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PLUMES DU HÉRON

Petites Plumes,

Mais pour l’oiseau cette peau ne devait pas être la dernière enveloppe. Afin de procurer une chaleur corporelle d’environ 42 degrés centigrades audessus de zéro, il fallait quelque chose de plus chaud et de plus léger que nos vêtements et que le poil des mammifères ; de là la création des plumes qui se renouvellent en partie à chaque automne (1).

Il y en a de deux espèces, les petites qui servent d’habillement, les grandes elles moyennes qui constituent les appareils du vol.

Les petites servent essentiellement à couvrir l’oiseau ; elles concentrent une grande chaleur quand celui-ci les resserre etles colle complètement contre sa peau ; mais elles lui permettent de se rafraîchir quand il les desserre.

Elles sont elles-mêmes garnies à leur base de plumes très-fines et très-déliées, chaudes et légères qui composent ce qu’on appelle le duvet.

(1) D’Orbigny, au mot Héron, page 597.

Pendant le yoI ces diverses plumes emprisonnent une couche d’air échauffée par le développement de la chaleur corporelle et qui vient en aide aux mongolfières intérieures.

Les plumes sont implantées d’arrière en avant et de bas en haut, étagées et superposées comme des ardoises, etcomme l’oiseau a dans tous les sens et surtout sur le dos une forme arrondie et la pente d’un toit, l’eau pluviale ne fait qu’y passer, sans s’arrêter et sans pénétrer.

Une matière huileuse qui arrive par le tube de la plume la rend encore plus impénétrable ; cette sécrétion est très-abondante chez les palmipèdes ; elle l’est moins chez le héron, mais il n’est pas appelé à nager et il ne semble nullement se préoccuper de l’eau qui tombe. Par des pluies battantes on le voit immobile pendant des heures sans avoir l’air de se douter que l’eau ruisselle sur son dos ; on en a tué qui s’étaient laissé couvrir de verglas.

D’ailleurs les plumes sont et plus longues et plus épaisses partout où la chaleur est le plus nécessaire ; ainsi la tête est recouverte d’une huppe. Si l’œsophage peut se dilater et ainsi augmenter en grosseur, l’avant du cou a reçu un plastron qui dans ces circonstances le garantit du froid.

Grandes et moyennes plumes.

Cinquante-six grandes plumes formentles rames de l’oiseau ; elles sont alignées et implantées à l’arrière et à l’extrémité des trois grandes phalanges osseuses desailescommelesdentsd’un peigne; chacune deces tiges solides et flexibles a de chaque côté et sur deux

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rangs, des barbes ou petites lames soyeuses et élastiques garnies de crochets qui servent à les unir ensemble et à en former un tissu impénétrable à l’air. Elles sont appelées plumes remiges (de remigium, action de ramer).

Elles ont pour complément des plumes moyennes ; deux rangées principales nommées tectrices (de tectum, toit) les recouvrent au dessus et leur servent en effet de contre-fort. Deux rangées les garnissent également en dessous ; quelques moyennes plumes sont en avant de la troisième phalange pour garantir sa demi-articulation ; enfin, deux touffes recouvrent le vide qui existe entre l’aile et le corps et produisent entre eux Tadhérence qui, au moyen d’une peau, existe entre l’aile et le corps de la chauvesouris.

Les grandes, les moyennes et les petites plumes se juxtaposent de telle sorte que, quelles que soient les flexions des phalanges, elles forment une voile sans solution de continuité, et que repliées sur le dos elles ne tiennent pas plus de place qu’un sabre dans un fourreau.

La queue est une espèce d’annexe des ailes ; elle se compose de douze grandes plumes, lesquelles ont pour couverture en dessus et pour garniture en dessous de moyennes plumes ; ces dernières, comme celles des couvertures et des garnitures des ailes, servent de contre-fort aux grandes et entretiennent la chaleur dont elles ont besoin à la base.

La queue est placée et disposée de manière à compléter l’appareil du vol. En se développant comme un evantail, elle forme avec les deux ailes les trois quarts d’un parachute ; à elle seule et comme para-

chute elle sert admirablement au pigeon pour opérer sa descente.

Le milan, en étendant la sienne pour planer dans les airs, montre aussi que la queue déployée comme une voile sert à continuer la ligne directe et principale du corps, l’impulsion et la suspension opérée par les ailes.

En se jetant à droite ou à gauche suivant les circonstances, elle rétablit l’équilibre rompu un instant par une des ailes.

De même encore en se repliant et en se massant en ligne droite elle forme contre-poids quand la tête se projette trop en avant.

Quand l’oiseau se pose sur une branche ou trop faible ou trop flexible, il se sert également de sa queue comme d’un balancier pour trouver son assiette.

Les grandes plumes de la queue sont appelées rectrices (de rectum, droit) parce qu’elles servent de gouvernail et non pas de rame.

Le héron étant obligé de patauger dans les marais aurait été gêné par une longue queue, aussi il l’a courte ; il sait d’autant mieux la faire manœuvrer soit comme parachute, soit pour compléter et rectifier son vol ; comme le pigeon, nous le voyons étaler sa queue, quand il s’abaisse à terre ou sur une branche d’arbre.

En poursuivant nos recherches sur ce qui se rapporte à la locomotion aérienne, nous comprendrons que le vol du héron soit bien dirigé, rapide et longtemps soutenu.

