C. est un chef qu il nous faudrait
r HO M AS.
Un homme connu.
BARTHELEMY
Au fait si vous vouliez seulement nous diriger... vous qui êtes déjà notre providence?...
SIMON
Diii, soyez notre chef.
F. JEAN
Je suis moine, mes enfans.
SIMON
A la bonne heure, mais vous avez porté la cuirasse, vous savez l'alchimie, vous savez lire et écrire, vous êtes le plus savant et le meilleur homme des environs.
MORAND
Et malgré tout cela, on vous préfère un cousin de messire d'Apremont. N'est-ce pas une honte qu'il soit abbé à votre place.*
F. JEAN
Pouvez-vous compter que beaucoup de vilains vous suivront?
BARTHELEMY
Criez tant seulement : P'ranchise aux vilains! à bas les seigneurs! et tout le pays se lèvera.
MORAND
J'en réponds.
TOUS
Criez seulement : Franchise! et vous aurez une armée.
F. JEAN
Et vous jurerez à votre chef fidélité et discrétion à toute épreuve.'
SIMON
Cela va sans dire.
MORAND
Nous risquons plus que vous.
BARTHELEMY
Ainsi, vous êtes notre chef. Voilii qui est dit.
F. JEAN
Etendez la main vers ce crucifix.
LES PAYSANS
Nous jurons de vous obéir.
F. JEAN
Songez (|uc j'aurais des moyens de punir les parjures, fussent-ils à cent lieues de moi. Voyez-vous ces instrumens?... voyez-vous ces livres?
MORAND, effrayé.
Ne les ouvrez pas... C'est inutile.
Et vous aurez le courage d'exécuter tout ce que je vous commanderai?
MORAND
Nous sommes disposés à tout oser.
THOMAS
Or çà, mon père, nous vous avons donné notre foi; ne nous donnerez-vous pas la vôtre?
F. JEAN
Sur ce même crucifix, je jure d'employer tous mes
soins, toutes riH's ressources à l'affranchissement des serfs du Beauvoisis. (^ue je sois privé du paradis, si je manque à mon serment!
SIMON
Maintenant expli(|uez-nous cv. (ju'il faut faire.
I'. JEAN
Il faut que chacun de vous sache précisément de combien d'hommes il peut disposer. La première fois que nous nous réunirons, je veux savoiï- quelles sont nos'' forces.
BARTHELEMY
Cela ne sera pas didicile.
F. JEAN
Pour([uoi Renaud n'est-il pas avec vous?
SIMON
Il ne veut se mêler de rien. Il dit qu'il a ses idées à lui.
F. JEAN
Qui de vous a du courage?
MORAND
Nous en avons tous.
BARTHELEMY
Me voici, moi. J'ai jeté la première pierre, le jour où le sénéchal a si bien lait étriller Gaillon... Mais, ne le répétez pas.
GAILLON
Moi aussi, je suis bon pour nie battre.
F. JEAN5 avec un peu de mépris.
A merveille, mes enfans. Or donc, je m'en vais charger Barthelemi, qui est si brave, d'un message pour le Loup-garou.
BARTHELEMY
Le Loup-garou! Jésus, Maria!
TOUS
Le Loup-garou !
F. JEAN
Hé quoi, vous pâlissez déjà, lâches que vous e^tes?
BARTHELEMY
Mais le Loup-garou...
Eh bien ! le Loup-garou est Chrétien Franque que tu as connu; as-tu peur de lui?
BARTHELEMY
Je n'aurais pas peur de Chrétien Franque, car il était mon ami. Mais il a renoncé à son âme, et il est ensorcelé... Il est loup-garou.
F. JEAN
Imbécile! Franque était un homme de cœur. Il s'est fait libre, et c'est ce que vous n'avez pas le courage de tenter.
BARTHELEMY
Tenez, donnez- moi un sort pour qu'il ne me charme pas de son* regard, et j'irai lui parler.
r.A JAQIIEKIE 95
F. JEAN
Le charme <jiic je le donne est ce chapelet. Franqiie le reconnaîtra. DIs-hii fjue le père Jean de Saint-Leufroy lui commande de l'attendre cette nuit, trois lieures après le couvre-feu, sous le second chêne à partir de la croix de Saint-Etienne*.
BARTHF.LEMYj timidement.
Je lui dirai... s'il le faut.
SIMON
Mais, quel besoin de parler au Loup-garou?
F. JEAN
Il sera pour nous un allié siir et utile. Je lui ai rendu quelques services, je l'ai guéri d'une maladie, et il se souviendra de moi. — Avez-vous des armes?
MORAND
Nous avons presque tous des arcs.
F. JEANj prenant de l'argent dans un coffre.
Achetez des armes avec cet argent; je vous le donne. Mais si vous osiez l'employer à d'autres usages, je ferais fondre ce métal dans vos mains, et il vous brûlerait jusqu'à la moelle.
MORAND
Foi d'honnôtes gens, nous en achèferons des armes jusqu'au dernier sou.
F. JEAN
Achetez-en à Beau vais, le jour du marché: mais
allez chez plusieurs armuriers, de peur d'éveiller les soupçons.
MORAND
Laissez-nous faire : nous ne sommes pas si bêtes.
SIMON
Ayez confiance en nous.
F. JEAN
Demain j'irai chez Morand, après vêpres, et je vous ferai part de mes projets. Adieu, je vous donnerai sans doute des nouvelles de Franque. Pa;x {>o- Idscnmy mes enfans !
LES PAYSANS
Amen 1 Nous nous recommandons à vos prières.
MORAND aux autres, en sortant.
Je vous disais bien qu'il savait faire de Tor.
(Ils sortent.)