‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 34 sur 127 · BRIGANDS · texte numérisé non relu

BRIGANDS

Noël ! Noël 4 !

LE LOUP-GAROU

Allons boire au nouveau frère. — Silence, quelqu'un marche dans les feuilles sèches. Que personne ne bouge : mon chien remue la queue; c'est un ami.

LE L1EUTENA?<T.

C'est Wilfrid qui revient.

LE LOUP-GAROU

Quelles nouvelles de la plaine?

WILFRID

Ni bonnes ni mauvaises. Je viens de la Saullaie; le capitaine Siward s'y préparait à une expédition. Après toi, c'est le plus grand routier^ du pays*^.

LE LOUP-GAROU

As-tu vu quels hommes étaient avec lui?

W^ILFRID.

Il a renforcé sa compagnie d'aventure. J'ai compté cinquante^armures de fer ^ et quatre-vingts archers. J'ai causé avec eux au cabaret, déguisé en tailleur de tourbe. Il y a parmi eux de grands coquins tout nouvellement arrivés d'Angleterre, ne sachant pas un mot de français; mais forts, bien bâtis, toujours altérés, désirant beaucoup s'enrichir en ce pays, comme ont fait avant eux leurs camarades.

LE LOUP-GAROU

C'est sans doute Apremont qu'ils veulent cnunir '. Qu'en penses-tu, lieutenant?

LE LIEUTENANT

Je pense comme toi. C'est demain la Saint-Leufroy, tous les serfs à cause de la fête se gorgeront de bierre et de vin, et quand ils en seront soûls comme

des cochons de glands, le capitaine Siward en aura bon marché.

WILFRID

Cet Anglais en veut à Gilbert, et je sais que ses archers convoitent fort ses belles vaches.

LE LOUP-GAROU

Par les cornes du diable, ses vaches sont belles, et ce serait péché de les laisser prendre par ces voleurs anglais. Mettons-nous de la partie, ventre Saint-Quenet! C'est en eau trouble qu'on attrappe

isson :

du po

LE LIEUTENANT

Parbleu le capitaine a raison. Pendant que les Anglais et les chiens d'Apremont joueront des couteaux, nous pourrons, nous, l'aire un bon butin"^.

WILFRID

Ah! si nous pouvions enlever quelque gros moine de l'abbaye de Saint-Leufroy, nous en tirerions une fameuse rançon, en envoyant aux autres seulement une oreille du prisonnier.

LE LOUP-GAROU

Nous prendrons ce que saint Nicolas^ nous enverra. Laisse-moi faire, tu verras si je m'y épargne. — Enfans, hier nous avons campé dans cette ravine, et vous savez nos usages. Nous coucherons cette nuit dans la grande caverne auprès du torrent. Là nous pourrons rire et boire à notre aise sans crainte d'être surpris par les gardes. Allons, partons! En

avant les éclaireurs ! emportez les chaudrons el le gibier, vite, vite.

(Tous les brigands se chargent de leurs différens uslensiles el se mettent en marche. Restent le loup-garou, wilfrid el le liebtenant.)

WILFRID

Un mot. Loup-garoii.

LE LOUP-GAROU

Que me veux-tu?

WILFRID

Je ne t ai pas dil toutes les nouvelles que je sais. J'attendais qu'ils fussent partis.

Parle.

LE LIEUÏENAJNT.

Il est arrivé quelque malheur?

WILFRID

Girart le charron a été découvert. Les gendarmes d'Apremont sont à ses trousses.

LE LIEUTENANT

Notre espion? tant pis ! Où s'est-il réfugié?

WILFRID

A l'abbaye de Saint-Leufroy.

LE LOUP-GAROU

L'imbécille ! au lieu de venir à la forêt.

LE LIEUTENANT

Les moines le livreront, ou Gilbert ne respectera pas la franchise^. Girart est un homme mort. Il sera pendu. Qu'en dis-tu, Loup-garou?

LE LOUP-GAROU

C'est une mort comme une autre.

LE LIEUTENANT

Il faudra garder quelque chose sur la première prise que nous ferons afin de faire dire une messe pour le repos de son âme.

LE LOUP-GAROU, après un moment de silence.

Je lui dirai une messe de sang, moi. Je serai le prêtre et voici l'instrument avec lequel j'officierai.

(Il montre sa masse d'armes.) SuS, à la CaVCme. J'ai le gOsicr

aussi brillant que l'était ma forge autrefois. Allons

boire un coup. ,„ sort en chantant.)

WILFRID

Mauvaise nouvelle, lieutenant.

LE LIEUTENANT

Il ne faut pas s'attrister. Aujourd'hui l'un, demain l'autre. Allons souper. (ils sortent.)

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