CHAPITRE I
l'attention d'an voyageur que la Jérusalem du Tasse. Milton fait autant d'honneur à l'Angleterre que le gi-and Newton. Camoëns est en Portugal ce que Milton est en Angleterre. Ce serait sans doute un grand plaisir, et même un grand avantage aour un homme qui pense, d'examiner tous ces poëmes épiques ie différente nature, nés en des siècles et dans des pays éloignés les uns des autres. Il me semble qu'il y a une satisfaction noble à regarder les portraits vivants de ces illustres personnages grecs, romains, italiens, anglais, tous habillés, si je l'ose dire, à la manière de leur pays.
C'est une entreprise au delà de mes forces que de prétendre/ les peindre; j'essayerai seulement de crayonner une esquisse) de leurs principaux traits : c'est au lecteur à suppléer aux défauts de ce dessin. Je ne ferai que proposer : il doit juger;, et son jugement sera juste, s'il lit avec impartialité et s'il n'écoute ni les préjugés qu'il a reçus dans l'école ni cet amour-propre mal entendu qui nous fait mépriser tout ce qui n'est pas dans nos moeurs. Il verra la naissance, le progrès, la ' décadence de l'art; il le verra ensuite sortir comme de ses ruines, il le suivra dans tous ses changements; il distinguera ce qui est beauté dans tous les temps et chez toutes les nations, d'avec ces fceautes locales qu'on admire dans un pays et qtTôn méprise dans un autre. Il n'ira point demander à Aristote ce qu'il doit penser d'un auteur anglais ou portugais, ni à M. Perrault comment il doit juger de VIliade. Il ne se laissera point tyranniser par Scaliger ni par le Bossu; mais il tirera ses règles delà nature, et des exemples qu'il aura devant ; les yeux; et il jugera entre les dieux d'Homère et le dieu de Milton, entre Calypso et Didon, entre Armide et Eve.
Si les nations de l'Europe, au lieu de se mépriser injustement les unes les autres, voulaient faire une attention moins superficielle aux ouvrages et aux manières de leurs voisins, non pas pour en rire, mais pour en profiter, peut-être de ce commerce mutuel d'observations naîtrait ce goût général qu'on cherche si inutilement.