette église trois tombeaux de marbre, sur lesquels étaient leurs figures à genoux : leurs tombeaux furent chargés d'épitaphes en prose et en vers en latin et eu français : on y comparait Maugiron à Horatius- Coclès et à Annibal-, parce qu'il était borgne comme eux. On ne rapporte point ici ces épitaphes, quoiqu'elles ne se trouvent que dans les Antiquités de Paris, imprimées sous le règne de Henri III 3. n n'y a rien de remarquable ni de trop bon dans ces monuments ; ce qu'il y a de meilleur est l'épitaphe de Quélus*.

• Non injuriam, sed mortem patienter tulit. »

Il ne put souifrir un outrage.

Et souffrit constamment la mort. (n23.)

Voyez, sur Joyeuse, les notes du troisième chant s. (1730.)

5. Henri IV, le héros de ce poëme, y est appelé indifféremment Bourbon ou Henri.

Il naquit à Pau en Béarn le 13 décembre 1553. (1723 et 1730.)

1. Journal de Henri III (27 avril 1578). P. de l'Estoile ne parle que de Quélus et Maugiron. — R.

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