ON CH: PITRE PERDU, HORMIS UNE CONFIDENCE EN PERSPECTIVR
Seize ans; une taille élancée: des épaules riches en promesses ; une main blanche, potelée, des ongles lustrés comme l'opale; ur pied meuu, cambré; pour couronne aux épaules, sur un col flexible, une tête intelligente et mutine, railleuse et naïve, spirituelle et chaste, telle est Emma Mougenot. Supposez-lui des cheveux blouds cendrés, des prunelles si luisantes qu’on ne sait si elles sont noires ou châtaines ; un nez finement retroussé; des lèvres minces, bien arquées : les trente-deux perles de rigueur; une fossetle au menton; la peau plus fraîche que la corolle d'une rose nouvellement épanouie; des grâces inexprimables.….. et que votre merveilleuse imagination fasse le reste.
Après tout, un écrivain n’est pas un daguerréotypiste !
Emma n'avait point encore allumé le flambeau de l'hyménée—ce qui ne veut pas dire qu’elle n'avait point encore allumé celui de l'a mour, — La métaphore ue nuus appartient pas; daignez ne pas nous l’attribuer.
La toilette d'Emma était d’une simplicité pleine de coquetterie, Voilà une alliance de mots bien extravagante, s’écriera le lec-
PR
teur; on la dirait empruntée à la littéraiure du temps où les rois épousaient des bergères. Voilà une phrase toute naturelle, pensera la lectrice, en sautant au paragraphe suivant.
Et le paragraphe suivant, apprendra à la lectrice et au lecteur qu'Emma portait :
Une capote de gros de Naples bleu ;
Une pélerine de vison sur laquelle se rabattait un col à dents de loup;
Une robe de mérinos marron;
Des bottines de casimir noir, sous de vulgaires caoutchoucs ;
Des gants de peau olive, fourrés;
Et le lecteur, s’il a parcouru cette énumération, hochera la tête en disant :
— L'auteur est un âne.
L'auteur saluera respectueusement le lecteur et écoutera la lectrice qui chuchotera :
— Quelle forme avait ce chapeau de gros de Naples bleu ? Comment cette pèlerine de vison, sur laquelle s’abattait un col à deuts de loup, était-elle taillée? Le col à dents de loup était-il en den telle ou en tulle? était-il brodé ou non? quels dessins? Cette robe de mérinos marron sortait-elle de ateliers de Mme À. ou de Mme B.? était-elle à la mode française ou anglaise, unie ou brochée? Ces bottines de casimir noir sous de vulgaires caoutchoucs, d’où cela venait-il? Ces gants de peau olive fourrés, quel numéro portaientils ?
La lectrice réfléchira une heure, un jour, plusieurs jours, et nous répondrons à la lectrice : Cette toilette entière, madame, était élégante, comme celle qu'affectionne votre bon goût, et la lectrice nous coniprendra.
La morale de ceci, demandez-la aux dames, messieurs.
— Quel trésor de platitudes! Lougonnera encore le lecteur, :piès un coup d'œil dédaigneux à ces réflexions que nous croyons si sages et qui nous ont coûté tant de peine à exprimer
— Où veut il en venir! songera la lectrice, après un coup d'œil anxieux pour s'assurer qu'elle est bien seule dans sa chambre, avec notre livre pour mobile et dépositaire de ses impressions.
A l'entretien qu'eut Emma Mowgenot, fille nubile, avec son frère Alphonse Mougeuot, littérateur céhhataire, répliquerons-nous,
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Or, admettons la non-existence du chapitre VII, et nous aurons la réponsé à la dernière question du chapitre VI.
— Tu me comprendras plus tard dit Alphonse, en souriant, pour le moment, causons de toi. É — Eh bien! dit Emma, tu sauras, mon bon petit frère, que j'ai
une grande, grande, oh! mais une grande confidence à te faire! !
— Une grande confidence! Mon livre aurait-il fait sensation?
— Il s’agit bien de ton livre ! reprit la jeune fille avec une moue ravissante.
— Hein!
— Bon, ne vas-tu pas te fâcher! oh ! le méchant; fil que c’est laid, monsieur, de rouler les yeux comme un possédé !
— Je suis un sot, tu as raison, Emma. Allons, permets-moi de t’'embrasser, et fais-moi ta grande, grande confidence!
La délicieuse enfant ne se fit pas prier. Se levant sur la pointe des pieds, tandis que son frère se penchait et la soulevait dans ses bras, elle reçut sur les joues deux vigoureux baisers qui retentirent bruyamment et laissèrent à la place où s’étaient imprimées les lèvres d’Alphonse deux marques rouges comme le henné.
— La paix est-elle conclue, mademoiselle guêpe? dit-il ensuite.
— Conclue, ratifiée et scellée, s’écria la jeune fille, en rendant à son frère les deux baisers.
— Bravo! débarrasse-toi de ton attirail et asseyons-nous.
— Nous asseoir! dit Emma cherchant du regard un siége.
— Certainement. On devise mal debout, petite sœur. Nous avons tant de choses à nous communiquer. Six mois que nous ne nous sommes vus, Sais-tu bient et dans ces six mois comme tu as grandi...
— Vraiment]
— Embelli, voulais. 8 die.
— Alphonse, tr dois être uu pauvre écrivain,
— Vous dites, Emma?
— Je dis que tu dois être un pauvre écrivain!
— Encore une querelle!
— Non, non, dit la jeune fille achevant de déposer son chapeau et sa pèlerine sur la peau de bufe qui constituait le lit d'Alphonse,
— Mais sais-tu bien que tu m'insultes, Emma?
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— Quel ton tragique! Est-ce qu’on joue à présent la comédie, à Québec?
— Nous n’avons point d'acteurs,
— Je ne l'aurais pas cru.
L'étudiant littérateur plissa son front comme un homme qui se croit trop supérieur pour imaginer qu’on ose se moquer de lui, et surtout qui a peur qu’on ne s’en moque.
— Mais, dit Emma, où veux-tu que je m’asseye?
Cette question, comme la goutte d’eau froide dans un vase en ébullition, eut un effet phénoménal.
— T'asseoir ! c'est vrai... Rien n'est plus facile, ajouta-t-il au bout d’un instant,
— Facile! répéta Emma, cherchant toujours un siége convenable,
— Parbleu! sans aoute; je t'accorde la permission d'user de mon fauteuil. C’est le moins que je puisse faire pour ma sœur?
Cette fois, la jeune fille craignit que le cerveau d’Alphonse ne fût tout à fait détraqué. Et le regard moitié craintif, moitié douloureux qu’elle lui adressa, traduisit ses appréhensions.
Mais l'auteur de Virginie ne la voyait pas. 11 s'était retourné + bravement transporté à son sanctum sanctorum où se trouvait le fameux trône littéraire que nous avons eu le bonheur de crayonner en peignant sa chambre.
Il l'approcha presque solennellement.
— Voici, dit-il, Prends place!
Jamais Ligier ne prononça avec plus ‘de gravité le vers de Coracille :
« Prends un siége, Cinna...., »
— £t toi? demandèrent les yeux de la jeune fille. — Moi! répliqua Alphonse, saisissant au vol cette interrogation tte, ne sois pas en peine!
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