LE PROCUREUR
si monseioneiir le veut, il le peut certainement, mais cet homme a dit tout ce (|u il était nécessaire de savoir.
D'APREMOrsT.
A la bonne heure.
CONRAD
Comment, papa, est-ce qu'on ne le mettra pas à la question.' on m avait dit ([u on lui donnerait l'estrapade.
d'apremont.
Tais-toi, petit vaurien. Va tirer de l'arc dans la cour, au lieu de passer ton tems assis sur une chaise, ici où tu n'as que faire. — Eh bien! maître Hugues, comment ferons-nous mourir ce coquin.^
le procureur.
Monseigneur, en de tels cas la coutume veut que le coupable soit pendu, après avoir eu le poing et la langue coupés.
DE MONTREUIL
On devrait le brûler vif.
CONRAD
Ah! oui, je n'ai jamais vu brûler vif.
LA lAQUERIE 137
LE PROCUREUli.
Cela n'est pas l'usage.
l'abbé.
(Comment le brûler vif? et que ferez-vons"^ donc à celui qui aura"^ tué un ecclésiastique?
d'apremont.
Mon cousin l'abbé a raison ; il soutient toujours les privilèges du clergé. — Maître Hugues, arrange la sentence à ta mode. Ce misérable a du cœur. Je ne puis me défendre de c[uelque pitié. D'ailleurs, je n'aime pas à faire souM'rir inutilement une créature de Dieu. Quand j'ai couru long-tems un brave sanglier qui s'est bien défendu, qui m'a éventré plus d'un chien, je tâche de lui plonger mon épieu dans le cœur pour l'abattre d'un seul coup. Cet homme a tué mon sénéchal; il sera pendu, mais je ne veux point qu'on le démembre avant de le faire mourir.
RENAUD
Monseigneur, je vous remercie humblement.
d'apremont.
Nous verrons si tu conserveras ton beau sani>-
froid quand tu monteras à l'échelle.
(Entre un écuyer tranchanl.'i
l'écuyer.
Monseigneur, le garde de messire Philippe dcBatefol vient d'apporter un beau cerf gras, que son maître vous envoie en présent. Madame Isabelle demande comment vous voulez qu'on l'accommode.
138 prosper mérimée
d'apremont.
Demande à ces messieurs.
SIWARD
Est-il gras?
l'écuyer.
Un pouce et demi de graisse sous la peau.
SIWARD
Le filet à la broche. Je ne connais pas de meilleur rôti quand la bête est grasse.
Vous avez raison, et il faut avec cela une sauce verte et force épices.
CONRAD
Je veux avoir le pied du cerf pour faire un manche de fouet.
d'apremont.
Tu ne le mérites pas, car tu sais à peine te tenir à cheval.
CONRAD
Ce n'est pas pour monter à cheval, c'est pour fouetter les chiens.
d'apremont.
Allons, finissons-en, qu'on emmène l'homme. Je mettrai mon sceau au jugement quand le clerc l'aura écrit.
RENAUD
Monseigneur, faites-moi lagràccde m'accorderun confesseur.
LA .lAQUERIE 139
d'apremont.
Un f<)nfcsseur?Et qu'en feras-tu, damne brigand? Espères-tu* te réconcilier avec le ciel.'
l'abbé.
Beau cousin, à tout péché miséricorde. Cet homme conserve encore quelque respect pour les gens d'église, on ne peut lui refuser un confesseur.
d'apremoixt.
Une heure avant d'avoir affaire à maître Claude le coupe-tête, on t'enverra l'aumônier du château.
J'aimerais mieux le révérend père Jean, si vous l'aviez pour agréable.
d'apremont.
Je remarque que tous les vauriens de ce pays connaissent le père Jean et se confessent à lui.
l'abbé.
Hélas! il faut le dire, le père Jean n'est pas un sujet d'édification pour la communauté.
d'apremont.
C'estdans un de ses diables de sermons*, qu'il aura soufflé à ce vilain l'idée dlaboli(}ue de tuer mon sénéchal.
RENAUD
Je n'ai pris conseil que de moi-même.
d'apremont.
Sire abbé, si j'étais à votre place, je surveillerais
de près la oonduite de ce moine. Il est toujours fourré parmi les vilains, et je doute fort qu'il les instruise dans l'obéissance féodale. (A Renaud. i Pour toi, tu auras le frater du château, trop heureux qu'on prenne quelque souci d'une àme comme la tienne. — Quel jour se tient le marché?