AVANT-PROPOS. XXVII
souci de la vérité, de la mesure, — se double, se triple de la pensée qu'il berne à la fois classiques et romantiques, et qu'il frappe, discrètement, des auteurs qu'il n'aime pas : les uns vont s'indigner, les autres triompher. Bien rares seront ceux qui comprendront. En sera-t-il beaucoup? Stendhal peut-être...
Pour que la mystification fût complète, il fallait adopter le ton le plus sérieux. L'auteur n'y manque pas. Comme il citait Froissart en tête de la Jaquerie, Mérimée, pour authentiquer sa pièce, cite ses références : Ustariz, et, pour confirmer l'anecdote contée par le prétendu chroniqueur espagnol, l'histoire de Béatrice Cenci que venaient de reprendre Byron et Shelley'. Douterat-on de la véracité du drame devant de tels garants? Tant pis pour le journaliste ou le lecteur naïf qui se laissera prendre à cet étalage d'érudition! Mérimée multiplie les rapprochements avec le théâtre espagnol : la Comcdia Entretinada de Cervantes, El Antecristo d'Alarcon , avec un poème d'Ercilla, V Araucaria ; il évoque la sanglante silhouette du frère Ambrosio, du Moine, qu'il n'était pas permis, en 1829, de ne pas connaître. Il s'inspire de ces modèles, la chose est sûre, il leur emprunte les thèmes les plus épouvantables, — il n'a pas voulu les copier, du moins sérieusement. Mais le public pouvait s'y tromper et, retrouvant dans la pièce qui lui était offerte ce qu'il avait lu ailleurs, admettre la vraisemblance de cette dernière, puis, suivant le cas, s'indigner ou s'extasier à loisir. Cet air trompeur de vérité justifiera toutes les audaces de l'auteur, tous les cris d'admiration ou d'hor-