‹ La JaquerieChapitre 50 sur 139 · C. est un chef qu il nous faudrait · texte numérisé non relu

C. est un chef qu il nous faudrait

r HO M AS.

Un homme connu.

BARTHELEMY

Au fait si vous vouliez seulement nous diriger... vous qui êtes déjà notre providence?...

SIMON

Diii, soyez notre chef.

F. JEAN

Je suis moine, mes enfans.

SIMON

A la bonne heure, mais vous avez porté la cuirasse, vous savez l'alchimie, vous savez lire et écrire, vous êtes le plus savant et le meilleur homme des environs.

MORAND

Et malgré tout cela, on vous préfère un cousin de messire d'Apremont. N'est-ce pas une honte qu'il soit abbé à votre place.*

F. JEAN

Pouvez-vous compter que beaucoup de vilains vous suivront?

BARTHELEMY

Criez tant seulement : P'ranchise aux vilains! à bas les seigneurs! et tout le pays se lèvera.

MORAND

J'en réponds.

TOUS

Criez seulement : Franchise! et vous aurez une armée.

F. JEAN

Et vous jurerez à votre chef fidélité et discrétion à toute épreuve.'

SIMON

Cela va sans dire.

MORAND

Nous risquons plus que vous.

BARTHELEMY

Ainsi, vous êtes notre chef. Voilii qui est dit.

F. JEAN

Etendez la main vers ce crucifix.

LES PAYSANS

Nous jurons de vous obéir.

F. JEAN

Songez (|uc j'aurais des moyens de punir les parjures, fussent-ils à cent lieues de moi. Voyez-vous ces instrumens?... voyez-vous ces livres?

MORAND, effrayé.

Ne les ouvrez pas... C'est inutile.

Et vous aurez le courage d'exécuter tout ce que je vous commanderai?

MORAND

Nous sommes disposés à tout oser.

THOMAS

Or çà, mon père, nous vous avons donné notre foi; ne nous donnerez-vous pas la vôtre?

F. JEAN

Sur ce même crucifix, je jure d'employer tous mes

soins, toutes riH's ressources à l'affranchissement des serfs du Beauvoisis. (^ue je sois privé du paradis, si je manque à mon serment!

SIMON

Maintenant expli(|uez-nous cv. (ju'il faut faire.

I'. JEAN

Il faut que chacun de vous sache précisément de combien d'hommes il peut disposer. La première fois que nous nous réunirons, je veux savoiï- quelles sont nos'' forces.

BARTHELEMY

Cela ne sera pas didicile.

F. JEAN

Pour([uoi Renaud n'est-il pas avec vous?

SIMON

Il ne veut se mêler de rien. Il dit qu'il a ses idées à lui.

F. JEAN

Qui de vous a du courage?

MORAND

Nous en avons tous.

BARTHELEMY

Me voici, moi. J'ai jeté la première pierre, le jour où le sénéchal a si bien lait étriller Gaillon... Mais, ne le répétez pas.

GAILLON

Moi aussi, je suis bon pour nie battre.

F. JEAN5 avec un peu de mépris.

A merveille, mes enfans. Or donc, je m'en vais charger Barthelemi, qui est si brave, d'un message pour le Loup-garou.

BARTHELEMY

Le Loup-garou! Jésus, Maria!

TOUS

Le Loup-garou !

F. JEAN

Hé quoi, vous pâlissez déjà, lâches que vous e^tes?

BARTHELEMY

Mais le Loup-garou...

Eh bien ! le Loup-garou est Chrétien Franque que tu as connu; as-tu peur de lui?

BARTHELEMY

Je n'aurais pas peur de Chrétien Franque, car il était mon ami. Mais il a renoncé à son âme, et il est ensorcelé... Il est loup-garou.

F. JEAN

Imbécile! Franque était un homme de cœur. Il s'est fait libre, et c'est ce que vous n'avez pas le courage de tenter.

BARTHELEMY

Tenez, donnez- moi un sort pour qu'il ne me charme pas de son* regard, et j'irai lui parler.

r.A JAQIIEKIE 95

F. JEAN

Le charme <jiic je le donne est ce chapelet. Franqiie le reconnaîtra. DIs-hii fjue le père Jean de Saint-Leufroy lui commande de l'attendre cette nuit, trois lieures après le couvre-feu, sous le second chêne à partir de la croix de Saint-Etienne*.

BARTHF.LEMYj timidement.

Je lui dirai... s'il le faut.

SIMON

Mais, quel besoin de parler au Loup-garou?

F. JEAN

Il sera pour nous un allié siir et utile. Je lui ai rendu quelques services, je l'ai guéri d'une maladie, et il se souviendra de moi. — Avez-vous des armes?

MORAND

Nous avons presque tous des arcs.

F. JEANj prenant de l'argent dans un coffre.

Achetez des armes avec cet argent; je vous le donne. Mais si vous osiez l'employer à d'autres usages, je ferais fondre ce métal dans vos mains, et il vous brûlerait jusqu'à la moelle.

MORAND

Foi d'honnôtes gens, nous en achèferons des armes jusqu'au dernier sou.

F. JEAN

Achetez-en à Beau vais, le jour du marché: mais

allez chez plusieurs armuriers, de peur d'éveiller les soupçons.

MORAND

Laissez-nous faire : nous ne sommes pas si bêtes.

SIMON

Ayez confiance en nous.

F. JEAN

Demain j'irai chez Morand, après vêpres, et je vous ferai part de mes projets. Adieu, je vous donnerai sans doute des nouvelles de Franque. Pa;x {>o- Idscnmy mes enfans !

LES PAYSANS

Amen 1 Nous nous recommandons à vos prières.

MORAND aux autres, en sortant.

Je vous disais bien qu'il savait faire de Tor.

(Ils sortent.)

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