F. JEAN, F. IGNACE
F. JEAN
Puisse le tonnerre tomber sur cette abbaye, et brûler tous les cafards qu'elle renferme!
F. IGNACE
D'abord, monsieur l'abbé était dans une colère épouvantable; il ne parlait de rien moins que de vous envoyer au cachot, les fers aux pieds '^'•.
F. JEAN
Qu'il s'en avise! Il verra s'il me reste encore c[uelque vigueur.
F. IGNACE
Là-dessus, nous nous sommes tous récriés, et frère Goderan a bien montré dans cette occasion combien il est votre ami; car il a parlé très-vertement à monsieur l'abbé, et n'a pas peu contribué à lui faire
chauffer de résolution, o
Oui? il est bien temps de se montrer mon ami. C'était au chapitre qu'il devait le prouver.
F. IGNACE
Quoi qu'il en soit, tout s'est arrangé par notre entremise. Voici ce que nous avons arrêté. Nous avons promis que vous feriez maigre pendant un mois, que vous réciteriez matin et soir les sept psaumes de la pénitence...
F. JEAN
Le diable m'emporte si j'y consens jamais!...
F. IGNACE
Quant à cela, vous le savez bien, vous n'en l'erez que ce que vous voudrez. L'abbé n'ira pas lui-même vous faire réciter vos prières.
F. JEAN
Comme cela, à la bonne heure, cependant il m'en coûte de paraître obéir à cet imbécille.
F. IGNACE
La seule chose à laquelle il tienne avec opiniâtreté, c'est que vous lui demandiez pardon à genoux au milieu du chœur, de votre indiscipline et de votre irréligion...
F. JEAN, avec Fureur.
Moi!... à genoux!
F. IGNACE
11 l'exige et nous vous en supplions.
LA JAOl Ki;iK 85
F. Jf.AN.
Me tnetlrc à genoux devant lui... moi, devant ce cafard?... J'aimerais mieux mettre le feu au couvent et m'aller faire le chapelain du Loup-garou!
F. IGNACK.
Voyez-vous, mon cher ami, il est noire* abbe, notre supérieur; il peut nous faire tout le mal qu'il lui plaira.
F. JEAN
Maudits soient les imbécilles cpii l'ont nommé!
F. IGNACE
Ilélas! ce qui est fait est fait. Il n'y faut plus songer. Maintenant il peut vous envoyer* dans un cul de basse-fosse pour le reste de votre vie. Voilà ce qu'il faut vous mettre devant les yeux.
F. JEAN
Oh ! si je pouvais un jour me venger !
F. IGNACE
Il ne manque pas ici de gens qui vous détestent, à cause de votre savoir, et qui pousseront l'abbé à user de rigueur à votre égard. Le parti le plus sage est selon moi...
F. JEAN
Je jetterai ce froc, vertu Dieu ! et je rej)rendrai la cuirasse.
F. IGNACE
On ne sort pas d'ici comme 1 on veut, et sans
doute vous n'avez pas oublié le sort de ce pauvre Collet, qui avait voulu se défroquer aussi. Tenez, j'ai trouvé un biais pour vous ôter une partie des désagrémens de la cérémonie. A l'heure de la prière vous descendrez à l'église; vous vous présenterez devant lui. Moi, je sonnerai* la sonnette, et naturellement vous vous mettrez à genoux; il sera bien obligé d'en faire autant, de sorte que si vous lui dites alors deux ou trois mots entre vos dents, l'affaire sera finie, et votre honneur sauf, puisque vous pourrez dire que ce n'est point à cause de lui que vous vous êtes mis à genoux.
F. JEAN
Belle invention î
F. IGNACE
La prison, le pain de pénitence, les chaînes, la discipline d'un côté; de l'autre cette invention qui excite vos mépris. Choisissez, je vous laisse, et je viendrai tantôt savoir votre résolution. Adieu.
F. JEAN
J'ai l'enfer dans le cœur, je ne sais encore ce que je ferai; mais cependant je vous remercie, Ignace.
(F. Ignace sort.) F. JEAN, seul.
Il faut que je me venge ou que je meure. Je ne puis plus long-temps souffrir les insultes d'un extravagant. jQn frappe à la porte.)
Qui vient encore m'importuner?
LA JAQLEIUE 87
UN FRÈRE SERVANT, enlranl.
Mon père, qiicUjues vilains du viHaj^e cl'Aprernont sont ici et deniandent à vous paiier.