‹ La JaquerieChapitre 108 sur 139 · PAYSANS INSURGÉS · texte numérisé non relu

PAYSANS INSURGÉS

F. Jean est debout à l'écart, appuyé contre un arbre; les autres sont assis ou couchés par terre autour d'un feu et mangent avec avidité quelques provisions. — Quelques-uns sont blessés, et tous semblent accablés de fatigue.

LE LOUP-GAROU

Quarante-trois hommes! Perdre en un seul jour

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quarante-trois des plus braves archers qui jamais aient encoche llèclie! (^ue la peste étouffe les aventuriers qui nous ont trahis!...

SIMON

Que le diable étrangle le captai 1

MORAND, à basse voix.

Et le moine de Mahom qui nous a menés à la boucherie.

LE LOUP-GAROU

Toujours le même, vieux Morand. Tu te tais, et tu te caches quand les horions pleuvent. Mais on est sûr de te revoir et d'entendre tes croassemens auprès du feu de la cuisine. Ventre de bœuf! Renaiid est mort, c'était le seul brave d'entre vous.

MORAND

Toi qui parles, n'as-tu pas couru aussi vile que nous autres?

LE LOUP-GAROU

Morand, ne m'échauffe pas les oreilles, je ne suis pas en belle humeur, et il m'en coûterait moins de te casser la tête que d'avaler le reste de cette bouteille.

MORAND

Tu te fâches toujours pour rien.

LE LOUP-GAROU, se levant.

Eh bien! mes loups, fînirez-vous de manger! Jour de Dieu! on dirait, à les voir mâcher si lentement, qu'ils sont assis à une table de noce. Debout, co-

quins ! Nous avons encore une longue traite à faire avant de gagner nos bois.

SIMON, bas à .Morand.

Voilà notre vaillant champion qui se trouve encore trop près du captai.

F, JEAN, s'avançanl.

Nous allons lever le camp...

SIMON, bas.

11 appelle cela un camp.

F. JEAN

Franque, tu feras l'arrière-garde avec tes braves archers. Demain nous serons en sûreté derrière rOise, et nous pourrons recommencer la guerre.

MORAND, bas.

Tu n'en as donc pas assez?

LE LOUP-GAROU

Mes archers et moi, nous ferons notre retraite tout seuls.

F. JEAN

Que veux-tu dire? Obéis.

LE LOUP-GAROU

Père Jean, écoutez. Vous êtes devenu notre chef, le diable sait comment et pourquoi. Avant vous je m'étais fait libre. — Je vous ai aidé de tous mes efforts; moi et mes gens, nous avons fait rage pour vous : maintenant vous voilà retombés dans le bour-

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hier... Par la barbe de Mahom ! tirez-vous-en tout seul. Et adieu.

F. JEAN

Je m'étais trompé sur ton compte. Je t'ai cru un soldat, tu n'es qu'un voleur. Tu es âpre à la curée après la victoire; maintenant...

LE LOUP-GAROU

Maintenant. . . Si vous m'aviez laissé dans ma forêt, je serais maintenant à la tête d'une centaine de bons lurons libres comme l'air; au lieu qu'avec votre belle manière de faire la guerre, vous nous avez presque mis la corde au cou à tous tant que nous sommes. Or sus, adieu !

F. JEAN

Eh bien! Fuis, lâche que tu es. Je reste avec ces braves gens. Avec eux je saurai triompher de nos ennemis...

LE LOUP-GAROU

Je vous le souhaite, mon révérend.

F. JEAN

Mais sache que si tu reviens jamais à mon armée dans un tems plus heureux, je te ferai pendre comme un brigand, et...

(Le Loup-g'arou sonne du cor avec force, rassemble sa petite troupe et s'enTonce

dans la forèl.)

MORAND

Il a raison, le Loup-garou ; nous sommes bien dupes de rester avec ce maudit sorcier.

F. JEAN

Simon, et toi, Gaillon, rassemblez ce qui nous reste d'archers. Vous commanderez l'arrière-garde avec moi.

Bien obligé de votre arrière-garde ! Pour nous faire mettre en hachis? Quelque sot!...

SIMON

Père Jean... Père Jean...

MORAND, bas à Simon.

Est-ce que tu veux lui obéir?

F. JEAN, à Simon.

Tu hésites?

SIMON

Ma foi, l'armée est en déroute. Chacun pour soi. Les boiteux feront l'arrière-garde.

BARTHELEMY

Vous voulez donc toujours nous commander?

F. JEAN

Prétendriez-vous me désobéir? Parle, toi, Gaillon.

([1 le prend à la gorge.) GAILLON.

Moi... Non, non, père Jean... mais...

SIMON

C'est vous qui êtes cause de tout ce qui est arrivé.

GAILLON

Vous nous avez menés ici.

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Vous nous avez poussés à la révolte...

MORAND

Contre nos bons seicrneurs.

o F. JEAN, s'ar«DÇ«nt rers loi.

Que dis-tu, misérable? (Mor«nd recule tSnjé.)

SIMON

Nous nous sommes fiés à vous.

GAILLON

Vous nous avez fait tuer comme des moutons.

MORAND, aux paysans.

Si vous aviez du cœur, il ne serait plus notre capitaine.

SIMON

Vous n'êtes plus notre chef.

BARTHÉLÉMY

Vous nous avez trahis.

TOUS

Trahison! trahison'.

MORAND

C'est lui qui a fait assassiner le vénérable abbé d'Apremont.

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