Si le poids est un obstacle quand il s’agit pour un corps de s’élever et de se transporter dans l’air

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OU à la surface de l’eau, il est cependant dans une certaine mesure nécessaire pour donner une base d’opération et de direction à une machine qui doit fonctionner dans l’espace et dans l’eau. Le lest est nécessaire à un navire et à un ballon. Si le héron eût été réduit par exemple au dixième de son poids ou si ce poids eût été moins bien réparti par rapport au centre et à l’avant, cet oiseau eût volé beaucoup moins bien. ,

D’un autre côté nous avons vu que dans la boue et les herbages des marais l’élimination ne pouvait se faire facilement ni à la course, ni au vol, et que la chasse d^embuscade était commandée par les circonstances. 11 devenait alors nécessaire pour un éliminateur de la capacité du héron, de se porter et de se poser aux meilleurs passages et de pouvoir harponner à une certaine distance. Il fallait ainsi à cet oiseau de longs pieds, un long cou et un long bec, ce qui donnait au corps de forme ovalaire les extrémités d’une flèche.

De plus, d’après M. de Villeneuve (i), en général l’envergure d’un oiseau doit dépasser sa taille d’environ un tiers ; nous avons trouvé en effet que l’oiseau analysé le 14 mars 1875 avait pour plus grande taille 1“ 21 5 et pour, envergure 1“ 76.

Par sa forme et ses dimensions le héron s’est encore trouvé favorablement constitué pour le haut vol aussi bien que pour la marche dans le marais. Ayant la forme ovalaire des corps qui en pénètrent d’autres, il divise d’autant plus facilement les herbages qui se trouvent sur son passage. Au vol les

(1) Lettre reproduite page 72 de mon ouvrage sur Les oiseaux dans les harmonies de la nature.

annexes déployées delà masse ont horizontalement comme elles et même plus qu’elles des formes anguleuses.

Si nous examinons la forme et les dimensions des ailes nous aurons encore à tirer des conclusions du même genre.

Ce qu’il y a de caractéristique dans l’appareil des ailes, c’est la longueur et la surface qui indiquent la puissance du vol, les largeurs et l’angle de la pointe qui font voir si l’action se produit principalement ou par le mode de la rame ou par celui de la voile.

Or, nous avons trouvé au héron décrit page 10 :

pour longueur dhme aile 0“,85

pour envergure 1 76

pour surface plane d’une aile 0“, 1994 cent,, 9

pour surface plane des deux ailes. . 0“,3989 cent., 8 pour largeur d’une aile à la base 0“,27

— àla l''®articulation 0 265

— à la 2° — 0 285

— à la naissance des

grandes plumes. 0 255

Ainsi qu’il est mentionné, les quatre principales largeurs se rapprochent sensiblement. La pointe elle-même est assez élargie, en cela elle diffère beaucoup de celle des hirondelles, des sternes, des goélands, des faucons et des canards, qui est trèsaiguë, elle se rapproche plus de celle delà chouette et elle a beaucoup d’analogie avec celle de l’aigle Jean-le-Blanc.

Si à l’extrémité du croupion et parallèlement aux ailes on tire une ligne droite sur la silhouette du héron, on voit que les premières remiges et leurs

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recouvrements sur une longueur de 1“40 dépassent le croupion, qu’à la plus grande largeur de l’aile, elles le dépassent de 10 centimètres, et par cela même elles atteignent le milieu et plus de la queue qui a en longueur 0“ 175. Il en résulte que les ailes s’unissent à la queue pour former une immense voile au moyen de laquelle le héron met à profit les forces du vent et de Tair comprimé.

Cela le dispense de multiplier ses battements d’ailes. Aussi pendant le même laps de temps, il en produit deux fois moins que le canard sauvage, bien que ce dernier décrive le plus souvent à chaque battement des angles de 90 degrés.

Si donc le héron n’a pas dans les airs la souplesse du gobe-mouche et l’impétuosité du faucon, il vole très-longtemps sans s’arrêter et très-vite, il s’élève fort haut et il plane dans l’espace.

Il peut même porter un fardeau d’un certain poids ; son œsophage, avons-nous dit, cube intérieurement, quand il est complètement rempli, 500 centimètres ; cette poche peut donc contenir de350à430 grammes de chair, un rat d’eau de 195 et même de 250 grammes y prend facilement place, le héron porte également dans son bec une couleuvre pesant de 280 à 300 grammes ; alors et comme ce poids le ferait culbuter en avant^ il porte sa tête en arrière vers le centre de gravité du corps.

Est-ce à dire pour cela que le héron ne tue pas de poissons dont le poids soit supérieur à ceux que nous venons de citer ? Non ; d’un seul coup de bec il assomme un brochet d’un poids plus élevé. Alors il le découpe et le mange sur place, et s’il est surpris ou effrayé, il fuit en l’abandonnant.

Au moins a-t-il le vol assez puissant pour transporter de loin un fardeau assez lourd, multiplier ses voyages et ainsi pourvoir à la nourriture de ses petits. Il l’a assez rapide pour disparaître immédiatement de notre horizon.

Le héron, dit Butfon, n’élude Tattaque de l’aigle et du faucon qu’en s’élevant au haut des airs et s’efforçant de gagner le dessus ; on le voit se perdre avec eux dans la région des nuages.

Altam supra volât ardea nubem^ a dit Virgile.

Ses appareils du vol comparés à ceux de quelques autres oiseaux font encore ressortir la puissance de son vol, et pour cette raison j’extrais de mes analyses le tableau suivant :

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