‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 70 sur 72 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

A Flessingue, nous sommes arrivés au terme de notre voyage. A Flessingue, pointe occidentale et méridionale de la Zélande, nous pourrions tracer, comme jadis Hercule au fût de ses fabuleuses colonnes, le traditionnel : Non plus ultra.

Il ne nous reste plus qu'à profiter de la sortie d'un pilote, pour aller prendre passage sur un de ces majestueux steamers au pavillon multicolore, qui se dirigent du côté d'Anvers.

Il ne nous reste plus qu'à remonter l'Escaut occidental, le grand fleuve blond et houleux qui coule à pleins bords entre deux rives éternellement planes.

Mais avant de nous éloigner donnons un dernier coup d'oeil à cette terre fertile, généreuse et bonne \ accordons encore un regard à cette population honnête, hospitalière, laborieuse, à laquelle nous allons dire un long adieu.

Bientôt, coupant les flots rapides et pressés, le bâtiment qui nous porte doublera la pointe de Terneuse. Il passera orgueilleux et fier devant les forts de Bath, de Lillo, de Saint Philippe, de la Croix, de Sainte-Marie, qui des deux côtés de la frontière surveillent le cours du Hont.

A ce moment, nous aurons quitté la Zélande, nous aurons quitté la Hollande et les Hollandais. Puisqu'il est temps encore, condcn-

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sons en quelques lignes les impressions que laisse en nous cette sympathique contrée, que nous abandonnons peut-être pour toujours.

Comme nous nous l'étions promis aux premières pages de ce livre, nous avons accompli notre long voyage, le plus complet qu'on ait jamais fait, sans trouble et sans secousse.

Nous avons procédé par gradations et non par contrastes. Avant de constater les effets, nous avons cherché à deviner les causes; étudiant les monuments, les coutumes, les usages, nous avons retrouvé la place énorme que tiennent, dans l'histoire d'un peuple, les caractères de sa race et les traditions qui restent de son passé, et cette recherche, cette étude ont été pour nous comme un trait de lumière, qui a éclairé notre route.

Nous avons relevé, tout le long du chemin, des traces surprenantes d'une puissance hors de proportion avec l'étendue du territoire et le nombre de ses habitants. Nous avons reconnu, partout autour de nous, les marques d'une prospérité, d'une richesse admirables, étonnantes surtout en une contrée sans cesse menacée de destruction. Nous avons vu sur cette terre, où. tout semble condamné à une existence précaire, éphémère, incertaine, la ténacité des caractères s'affirmer par la persévérance des traditions.

Et cette ténacité, cette persévérance, jointes à un calme que rien n'émeut, à une placidité que rien ne trouble, à une réflexion que rien ne précipite, nous ont à leur tour expliqué cette puissance, cette influence, cette richesse, dont nous avions été frappés tout d'abord.

"Ainsi tout se tient en ce monde, et tout s'enchaîne. Chaque cause produit son effet comme chaque plante produit ses fleurs. « Du gland semé en terre sortira un arbre dont les traits essentiels peuvent être décrits à l'avance », a dit M. Renan. Nous avons constaté une fois de plus que c'est d'un travail incessant, d'un labeur opiniâtre, joint à une constance inflexible, que naissent la prospérité des peuples et leur grandeur.

Conclusion.

Aujourd'hui, si la prospérité de la Hollande persiste, sa grandeur semble s'être assoupie, et c'était là un fait en quelque sorte inéluctable. En un siècle où le moindre champ de bataille voit aux prises un demi-million d'hommes, la voix des petits États se trouve singulièrement atténuée par les effroyables clameurs de ces gigantesques cohortes.

Mais ces temps tumultueux ne dureront pas toujours. Le glaive ne triomphera pas éternellement de la raison, ni la force du droit. Un Jour viendra oîi la sagesse reprendra son empire, une heure sonnera oij l'on n'écoutera pas le plus fort, mais le meilleur conseiller.

Ce jour-là, qui n'est pas loin, nous montrera la Néerlande redevenue puissante comme jadis, et influente comme à l'époque oiî ses hommes d'Etat nouaient et dénouaient les destinées de l'Europe.

Et cette influence, cette puissance, elle les devra à ces précieux exemples qu'elle n'a cessé de prodiguer au monde qui l'entoure, à son esprit honnête et sérieux, à sa constance inébranlable, à sa probité traditionnelle, à l'ordre, à l'économie dont elle n'a jamais manqué de faire preuve.

Elle les devra surtout à ce besoin d'indépendance, qui lui a si souvent mis les armes à la main, à cet amour inébranlable de la liberté, qui a toujours été sa passion la plus féconde et la plus chère.

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