‹ La JaquerieChapitre 62 sur 139 · TROISIÈME PAYSAN · texte numérisé non relu

TROISIÈME PAYSAN

Dites-nous le jour, et nous marcherons.

F. JEAN

A ce qu'il me paraît, vous êtes tous disposés à bien faire. Or donc, avisons au meilleur moyen de nous défaire des barons et des seigneurs de ce pays. — Quelqu'un a-t-il un avis à proposer?

LE LOUP-GAROU, se levant.

Loups... je veux diie mes amis, vous savez tous

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que le (îliàteéui d Aprenioiif est l<' plus fort du l)f';mvolsis. Nous autres «rens de ee (iel, nous avons la Ix*sogne la plus dilHcilc sur les bras, et il me semble que vous autres, ([in n'avez (ju'un ou deux hommes à tuer, et une maison sans défense à brûler, vous devez nous prêter la main pour prendre le château d'Apremont.

THOMAS

Aussi ferons-nous; et si vous voulez cent hommes de chez nous, vous n'avez qu'à parler.

SIMON

Tout cela s'arrangera tantôt; mais ce ([u il faut savoir, c'est comment nous nous y prendrons pour entrer dans ce château-là, et quel jour?

MORAND

Il me semble, mon révérend père..., et toute la compagnie, que je salue..., il me semble qu'il vaut mieux attendre encore quelque temps, jusqu'à ce que tous les vilains du Beauvoisis soient entrés dans notre licrue. Au moins alors nous saurions notre force...

LE LOUP-GAROU

Par la tête-dieu! pourquoi attendre plus longtemps? Nous sommes assez nombreux, commençons; les autres auront du cœur, quand ils verront le bel exemple que nous leur aurons donné. Ainsi, haut la masse, tue, assomme! voilà mon avis.

SIMON

D'ailleurs, mes bons messieurs, un homme que

VOUS aimez tous, Renaud d'Apremont, mon beaufrère, est en prison, sur le point d'être justicié : ce serait une honte h nous de le laisser mourir sans secours.

BARTHELEMY

Oui, Renaud mérite bien qu'on fasse quelque chose pour lui.

MANCEL

Vous connaissez tous sa conduite généreuse. Il s'est livré après avoir tué le méchant sénéchal pour^ que les gens de son pays ne fussent pas décimés*.

LE LOUP-GAROU

C'est cela un luron, corps d'un bœuf! et rien que pour le délivrer nous ferions bien d'assommer tous les nobles hommes de France. — Or sus, prenons nos armes dès demain, allons tous au château, tâchons d'enfoncer les portes, et...

MORAND

Oui-da, as-tu oublié la garde et le pont-levis?

Si, la nuit prochaine, nous essayions de surprendre...

MORAND

Il faudrait des échelles pour escalader le mur, et nou* n'en avons point.

GAILLON

J'ai bien une échelle pour montera notre grenier. Je la prêterai volontiers.

M Oit A NI).

Irnhécilh; ! ton ("chelle n'a [)as((iiirizo pieds, et los murs en ont plus de cpiarante.

BARTHELEMY

Alors, par le sang de Notre-Dame! faisons tous des échelles; coupons des fraules...

MORAND

Comment empocher qu'on ne s'en aperçoive?

SIMON

Et puis nous n'en avons pas le tems. Ilenaud sera exécuté jeudi, le jour du marché.

BARTUELEMY.

Alors le diable m'emporte si je sais comment faire î

Si Gilbert ou sa fille sortaient, nous pourrions peut-être...

F, JEAN

Vous dites que Renaud doit être exécuté jeudi?

SIMON

Jeudi.

F. JEAN

Sur la place du marché?

SIMON

Sur la place du marché. On dresse maintenant la potence.

F. JEAN

C'est jeudi ([u'il faut le délivrer. Il sera sur la

place gardé par une vingtaine d'hommes d'armes tout au plus. Gilbert sera* présent à l'exécution. Il aime de tels spectacles. L'occasion sera belle : en plaine, cent contre un; le succès n'est pas douteux.

LE LOUP-GAROU

Voilà ce qu'il y a de mieux à faire, et c'est notre père Jean qui l'a trouvé!

F. JEAN

Aussitôt que les hommes d'armes auront passé le pont-levis, cent d'entre vous qui se seront cachés derrière la maison de Morand, courront aux barrières, au premier signal, et"^ sans doute il ne sera pas diUicile de les forcer, dans le premier moment de surprise. En tout cas nous nous saisirons de Gilbert, et une fois qu'il sera dans nos mains le château sera bientôt à nous.

SIMON

Et nous délivrerons Renaud.

TOUS

Le père Jean a raison. Il dit bien.

BARTHÉLÉMY

Je me charge si vous voulez d'aller assaillir les barrières.

F. JEAN

Bon. — Morand, tu seras avec lui, et avec Pierre, qui va venir ici tout à l'heure. Il connaît le château, il vous servira de guide. — Toi Franque, tu te tien-

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dras sur la lisieir. du hols avcM; tes hraves Icmps, prêts à parailfo an premier si^iial.

LE LOUP-GAIIOU.

Vous ne m'attendrez pas long-tems.

I". JEAN

Thomas, vous partirez de Genêts, de grand matin avec vos cent hommes. Comme ce sera jour de marché, votre nombre n'excitera pas de soupçons. — Cachez vos armes dans des charretles de paille. — (A daulres paysans.) Vous, rcstcz et chargcz-vous de l?hilippc de Hatefol, et ne manquez pas d'alhimer sur votre clocher un feu de faoots en sione de victoire.

UN PAYSAN

J'aiguise ma cognée tous les jours, je ne le manquerai pas.

F. JEAN

Vous, bonnes gens de Lasource, de Bernilly et de Val-au-Cormier, envoyez-nous vos braves, et faites main basse chez vous sur tout ce qui porte une jupe armoriée. N'oubliez pas non plus de nous apprendre vos succès en allumant des feux sur les endroits élevés.

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