‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 69 sur 127 · VOIX DEHORS · texte numérisé non relu

VOIX DEHORS

Ouvrez, je suis Sulpice.

F. IGNACE

Ouvrez vite. (A V. Sulpice qui entre tout effaré.) Elî bien?qu'y

a-t-il?

F. SULPICE

Ah, mes amis ! . . .

F. IGNACE

Parlez bas !

F. SULPICE, aux vilains.

Tout va bien! tout va bien! mes amis. Le sire d'Apremont les a défaits.

LES VILAINS

Vivent saint Leufroy et nos nobles seigneurs!

(F. Sulpice s'approche de l'abbé, tous les moines l'entourent. Les vilains restent dans le fond.)

F. SULPICE

Tout est perdu. Les paysans sont révoltés, Messire d'Apreniont est tué, m'a-t-on dit. Tout le Beauvoisis est en armes contre la noblesse.

F. GODERAN.

Alors, ils ne nous en veulent pas à nous autres.

F. IGNACE

Dieu le veuille !

F. SULPICE

Mais rc o'ai est plus horrible, ce qui est à peine crov^o'o, c'est que le frère Jean, le trésorier de cette -.cLaye, est, dit-on, à la tête des rebelles.

F. IGNACE et F. GODERAN.

Le frère Jean!

l'abbé.

L'impie! l'antéchrist ! 0 mon Dieu! lui livreras-tu tes brebis?

F. SULPICE, à F. Ignace.

Le voilà, votre protégé, Ignace! Qu'en dites-vous?

F. IGNACE

Je r'iis confondu !

F. GODERAN.

Et moi de même. Je ne le croyais pas capable d'un si grand crime.

178 frosper mérimée

l'abbé.

Eh bleu, mes chers frères*! ce que nous avons à faire, c'est de prendre au plus vite la châsse de monsieur saint Leufroy, avec ce que nous pourrons emporter d'argent comptant, et de nous sauver à Beauvais, sans regarder derrière nous, autrement ce Philistin va venir et nous égorgera tous.

F. GODERAN.

Oh! le danger n'est pas si pressant. Dieu merci.

F. SULPICE

•l'ai envoyé tout aussitôt un valet à messire En-

giierrand. Ainsi nous serons promptement secourus.

F. IGNACE

Nos murailles sont hautes.

l'abbé.

Ah, mes frères ! vous ne connaissez pas ce fils de Satan ! Cet impie, par la puissance de sa magie, renverserait nos muriiilles plus facilement qu'un chandelier de bois. Sauvons-nous! sauvons-nous!

F. IGNACE

Parlez plus bas, sire abbé, les vilains peuvent nous entendre.

L ABBÉ, prenant un des bâtons qui servent à porter la châsse.

Allons, vite! qui m'aide à emporter* ces précieuses

reliques. ^Qd entend des cris confus.)

F. IGNACE

Ecoutez!

LA JAQIERIE 179

i.'abbé.

('o?isiiiiuna(ui)ï csi! I/impie est venu.

ill se jelte à g-enoux.l F. SULPICE.

On frappe ! Jésus Maria ! ,on frappe à g-rands coups.»

L ABBE, d'une voix aflaiblie.

Vade retio, Satanas!

F, IGNACE

Qui frappe si rudement à la porte de cette sainte abbaye?

LE LOUP-GAROU, en dehors.

Ouvrez, au nom du Diable! ouvrez, ou j'enfonce la porte !

l'abbé.

Mon Dieu! donnez-moi le courage de mourir martyr!

F. IGNACE

Si vous ne vous retirez sur-le-champ, nous allons vous accabler de pierres et de flèches.

LE LOUP-GAROU, en dehors.

Nous ne craignons pas plus vos flèches que vos excommunications ! ouvrez la porte, ou je vais l'enfoncer !

F. IGNACE, aux vilains.

Allons, mes amis, tirez par les meurtrières sur ces brigands.

LE LOUP-GAROU

Vassaux de ce couvent, nous venons vous délivrer

180 PROSPEP. MÉRIMÉE

du servage; aidez-nous, nous sommes vos frères! Je suis Chrétien Franque, je viens vous délivrer.

l'abbé.

Le Loup-garou! Jésus Maria!

TOUS

Le Loup-garou !

PREMIER VILAIN

Jamais je n'oserai tirer sur le Loup-garou.

(La plupart des vilains s'éloignent de la porte.) ' LE LOUP-GAROU.

Ah! VOUS allez voir ce que peut la masse du Loupgarou. ill frappe la porte à coups redoublés.) Apportez-Uioi cette

grande poutre. — Ici François, ici Petit-Jean. — Attention! frappez en mesure. Une, deux, trois. iLa

porte est frappée violemment et semble près de se briser.) Voilà CIUl va

bien! encore un bon horion! Une, deux, trois. (Une

planche de la porte est enfoncée.)

F. IGNACE, prenant une pique.

Il faut être brave aujourd'hui, autrement c'est fait

de nous. (A labbé et aux autres moines.) AlloUS, faites COUime

moi, au lieu de prier et de vous signer comme des femmes. (Au.\ viiains.i A moi, mes amis!

(La porte est enfoncée, le Loup-garou entre suivi de sa troupe; tous les moines et les vilains reculent à sa vue. Il arrache la pique des mains de frère Ignace, et le jette par terre en le frappant du bois.)

LE LOUP-GAROU

Laisse cette arme à des hommes, vieille tête pelée! Franchise aux vilains! Plus de servage! Allons, vilains, répétez ce cri : Franchise!

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