‹ La houille blancheChapitre 5 sur 55 · EAUX COURANTES SOURCE D ENERGIE · texte numérisé non relu

EAUX COURANTES SOURCE D ENERGIE

augmente et, avec elle, la masse des neiges et des glaces, plus la période des hautes eaux est longue. Les rivières qui n'ont qu'une seule montée prolongée jusqu'en septembre et un seul minimum, celui de l'hiver (Aar, Lutschine, Arve), sont l'exception. Mais, dans le cas beaucoup plus général de deux montées des eaux et de deux étiages, l'étiage d'été est toujours plus relevé que celui de l'hiver. C'est comme la marque distinctive des rivières du type alpin. Toutes ont leurs hautes eaux en saison chaude.

Il n'en est pas tout à fait de même des cours d'eau des montagnes moyennes (que quelques techniciens désignent du nom de cours d'eau du type jurassien). Ces rivières, descendues du Massif Central, du Jura, des Vosges, des monts Cantabriques, des Carpathes, sont généralement bien alimentées par les neiges hivernales et par les pluies. Mais elles se distinguent des autres par deux traits : d'abord la période des eaux printanières est plus courte et plus tôt finie. D'autre part, l'étiage d'été est plus creusé que celui de l'hiver. C'est l'effet de l'absence de glaciers, du moindre enneigement, de la prédominance des pluies sur les neiges en hiver. Les rivières venues des montagnes moyennes tendent donc à avoir leurs hautes eaux en saison froide.

Ces caractères sont particulièrement marqués dans le domaine méditerranéen, où les hivers sont pluvieux et peu enneigés, les étés secs, l'évaporation très active et aggravée par les irrigations et les cultures. Dans ce domaine, en Grèce, dans l'Apennin, en Algérie, en Provence, une grande partie de l'Espagne, les cours d'eau n'ont, pour ainsi dire, que des débits d'hiver.

2® Les régions tropicales^ de même que les pays méditerranéens, connaissent, avec les longues sécheresses, les débits inégaux. Mais les hautes eaux, qui se produisent avec les pluies d'été, se maintiennent, dans

beaucoup de fleuves, assez longtemps pour qu'on puisse les utiliser chaque année pendant plusieurs mois. Quelques régions semblent même appelées à un assez bel avenir. Tels sont le domaine du Zambèze et surtout les pays à mousson : versant occidental des Ghàtes dans le voisinage de Bombay; revers orientaux des plateaux africains et de Madagascar. Le rebord et l'intérieur du plateau brésilien se trouvent dans une situation analogue (Parana, San-Francisco) . Mais les cours d*eau les mieux doués sont naturellement ceux qui rassemblent les crues des deux hémisphères. C'est le cas, non de l'Amazone dont la pente est trop faible, mais du Congo. Pluies surabondantes, régularité des débits assurée par l'alternance des précipitations de part et d'autre de l'Equateur, par des lacs nombreux et profonds, concentration des eaux à l'intérieur d'un vaste bassin surélevé, coupé de gradins et de failles, tout contribue à faire du grand fleuve africain un des plus extraordinaires pourvoyeurs de force qui soient.

3° Restent les régions froides de notre hémisphère, hautes surfaces et abords des « boucliers » Scandinave et canadien. Placées aux limites des régions septentrionales, celles-là condensent les vapeurs que leur apportent en abondance les vents soufflant des zones plus méridionales. D'autre part l'évaporation y est plus réduite. Aussi mal renseignés que nous soyons encore sur ce phénomène de l'évaporation, nous pouvons être certains qu'elle laisse à la circulation terrestre plus d'eau qu'elle ne lui en enlève. Il est probable que le coefficient de ruissellement dépasse dans l'ensemble de ce domaine 50 pour 100. Les rivières canadiennes et Scandinaves bénéficient donc d'une très^ riche alimentation.

Les conditions de l'écoulement n'y sont pas moins favorables. Ces vastes territoires du Nord bénéficient de trois avantages : concentration des eaux sur de hautes

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surfaces tabulaires d'où elles se jettent en masses abondantes par un nombre limité de déversoirs; fréquence des obstacles sur des territoires de roches dures longtemps occupés par les glaces ; régularité du régime des eaux assurée par d'innombrables cuvettes lacustres creusées sur le sol par ces marnes glaciers. II n'est pas de fleuves au monde qui soient, à la fois, aussi faciles à aménager et à ré^ilariser que les fleuves du Canada et de la Norvège. C'est par excellence le domaine de la houille blanche.

La mise en valent de l'énergie hydraulique. — Il est évident qu'aux aptitudes physiques de chaque domaine hydraulique doivent s'ajouter, pour qu'il soit mis en valeur, certaines conditions d'ordre économique : il lui faut des matières premières à transformer, des voies de communication faciles pour assurer le transport du matériel encombrant des usines et celui des produits fabriqués. 11 lui faut une clientèle, un marché. Il est vrai que ce marché peut être assez éloigné parce aue l'énergie produite se transporte aisément et à t de frais. Mais le terme de transport des forces à ne doit pas nous tromper. Dans la pratique, la < est limitée par des raisons d'ordre technique (t lions de courant, coût des installations, obstac mer). Et d'ailleurs l'utilisation sur place du électrique sera toujours plus rémunératrice qu< sation â dislance. Et ainsi, les industries suscité* houille blanche s'installeront le plus souvent lieux même de production de l'énergie ou à pi de ces lieux.

11 est donc essentiel de distinguer entre les res hydrauliques d'une région et l'utilisation qui faite. Entre elles l'écart peut être considérable. que soient leurs aptitudes, les immenses soliti custres des plateaux canadiens, l'énorme dom

Congo sont à peu près inexploités et le seront longtemps encore. A l'heure actuelle les seules régions du monde où Ton utilise réellement la force produite par les eaux courantes sont : 1° les pays de vieille activité industrielle où l'installation des usines s'est trouvée facilitée par un outillage déjà établi et où la demande d'énergie est considérable, ceux, surtout, qui manquent de charbon. C'est le cas des Alpes françaises, italiennes et suisses. C^est aussi le cas de plusieurs régions américaines; 2° les pays où des aptitudes exceptionnelles (lacs, abondance des eaux, hauteur des chutes, bon marché des exploitations, facilité des transports par mer ou par les fleuves) ont permis d'abaisser le prix de revient du courant, assuré de gros profits, attiré les capitaux et la main-d'œuvre et transformé des solitudes en régions industrielles. La Norvège est le type le plus frappant de ce genre d'exploitation. En dehors de ces domaines privilégiés, l'utilisation de la force mécanique des eaux courantes est à peine ébauchée. Ce ne sont encore que des réserves pour l'avenir.

Mais l'écart entre les ressources disponibles et les ressources utilisées diminue tous les jours. De toute part, on cherche à mettre en valeur les eaux courantes et les chutes. Déjà, avant la guerre, l'effort se généralisait. La guerre lui a donné l'impulsion décisive. En décuplant les besoins de l'industrie, en accroissant le prix du charbon et celui de la main-d'œuvre dans des proportions inattendues, en simplifiant la législation, elle a rendu indispensable et prochaine l'utilisation de cet immense trésor de forces vives qu'est la houille blanche.

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