SCÈNE XXXV
Une plaine auprès de Meaux. — La bataille est engagée; on voit çà et là des morts et des blessés. — Le Loup-Garou, avec ses archers, escarmouche contre l'avant-garde opposée.
Lti LOUP -VjrAiiOU , faisant une marque sur sa masse.
Un de plus! j'espère finir aujourd'hui mon demicent. Allons, vous autres, entrez dans ces bruyères à droite, et poussez les archers du Roi. Ils ne tiendront pas plus ferme devant vous que les daims du
IjeaUVOlSlS. (Entre F. Jean à cheval avec quelques chefs.)
F. JEAN
Bien commencé, brave Loup. Du courage, aujourd'hui, et la puerre est terminée.
LE LOUP-GAROU
Je ne m'y épargnerai pas pour ma part, soyez-en sûr. Mais comment cela va-t-il de votre côté?
F. JEAN
Bien, je ne crains pas les gendarmes du captai. Mais les aventuriers sont à notre droite et s'apprêtent à les bien recevoir. Je vais voir comment on se comporte à la gauche. ,ii sort.)
l.A .IA(^UEIUE 299
LE LOUP-GAROU
Jean, mets une corde neuve à mon arc. — Holà! ménagez vos flèches là-bas. Vous tirez de trop loin. Avancez, avancez, jusqu'à ce que vous puissiez leur voir le blanc des yeux. — Bien, mes lurons, lancez! — Ah! ce gros arbalétrier, quelle culbute! — Où diable est fourré maître Brown? L'ennemi se replie sur son corps de réserve*, et les archers anglais nous seraient bien utiles maintenant. — Je m'en vais lui sonner un rappel, iii sonne du .or.) Je gage qu'il est à boire quelque part. Tant qu'il reste une bouteille pleine, il ne peut se mettre à autre chose*.
(Un cor répond à celui du Loup-garou, entre Brown.) BROWN.
Loup mon ami, veux-tu te faire Anglais?
LE LOUP-GAROU
Moi? à quoi bon?
BROWN
Vous êtes tous perdus. Ce soir vous serez tous en chair à pâté. 11 n'y a de salut pour toi qu'à le faire Anglais.
LE LOUP-GAROU
Tu me fais rire, l'ami, je suis de ceux qui mangent les pâtés : et il faudrait un fier cuisinier j)our me mettre en pâte.
BROWN
Vous êtes perdus tous tant que vous êtes. On vous trahit.
300 l'ROSPER MÉRIMÉE
LE LOUP-GAROU
Que veux-tu dire?
BROWN
Nous vous quittons. Cela s'est fait malgré moi : mais le captai de iUisch a été autrefois notre capitaine. — Je ne regrette que toi; — mais viens avec nous, fais-toi Anglais.
LE LOUP-GAROU
Au diable tes Anglais, mais explique-toi, mort de ma vie !
BROWN
Adieu, adieu! montre mon arc aux Anglais et disleur que tu le tiens du capitaine Brown. in son.)
LE LOUP-GAROU
Arrête, attends donc. Il court comme si le diable l'emportait! Allons prévenir le père Jean. Il n'y a rien de bien clair dans ce qu'il m'a dit, mais l'autre le devinera. Petit Jean, commande mes* gens, et escarmouche avec prudence. ,ii son.)