‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 48 sur 127 · JACQUES PRISONNIERS ET HOMMES D'ARMES · texte numérisé non relu

JACQUES PRISONNIERS ET HOMMES D'ARMES

Miniature d'uD manuscrit des Grandes Chroniques de France, à la Bibliothèque nationale

F. JEAN

Tu appelles cela un malheur? tu ne serviras plus.

PIERRE

Pendant long-temps j'ai cru que je pourrais être heureux dans ce manoir.

F. JEAN

Qu'as-tu fait?

PIERRE

Maudite soit la science que je liens de vous! Je m'en suis enorgueilli : j'ai oublié que je n'étais qu'un misérable, qu'un chien. — J'ai parlé d'amoui- à la damoiselle qui habite là.

F. JEAN

Sainte Vierge! trahison au premier chel!

PIERRE

Je suis chassé, et demain je dois être hors des limites de la baronie.

F. JEAN

Et cette lourde bête qui se fait appelei- le baron de Moutreuil doit épouser la dame.

Oh! ne me dites pas cela!

F. JEAN

Ne le sais-tu pas?

PIERRE

Oui, je le sais; mais quand je l'entends dire, il me prend envie de mettre le feu à ce château.

La Jaqiwrie. 8

F. JEAN

Cela vaudrait mieux que de s'en aller piteusement comme un coquin.

PIERRE, après un silence.

Pourquoi penser à ces rêves-là!

F. JEAN

Qui te dit que ce sont des rêves?

PIERRE

Les vilains ont des cœurs de boue, et ils n'oseraient jamais lever la tête pour demander compte à leurs maîtres des cruels traitemens qu'ils endurent.

F. JEAN

On m'a dit cependant que quelques hommes couraoeux s'étaient enfin avisés qu'ils pouvaient par la force se débarrasser de leurs maîtres, et que déjà ils travaillaient dans ce but*.

Que dites-vous?

F. JEAN

Si tous les serfs de la baronie prenaient les armes; si ce château était en feu; si Montreuil avait la tête cassée; si tu tenais dans tes bras madame Isabelle, crois-tu qu'elle pourrait te dire alors • « Retire-toi, vilain ! »

PIERRE

Vous faites bouillonner mon sansr.

F. JEAN

Ces nobles sont venus dans cette terre* avec le roi Francus^-*; ils ont vaincu nos pères avec leurs chevaux bardés et leurs armures de fer forgé^*^; ils nous ont faits esclaves... Mais, si nous reprenions les armes, si nous les attaquions à notre tour, crois-tu que nous ne pourrions pas montrer que notre vieux sang gaulois est aussi bon que le leur.

PIERRE

Oui, par saint Georges! nous saurions le leur prouver!

F. JEAN

Eh bien! veux-tu te réunir à ceux qui tenteront cette noble entreprise?

PIERRE

Si je le veux ! Disposez de mon corps, de mon âme ! Mais sur quel fondement me dites-vous cela^

Ce que je dis pourra bien arriver; el peut-être que damoiselle Isabelle d'Apremont deviendra la femme de Pierre Lambron.

PIERRE

Oh! de par saint Lcufioy! dites-moi comment cela peut arriver?

F. JEAN

Viens avec moi jusqu'à l'abbaye, l'endroit n'est pas sûr. En chemin j'aurai bien des choses à l'apprendre. ,11s sortent.)

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